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Les Québécois pas tuables

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Les clichés, c’est important. Au menu, les Américains offrent la tarte aux pommes, les Japonais, le sushi, les Québécois, la poutine, et les Français, le fromage. Tant que ces clichés tiennent, le citoyen peut vaquer à ses loisirs, rassuré de vivre dans un monde qu’il comprend.

Mais tout fout le camp lorsque des fromagers français disent redouter la concurrence des Québécois si un traité de libre-échange est signé entre le Canada et l’Union européenne. Quoi? Le fromage québécois, une menace pour ce pilier de l’identité française?

C’est José Bové, l’ex-altermondialiste, qui le dit. Les fromagers canadiens ne devraient pas avoir le droit d’imiter les fromages d’appellation française, et ce traité leur permettrait de le faire...

L’âge des ténèbres

Retour en arrière et confidence personnelle ici: Gérard Aubin, le frère de mon grand-père, fut, dans les années 1960, le dernier artisan à produire du fromage à l’île d’Orléans, selon une recette importée de Normandie, de Champagne ou du Poitou aux débuts de la colonie.

La fin de cette tradition était le triste symbole d’une menace très grave qui pesait alors sur l’héritage identitaire des Québécois.

Dans les années 1960, le progrès était un rouleau compresseur qui écrasait tout sur son passage. On brûlait les vieux meubles; les vieilles demeures étaient négligées, les vieux quartiers, éventrés par des autoroutes. Le monde du futur se gaverait de fromage de plastique. On était moderne, ou on était colon. L’âge des ténèbres.

Le Québec s’impose

Retour à aujourd’hui. L’assimilation n’a pas eu lieu, et nos fromages menacent les fromages français! Le Québec bouillonne, invente, s’impose au monde, du cinéma à l’aéronautique, de l’informatique à la scénographie, du design à la cuisine.

Mais le discours des nationalistes militants demeure, lui, résolument alarmiste, pessimiste, et défensif.

Les Québécois n’ont pas eu besoin d’une réforme de la constitution ou d’une charte des valeurs pour survivre. Ils se débrouillent très bien par eux-mêmes. Mieux qu’on ne veut l’admettre. On devrait plutôt être fiers...