/news/currentevents
Navigation

Agressions sexuelles à l'UL: des failles malgré un resserrement de la sécurité dans les résidences

La police de Québec enquête sur 10 plaintes d'intrusion de domicile à l'UL, dont certaines à teneur sexuelle.
Photo Didier Debusschère La police de Québec enquête sur 10 plaintes d'intrusion de domicile à l'UL, dont certaines à teneur sexuelle.

Coup d'oeil sur cet article

Même si l’Université Laval a rehaussé les mesures de sécurité dans ses résidences après des introductions qui ont mené à au moins quatre agressions sexuelles, d’importantes lacunes subsistent.

Depuis samedi, des agents de sécurité ont été placés à l’entrée des résidences de l’Université, mais Le Journal a pu y circuler facilement. Un rapide coup d’œil aux différents accès du pavillon Alphonse-Marie-Parent a été suffisant pour repérer une porte arrière qui n’avait pas été fermée.

Pendant que les policiers du SPVQ recevaient une dixième plainte en après-midi, le représentant du Journal a pu se promener librement sur les étages. L’accès par les couloirs souterrains est également un jeu d’enfant. Plusieurs portes de chambre ne sont pas fermées. Même sur les étages réservés aux filles, des employés de l’Université n’ont aucunement réagi.

Inquiètes malgré la sécurité

Des failles dans la sécurité persistent donc après les 10 introductions du week-end, ce qui inquiète. «Je serais inquiète de voir un homme à mon étage à 11 h du soir», confiait Paméla Yvon. Son amie Jessica et elle se sont même entendues pour s’avertir lorsqu’elles doivent quitter leur chambre la nuit. «On se texte quand on va aux toilettes. C’est rendu à ce point là.»

«Normalement, je me sens en sécurité, mais après ça on ne sait plus comment l’être», affirme de son côté Iana, qui vit sur un des étages où ont eu lieu les agressions. «Un homme est entré dans la chambre d’une amie et personne ne sait comment.»

Enquête et soutien psychologique

La direction de l’Université Laval a réagi lundi, 48 heures après les événements. Dénonçant les agissements, la porte-parole Andrée-Anne Stewart a rappelé le soutien de l’établissement envers les victimes. «Nous sommes de tout cœur avec les victimes. Nous leur témoignons notre empathie et nous sommes là pour elles», a-t-elle indiqué, précisant que des ressources d’aide psychologique étaient à la disposition des étudiantes. Le recteur de l’Université, Denis Brière, est resté muet toute la journée.

La police de Québec a confirmé qu’une enquête a été ouverte. Impossible de savoir pour l’instant si l’on recherche un ou plusieurs individus. «On a neuf versions de neuf victimes différentes (maintenant 10). On doit colliger le plus d’informations possible», a dit le porte-parole Pierre Poirier.

— Avec la collaboration de Jean-François Racine

L’opposition veut des mesures gouvernementales

Les partis d’opposition pressent le gouvernement d’intervenir dans la crise qui secoue actuellement l’Université Laval après que quatre jeunes femmes aient été agressées sexuellement dans leur propre chambre de résidence.

Pour le critique de la CAQ en matière d’éducation Jean-François Roberge, la ministre Hélène David ne peut ignorer ce qui s’est passé. «C’est la goutte qui fait déborder le vase. Nous avons entendu des dérapages sérieux sur la question des initiations, mais là ce sont des agressions pures et simples. Ce ne sont plus des anecdotes pour le gouvernement, c’est une crise», affirme le député de Chambly.

Ce dernier demande à la ministre de réagir rapidement. «Il faut trouver des solutions et s’assurer que la sécurité revienne sur les différents campus du Québec. Parce qu’aujourd’hui, ce sont des milliers d’étudiantes partout en province qui craignent», insiste M. Roberge, demandant une directive claire de la ministre à tout le réseau.

Éducation sexuelle

Même son de cloche du côté du parti Québécois, alors qu’Alexandre Cloutier demande au gouvernement de passer à l’action, mais aussi de travailler en prévention.  «Je pense qu’il est grand temps que nous ayons droit pour nos jeunes à des cours d’éducation sexuelle et que nous mettions l’emphase sur l’importance des bonnes relations hommes/femmes», demande M. Cloutier.

Le député de Lac-Saint-Jean a rappelé l’importance d’une approche globale sur la situation, interpellant les ministres de l’Éducation, mais aussi de la Justice et des Affaires sociales. «Oui il y a une problématique dans les universités, mais on peut élargir la discussion aux Cégeps et même se poser des questions sur le comportement sexuel de façon générale au Québec. Il faut prendre des mesures pour éviter que ce genre de scénario se reproduise.»

Couillard ouvert à des mesures

Philippe Couillard a réagi lundi, dénonçant vivement les événements. «Que des étudiantes ne se sentent pas en sécurité à l’université, dans une société comme la nôtre, c’est inacceptable.»

Le premier ministre s’est dit ouvert aux mesures qui pourraient être proposées, affirmant que la responsabilité sur les campus universitaires relève des recteurs. Il a néanmoins souligné qu’il n’y avait pas de compromis à faire. «La sécurité des filles et des femmes passe au premier plan», a conclu M. Couillard.