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Les privilèges des fondamentalistes

Bloc situation transfusion sanguine sang
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Selon les faits rapportés dans plusieurs médias, Éloïse Dupuis est morte au bout de son sang après une césarienne, suivie d’une hystérectomie. Madame Dupuis était Témoin de Jéhovah. Toujours selon les faits allégués, elle aurait été entourée de plusieurs autres Témoins de Jéhovah qui l’auraient empêché de recevoir les transfusions sanguines dont elle avait besoin, soit en la convainquant de ne pas en recevoir, soit en intimidant le personnel médical, soit les deux. Le ministre Barrette prétend que selon ses sources, la patiente avait donné un consentement éclairé.

La question dépasse le cas de madame Dupuis.

Des croyances à dénoncer

Quand des croyances religieuses causent la mort, elles doivent être dénoncées. Quand des gens au nom des ces croyances religieuses provoquent la mort de quelqu’un, ils doivent être jugés pour homicide involontaire.

Jamais dans nos démocraties la liberté de croyance religieuse n’a inclus le droit de tuer ou de faire tuer quelqu’un.

Paradoxalement, la liberté d’expression permet de répandre les idées les plus sottes, y compris si elles peuvent provoquer la mort. Paradoxalement, les patients  peuvent décider d’accepter ou non des traitements médicaux que les médecins leur proposent, même s’ils n’ont plus le jugement requis pour prendre cette décision. Cette liberté d’expression et cette liberté de choisir de subir un traitement médical ne sont pas renversables. Sinon la liberté d’expression et la liberté de disposer de son corps seraient gravement atteintes.

Éloïse Dupuis avait le droit de refuser un traitement. Les Témoins de Jéhovah ont le droit de prétendre toutes les stupidités qu’ils veulent sur les transfusions sanguines. Mais cette liberté implique aussi une responsabilité. Dans le cas de Madame Dupuis, il est possible que des Témoins de Jéhovah aient intimidé les médecins ou  qu’ils aient harcelé Madame Dupuis. Ce devrait être aux tribunaux de juger.

Retirer les privilèges

Au-delà de cette mort incompréhensible et déplorable, une autre question se pose. Celle-là est de nature politique. Les groupes religieux dont les croyances religieuses causent directement la mort doivent-ils être continués à être exemptés d’impôt ?

Les exemptions d’impôts des organisations religieuses ne sont pas des droits, mais des privilèges. Ces privilèges sont consentis à ces organisations parce qu’elles se dévouent pour les communautés autour d’elles, parce qu’elles font un travail que l’État peut difficilement accomplir, ou alors avec des coûts bien plus élevés que ceux de ces organisations religieuses.

Mais quand une organisation religieuse fait la promotion active de pratiques qui mettent en péril la vie et la sécurité de ses croyants, le gouvernement doit-il lui offrir le privilège de ne pas payer d’impôt ? La réponse est clairement non.

Étant donné le tort que certaines des croyances des Témoins de Jéhovah causent à leurs croyants, cette organisation religieuse ne devrait plus jouir des exemptions d’impôt, ni recevoir quelque subvention que ce soit avec notre argent. Libre à eux de continuer de disséminer leurs croyances, libre à leurs membres de refuser des traitements médicaux sur la base de superstitions imbéciles. Mais pas avec l’argent des citoyens. Qu’ils paient leurs impôts. Parce que certaines de leurs croyances s’opposent aux fondements même de nos démocraties, dont l’un des plus importants est de préserver la vie et la sécurité des citoyens. Parce que ne pas payer d’impôt est un privilège qui se mérite et non pas un droit, pour quiconque. 

D’autres organisations pourraient être visées

Bien évidemment, cette logique ne vaut pas que pour les Témoins de Jéhovah. Elle pourrait être étendue à d’autres organisations religieuses fondamentalistes qui s’opposent à la démocratie ou aux règles les plus élémentaires de la vie en société telles que reconnues par la majorité des gens. Encore une fois, un privilège n’est pas un droit. Si nos élus avaient un peu de courage, ils ôteraient ce privilège aux organisations religieuses fondamentalistes de cet acabit. Mais bien souvent, ils s’estiment captifs de petits groupes électoraux ou pire, ils sont eux-mêmes victimes d’une conception du droit proche de la croyance.