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Le défi de ne pas juger les victimes

Le défi de ne pas juger les victimes
Photo Annie T Roussel

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Le processus entourant la dénonciation d’une agression sexuelle est un long chemin pour les victimes et personne ne peut réellement juger de ce cheminement, insistent des experts et ressources d’aide en la matière.

Si l’histoire d’Alice et les allégations d’agression sexuelle visant le député libéral Gerry Sklavounos ont fait jaser depuis jeudi, la démarche de la jeune femme a été grandement remise en question depuis. Au grand dam des spécialistes.

«Dans ce cas-ci, on parle d’une agression violente et, malgré ça, on remet encore en doute la notion d’agression. Ça va prendre quoi pour que les gens jugent qu’il n’y en a pas eu, de consentement?» s’insurge la sexologue Sophie Morin.

Lutter contre le doute

Ce doute persistant serait le plus grand obstacle à la dénonciation, selon les intervenants consultés. «Dès qu’on est victime d’une agression, les gens doutent, jugent, banalisent et culpabilisent la victime. Imaginez si vos proches ne vous croient pas et doutent, comment ça peut être difficile de porter plainte», illustre Julie Tremblay, directrice générale de Viol-Secours Québec. Toutefois, depuis la sortie d’Alice, les lignes de l’organisme ne dérougissent plus.

Pour Nathalie Duhamel, coordonnatrice du regroupement québécois des CALACS, ces doutes favorisent le repli de la victime sur elle-même «Que cette femme ait pris un an avant de dénoncer ne doit pas être perçu négativement. Ça peut prendre du temps avant d’admettre l’agression. Et la peur de l’agresseur, des représailles, des impacts sur nos proches peut être présente.»

Le consentement méconnu

La notion de consentement fait aussi beaucoup jaser depuis quelques jours et serait «incomprise» de plusieurs, croient les experts. «Ce qu’on comprend aujourd’hui, c’est qu’une relation égalitaire est abstraite pour une bonne partie de la population», insiste Sophie Morin, soulignant que cette «hiérarchisation» fait de l’agression sexuelle le crime le plus sous-déclaré. «Seulement 10 % vont dénoncer.»

Un cas comme celui d’Alice est donc une bonne occasion pour rappeler les balises du consentement. «Il faut aller au-delà du “elle a couru après”. Le consentement peut être retiré à tout moment et c’est ce qu’il faut comprendre. On peut débuter une relation sexuelle et retirer son consentement à tout moment», martèle Julie Tremblay.