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L’ère de la propagande

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Un gigantesque accord commercial entre le Canada et l’Europe est aux soins intensifs après que la Wallonie, une province belge à peine plus peuplée que Montréal, s’y soit opposée jusqu’à la dernière minute. Est-ce là une bonne chose ou une catastrophe? Impossible de le savoir...

L’arrivée d’internet, qui met toutes les connaissances du monde à la portée de tous, promettait l’avènement d’une société avancée – dans laquelle les décisions importantes sont prises par des citoyens informés, après des débats éclairés. Mais, hélas! c’est le contraire qui se produit. Trop, c’est comme pas assez : la surabondance des informations rend la tâche de s’informer proprement impossible. Ce traité, l’AECG, l’accord économique et commercial global, par exemple, est un contrat de plus de 1500 pages rédigé par des avocats spécialisés. Du jargon.

Magasiner les opinions

Alors, le citoyen en est réduit à magasiner entre les différentes interprétations qu’on en fait. Les gouvernements, les associations économiques sont enthousiastes: l’AECG favorise l’accès à un marché de 510 millions de clients, promettant des retombées de 13 milliards $. Ce traité, qu’on négocie depuis 2009, est une aubaine à ne pas manquer.

Mais si vous êtes plutôt à gauche, ou fermier, si le mot «multinationales» vous fait frémir, si vous avez la fibre écolo et vous n’êtes pas certain que le monde s’en va dans la bonne direction, alors, pour vous, l’obstruction de la Wallonie est un geste héroïque... Mais, peu importe: votre opinion a été préfabriquée, et téléguidée, depuis le début, par de puissants lobbies – économiques, syndicaux, écologistes, politiques – dont les motivations ne sont pas toujours claires.

Brasser les émotions

À l’ère des communications, ce ne sont pas les faits qui nous font bouger, mais les émotions. L’Angleterre s’est extraite de l’Union européenne à la suite d’une campagne démagogique tablant sur le ras-le-bol des moins nantis et sur une aversion pour l’immigration. Donald Trump peut bien dire une chose et son contrai­re, c’est en remuant les émotions négatives d’une part de l’électorat qu’il se maintient dans la course.

L’âge des connaissances s’est vite transformé en âge de la manipulation – l’outil privilégié de toutes les démagogies. Ça craint.