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De la baie de Gaspé aux grands restos de Québec et Montréal

Un Français plonge d’avril à décembre pour y cueillir des algues qu’il vend

algues
Photo Justin Dupuis Antoine Nicolas peut rester plus de 5 minutes en apnée sous l’eau pour cueillir les algues au large de Gaspé.

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GASPÉ | Chaque semaine, Antoine Nicolas défie vents et marées en plongeant pour ramasser les algues qui poussent près des côtes de la baie de Gaspé. Quelques jours plus tard, elles se retrouvent dans les assiettes des plus grands restaurants de Québec et Montréal.

Ce Français de 29 ans se destinait à une carrière en aquaculture. À son arrivée à Grande-Rivière en 2012, il a réalisé que la région regorgeait d’une ressource intéressante et sous-exploitée: les algues.

Il a alors changé son plan de carrière pour lancer une entreprise spécialisée dans la cueillette et la distribution d’algues fraîches.

«On a de belles ressources en Gaspésie, et il y a beaucoup de restaurateurs qui s’y intéressent», a-t-il expliqué.

Depuis trois ans, Un Océan de saveurs est fier d’offrir plus de 16 espèces d’algues fraîches aux plus grands restaurateurs du Québec.

«J’étais récemment chez Boulay à Québec et j’ai pu goûter à la cuisine d’Arnaud Marchand qui intègre mes algues dans ses plats. C’est vraiment un chef-d’œuvre», se réjouit-il.

Un travail difficile

Antoine Nicolas plonge jusqu’à 25 mètres et peut rester plus de 5 minutes en apnée sous l’eau pour cueillir les algues.

«Il y a des espèces qui sont vraiment difficiles à récolter, comme la laitue de mer et la nori. Ça peut prendre entre une heure et deux heures pour récolter un kilo de ces algues-là, explique-t-il, alors que pour d’autres espèces, j’arrive à atteindre un rendement de 100 kilos par heure».

En fonction de son carnet de commandes, ces expéditions sous-marines peuvent durer d’une à plusieurs heures. À chaque plongée, Antoine Nicolas traîne derrière lui sa «brouette» flottante, une espèce de planche pneumatique où il entasse sa récolte.

S’il aime faire ce travail pour le moins atypique, le plongeur concède qu’il est parfois difficile, particulièrement en hiver.

«Plonger avant que le soleil ne se lève dans une eau à -2 °C avec une température de -15 °C, c’est vrai que c’est pas mal intense. C’est moins motivant dans ces conditions, mais le froid n’est pas un problème lorsqu’on est bien équipé», dit-il, précisant que la période de récolte s’étend généralement d’avril jusqu’à la fin décembre.

Garder les pieds sur terre

Tout en voulant développer son entreprise, M. Nicolas est soucieux de le faire de manière «durable».

«On a connu la problématique de surpêche avec la morue, ce n’est pas intéressant que ça se reproduise, autant sur le point de vue environnemental qu’économique. On ne peut pas baser un développement en coupant la branche sur laquelle on est assis», illustre-t-il.

Cette année, l’entreprise a récolté environ deux tonnes d’algues fraîches. L’an prochain, la récolte pourrait être dix fois plus importante puisque l’entreprise aménagera bientôt une petite usine de transformation à Cap-aux-Os.

Le local permettra de faire de la vente au détail d’algues séchées un peu partout dans la province.