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Sébastien Proulx et le sauveur de la classe ordinaire

Classe, école
Photo Agence QMI / Archives

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Remettre en question les compétences et le professionnalisme des enseignants de l'école publique pour mieux occulter les conséquences désastreuses des décisions de ses prédécesseurs constitue un dénigrement inexcusable de leur expertise et de leur dévouement.

Bien que sa consultation sur la réussite éducative lui ait permis de se distancer de la grossière apathie de ses prédécesseurs, le ministre actuel de l’Éducation n’en cache pas moins son intention d’imposer ses perceptions, et ce sans pour autant questionner les conséquences accumulées des politiques précédentes.

Au contraire, il nous démontre à quel point son ministère est resté sourd depuis tout ce temps aux revendications portées inlassablement à la fois par les parents et les enseignants. À tout le moins, il les discrédite. Les chaînes humaines autour des écoles ne se font pourtant pas sans raison, les grèves non plus. N'a-t-il vraiment rien entendu, rien compris?

Le fait est que cette consultation et l’attitude du ministre lui-même trahissent un biais évident pour certaines solutions. Il sait ce qu'il veut entendre, influence la réflexion en ce sens, et l’opération ne devient qu’un plébiscite sur des décisions déjà prises, probablement préférées pour leur apparente rentabilité.

Car il n'est pas vraiment question ici d'engager plus de personnel, de revoir la composition des groupes, ou le mode ultra-compétitif de gestion des écoles publiques face aux établissements privés subventionnés.

Non.

Il est plutôt question de revoir le professionnalisme enseignant. De voir «comment ils peuvent mieux s'adapter». La clé de la réussite éducative – et de sa rentabilité – résiderait dans «la formation initiale des maîtres», dans leur perfectionnement, et dans l'exploitation maximale de leur potentiel par de meilleures méthodes pédagogiques. Il n'est évidemment nul besoin de questionner la réforme, l'intégration d'élèves en difficultés, les retards d'apprentissages, l'anglais intensif, le manque de livres, l'achat de nouvelles technologies, le délabrement des écoles...

Il n'est surtout nul besoin de questionner 15 ans d'instabilité entretenue par des politiques déconnectées, populistes, improvisées, et sous-financées ayant conduit à la formation de cette classe dite ordinaire, pour laquelle l'enseignant est maintenant, malgré sa formation, malgré son expérience, et de l'aveu même du ministre, mésadapté.

Pourtant, les profs ne font que cela : s'adapter. À l'évolution de leurs groupes, de la société, aux contraintes administratives, aux décisions politiques. Ils se perfectionnent déjà sans cesse. Allez savoir pourquoi. Peut-être est-ce le sentiment de pouvoir toujours en faire plus, d'être responsables de la réussite de leurs élèves...

Après tout, ne visent-ils pas, plus que quiconque, la réussite du plus grand nombre? N’est-ce pas depuis toujours leur engagement? Leur «serment professionnel»?

Pour sa part, l’engagement du gouvernement, budget oblige, a plutôt été jusqu’ici d'offrir à chaque élève la réussite qu'il pouvait se permettre, selon ses moyens, ou ceux du ministère.

C'est d'ailleurs pour s'adapter à ce nouveau paradigme que le ministre a choisi, tout bonnement, de redéfinir ce qu'est une classe «ordinaire», tout comme on a redéfini avant lui ce qu'était la notion même de «réussite». Ce faisant, il néglige les causes du problème pour davantage responsabiliser les enseignants. A-t-il seulement conscience des conséquences à long terme d'une telle stratégie qui, aussi habile soit-elle politiquement, normalise une situation aussi grave que complexe?

Apparemment pas, car qu'importe la consultation, il a compris qu’il fallait un prof mieux adapté à la classe ordinaire. Un prof hors de l'ordinaire.

Un sauveur.

Remarquez, d’un autre côté, il a aussi parfaitement compris que la réussite ne dépendait pas seulement des compétences de l'enseignant, mais aussi de l'environnement de l'apprenant. Il en est assez convaincu pour payer à ses enfants «le meilleur endroit pour qu'ils s'épanouissent».

Comprenez: jamais il ne pourra prétendre – quoi qu’en dise le président de la Fédération des établissements d’enseignement privés, Jean-Marc St-Jacques – que les enseignants du privé sont meilleurs que ceux du public. Un environnement conditionné et un service personnalisé, voilà ce qu'il fallait aux enfants du ministre de l’Éducation. Il ne cherchait pas de meilleurs enseignants, seulement le meilleur endroit.