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Devoir de cohérence

Devoir de cohérence
Photo Simon Clark

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La surveillance de journalistes par la Sûreté du Québec et le Service de police de Montréal est une atteinte gravissime à la liberté de la presse et à la protection des sources journalistiques. En instituant une commission d’enquête, Philippe Couillard pose enfin le bon geste.

Cela dit, que fait-on d’ici son éventuel rapport final? S’il le veut, le gouvernement peut agir rapidement. Face à la gravité de la situation, son devoir est double: cohérence et diligence.

Il peut ériger un premier mur pare-feu entre les pouvoirs politique et policier en soumettant la nomination des chefs des principales forces policières à l’approbation des deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

Il peut enchâsser sa nouvelle directive haussant le degré de difficulté pour l’obtention, par la police, d’un mandat de surveillance visant un journaliste. Il peut imposer une formation juridique plus exigeante aux juges de paix et en faire un critère de sélection pour les prochains.

Il peut suspendre le chef du SPVM, Philippe Pichet. Il peut le faire surtout pour alléger le climat pourri et l’hypercentralisation du pouvoir qui y règnent, tout en mettant fin à la chasse aux policiers qui «parlent» aux journalistes.

Le premier ministre peut aussi retirer de son projet de loi 87 l’obligation dissuasive faite aux lanceurs d’alerte d’aviser la police avant les médias. Etc.

Dégénérescence

Or, même s’il bougeait sur tous ces fronts, le véritable problème politique resterait entier. Depuis quelques années, le cumul, au Québec, d’épisodes troublants sur le plan éthique est tel qu’il plombe dangereusement la confiance des citoyens envers leurs propres institutions.

Qu’on ne s’y trompe pas. Après de trop nombreuses allégations de corruption, collusion, copinage, financement politique illégal, fraude et complot – y compris l’arrestation par l’UPAC de deux ex-ministres libéraux –, la surveillance policière de journalistes participe de la même dégénérescence éthique.

La trop grande proximité des élites entre elles nourrit également le problème. Volontairement ou non, de par sa nature même, elle finit par ronger une séparation des pouvoirs pourtant essentielle à toute démocratie.

Un exemple parmi d’autres: en 2013, à la suite des fuites médiatiques le touchant, le grand patron de la FTQ s’est plaint directement au ministre de la Sécurité publique, lequel a lui-même appelé le patron de la SQ pour s’en inquiéter.

Trop de squelettes

S’en est alors suivi la «surveillance» ahurissante de plusieurs journalistes d’enquête par la SQ – une des pires dérives éthiques possible dans une démocratie avancée.

Et voilà que l’émission Enquête – dont les deux journalistes ont aussi été «surveillées» par la SQ – ajoute un nouvel ingrédient infect à la marmite.

Soit des allégations de fraude pour 2 millions de dollars visant d’ex-collecteurs de fonds du PLQ.

Pour le dire froidement, trop de squelettes sortent au Québec de trop de placards.

Et ce, depuis trop longtemps. D’où la question qui tue.

Lorsqu’une part substantielle des mêmes élites politiques fait partie du «problème» depuis des années, comment peut-elle prétendre sans broncher qu’elle fera dorénavant partie de la «solution»?