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Délicieux souvenirs d’enfance

Michel Tremblay
Photo Ben Pelosse

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Après avoir écrit les neuf tomes de La diaspora des Desrosiers, Michel Tremblay avait le goût de s’amuser un peu. Il s’est plongé dans ses souvenirs d’enfance, racontant les échanges savoureux avec sa mère, son père, sa grand-mère, ses amis et ses professeurs dans un recueil délicieux du début à la fin: Conversations avec un enfant curieux.

«Pendant neuf ans, j’ai écrit une saga plutôt sérieuse. J’avais envie, moi, d’avoir du fun, d’abord. De me faire rire. Et de donner un peu de «slack» à mes lecteurs et les faire rire pas mal», confie Michel Tremblay, en entrevue. «C’est un besoin que j’avais d’avoir du fun en écrivant.»

Il s’est laissé aller, assure-t-il. «Je suis allé piger, comme je le fais souvent, dans mes souvenirs. Comme dans Un ange cornu... et dans mes livres de souvenirs, je suis allé chercher des choses qui étaient vraies. Évidemment, comme je dis souvent, les anecdotes sont vraies, mais les dialogues sont de moi. Je les réécris. Je ne suis pas là pour décrire les choses comme elles se sont passées exactement, mais c’est des questionnements que j’avais, quand j’étais enfant.»

L’esprit inquisiteur

Le jeune Michel, entre 5 et 10 ans, avait l’esprit inquisiteur et ne cessait de demander pourquoi ceci ou cela à tous ceux et celles qui l’entouraient: sa mère, son père, sa grand-mère Tremblay, sa tante Robertine, ses amies... même mademoiselle Karli, sa maîtresse d’école. Il se questionnait sur les usages de la langue française, sur les personnages de Walt Disney, sur les livres sans images, sur la religion, sur le couronnement de la reine, sur les sorties en «nowhere» des plus vieux que lui.

Ses questionnements sur la crèche, le comportement d’Hérode et le troisième secret de Fatima donnent lieu à de savoureux dialogues. «Les choses qu’ils essayaient de nous faire croire et qui n’avaient pas de bon sens! Quand on voit des archives, l’omniprésence des curés est incroyable. On ne s’en rendait pas compte à l’époque, mais ils étaient partout, tout le temps.»

Toutes les anecdotes sont vraies et les personnages auxquels il se réfère aussi. «Toute l’histoire du troisième secret de Fatima, c’était une conversation que j’avais eue avec ma mère. Maintenant, on est convaincus que c’est le cardinal Léger qui avait inventé ça pour nous faire peur.»

Depuis que le livre est terminé et imprimé, des tas d’anecdotes lui sont revenues à l’esprit. «Ces petites choses sont infinies... La vie est pleine de ces anecdotes qui n’ont pas l’air d’avoir d’importance quand elles se produisent, et 50 ans plus tard, c’est ça qui t’a fait réfléchir, qui a fait de toi qui tu es maintenant.»

Le joual de l’époque

Michel Tremblay, lorsqu’il décrit le passé, va vraiment chercher le joual qu’on parlait à l’époque — celui des Belles-sœurs –, qui était la langue qu’utilisaient les ouvriers de Montréal dans les années 40-50. C’est resté ou c’est perdu? «L’accent va rester, on n’a pas à le changer. Mais il y a des expressions qui étaient assez belles qui ont disparu parce que la vie a changé.»

L’écrivain prend un plaisir immense à faire parler ses personnages. «Ils me font rire. Des fois, ils m’étonnent. Je posais une question, et la réponse qui venait au personnage à qui je posais une question me faisait rire. La façon dont ils disent les choses me fait rire. Ce n’est pas tant des passages au complet que des réparties qui me font rire. Ils ont le sens de la discussion: c’est une qualité que ma famille aimait. Ma mère adorait discuter avec ses enfants.»

  • Le livre sera en librairie le 9 novembre.
  • Michel Tremblay, romancier, chroniqueur et dramaturge prolifique, est un des écrivains les plus importants de sa génération.
  • Ses pièces de théâtre sont jouées dans le monde entier.
  • Il sera au Salon du livre de Montréal pour rencontrer ses lecteurs.

EXTRAIT

«Momaaan...

— Toi, quand tu me parles comme ça, c’est parce que tu veux avoir quequ’chose...

— C’est juste une question que je veux te poser...

— La réponse a besoin d’être courte, parce qu’y faut que je prépare la pâte pour les pâtés à’ viande.

— C’est au sujet de la crèche.

— Qu’est-ce qu’elle a, la crèche, tu la trouves pas belle, ma crèche?

— Ah, oui, est ben belle! Tout le monde le dit... C’est pas ça...

— C’est quoi, d’abord?

— C’est quoi une crèche?

— T’as juste à regarder en dessous de l’arbre de Noël, tu vas en voir une, fais-moi pas pardre mon temps, tu viens de me dire que tu trouves la mienne belle!

— Oui, je le sais, c’est pas ça...»

– Michel Tremblay, Conversations avec un enfant curieux