/news/politics
Navigation

Laïcité: les médecins veulent apaiser les tensions dans les hôpitaux

Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Photo Simon Clark Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Exposés au quotidien aux demandes d'accommodements religieux, les médecins spécialistes demandent au gouvernement d'émettre des règles claires afin d'apaiser les tensions dans les hôpitaux.

«On espère que les règles vont être claires et qu'on dise aux communautés religieuses, on est prêts à vous accommoder, mais arrêtez de nous demander des choses qui n'ont pas d'allure», a souhaité, mardi, Diane Francoeur présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, après être passée devant la commission parlementaire qui étudie le projet de loi sur les accommodements religieux

Des femmes enceintes qui refusent d'être traitées par un médecin masculin, des patientes qui refusent d'enlever leur foulard même s'il faut leur faire une injection dans le cou, les demandes faites aux médecins et aux employés dans les hôpitaux vont du raisonnable à l'excessif, a rapporté Diane Francoeur.

«Il faut éviter que le projet de loi entraîne une augmentation des demandes», a réclamé Diane Francoeur. On essaie toujours de régler à l'amiable, mais il y a une lourdeur attachée à tout ça qui n'est pas toujours évidente (...) Quand les règles ne sont pas claires, l'interprétation permet à peu près n'importe quoi», a exposé la présidente de la FMSQ.

Dans les cas jugés déraisonnables entraînant un refus, des tensions surviennent entre les médecins, le personnel infirmier ainsi que les patients et leurs familles. «On m'a déjà demandé de laisser une étudiante en médecine faire un accouchement toute seule parce que le patron de garde était un homme. Ça n'arrivera pas, on n'accepte pas ça au Québec (...) Ça finit toujours de façon désagréable, tout le monde est de mauvaise humeur», a confié Mme Francoeur.

Devant le refus du médecin, il arrive que les patientes retournent à la maison; certaines portent plainte au commissaire aux plaintes dans les hôpitaux. «Quand on annule son rendez-vous à la dernière minute, ceux qui attendent sur la liste? Est-ce qu'on doit mettre des balises et dire on ne vous donnera pas d'autre rendez-vous, allez dans le privé et payez vos examens. Il y a des enjeux de coûts à considérer. On ne peut pas gérer (les demandes d'accommodements au jour le jour). Il y a des choses qu'on ne peut pas accepter», a prévenu Diane Francoeur.

La FMSQ demande notamment à la ministre de la Justice Stéphanie Vallée d'inscrire le concept de laïcité en toutes lettres dans le projet de loi 62.

Montée du racisme?

Avant la FMSQ, l'auteure Djemila Benhabib est venue dire que le projet de loi 62 allait entraîner une montée du racisme à l'endroit des musulmans modérés.

«Le gouvernement s'apprête à légitimer l'islam radical. Les conséquences seront désastreuses. Ce projet de loi va nourrir le racisme à l'endroit des musulmans (...) Les employeurs vont avoir peur d'embaucher des musulmans. On veut nous enfermer dans une prison identitaire», a dénoncé Mme Benhabib, qui est musulmane et d'origine algérienne.

Comme l'avait fait avant elle, l'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin, Djemila Benhabib a soutenu que le projet de loi 62 permettra le port du voile intégral. «L'État s'apprête à valider le port du tchador dans nos institutions publiques, quelle farce», a jeté Mme Benhabib, qui fut candidate pour le Parti québécois à l'élection de 2014.