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Don Giovanni: toute une réussite

Don Giovanni: toute une réussite

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En guise de feux d’artifice et pour faire l’impasse, ne serait-ce que le temps d’une soirée, sur la comète jaune du bureau ovale, l’opéra de Montréal présentait Don Giovanni. Joué et rejoué, ce classique de Mozart qui a su passer la barrière du temps est malléable à souhait. Avec un esprit coquin et fort à propos, le metteur en scène David Lefkowich a choisi de transposer cette œuvre dans l’Italie des années 30. En trois pièces et avec borsalino, nous étions presque à Palerme dans un décor évoquant une certaine idée des pégriots d’Auguste Le Breton.


Et vint Dion Giovanni


Manipulateur, coureur de jupons invétéré et n’hésitant à commettre le pire pour accomplir, Don Giovanni magnifiquement campé par le baryton canadien Gordon Bintner est tout ce qu’il y a, de plus crédible. Jouant sur tous les registres, voix et mise en scène, ce Don Juan d’apparat monopolise la scène comme dans un classique d’Agatha Christie avec des relents de James Cain. Pour entourlouper ces belles dames, le maître des basses d’œuvres doit absolument avoir un précieux aide de camp, là encore, brillamment interprété par le baryton-basse canadien Daniel Okulitch. Drôle, parfois irrévérencieux et souvent naïf, il sert de paratonnerre et doublure dans plusieurs mises en scène cocasses, pas loin de Feydeau. Si les femmes sont bien «  naïves  », du moins au début, la vengeance sera terrible. Des sopranos Layla Claire (Donna Elvira) à Emily Dorn (Donna Anna), jusqu’à Hélène Guilmette, dans celui de Zerlina, ce trio de femmes illumine avec justesse. Dans la fosse, le jeune chef d’orchestre Jordan De Souza respecte les dosages et transmet une énergie pour la moins convaincante. En somme, c’est une opération réussie. Jusqu’au 19 novembre, à la salle Wilfrid-Pelletier.