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Bryan Breguet: Le “vote shaming” et les sondages pour l’élection américaine de 2016

Bryan Breguet: Le “vote shaming” et les sondages pour l’élection américaine de 2016
Photo AFP

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Au cours des dernières années, j'ai souvent invité des experts sur certains sujets à utiliser ma tribune afin de rectifier certains mythes répétés en public. Cette fois-ci, j'ai invité mon vieil ami Bryan Breguet qui a conçu le modèle de projection électoral le plus efficace au Canada (Too Close to Call). Bryan comprend les détails des sondages bien mieux que la majorité des commentateurs politiques puisqu'il a étudié le sujet. Suite à l'élection américaine qui a mené à la surprise qu'on connaît, plusieurs commentateurs se sont mis à prononcer des absurdités à l'égard des sondages et de la qualité de ceux-ci. Étant donné l'expertise de Bryan, je l'ai invité à écrire un texte pour ce blogue. 

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Il y a une semaine de cela, le monde était sous le choc avec la victoire de Donald Trump dans l’élection présidentielle aux États-Unis. S’il s’agissait bel et bien d’une surprise, elle n’était de loin pas aussi grande que ce que beaucoup prétendent.

Les chances d’une victoire de Trump étaient d’environ 30% selon Nate Silver. D’autres sites avaient certes une confiance bien plus grande envers Clinton (allant même jusqu’à plus de 99% selon le Princeton Election Consortium). Mais au final, malgré une avance dans les sondages, il était clair qu’une erreur de 2-3 points de ces derniers était suffisante pour finir avec Trump président. En tant que Canadiens habitués aux erreurs des sondages, nous devrions savoir qu’une différence de 2-3 points entre les sondages et les résultats de l’élection arrive très facilement. Si vous pensez que les sondages avaient tort, dites-vous qu’ils n’étaient en fait pas pire que ceux lors de la dernière élection fédérale au Canada qui avaient sous-estimé le vote Libéral par environ 2 points (et bien davantage au Québec).

La surprise aurait aussi pu être prévue en se rappelant que les candidats dits « extrêmes » et très fortement attaqués dans les médias ont tendance à faire mieux que ce que les sondages prédisent. Nous ne sommes pas vraiment habitués à cela au Canada car nous n’avons pas vraiment de parti d’extrême-droite par exemple (le phénomène le plus proche d’une sous-estimation systématique des sondages est probablement la fameuse « prime à l’urne » du PLQ, mais ce parti n’est absolument pas d’extrême droite).

Les sondeurs américains auraient peut-être dû demander de l’aide ou des conseils à leurs cousins français. Ces derniers sont habitués à ce phénomène avec le Front National de Marine Le Pen (et précédemment de Jean-Marie Le Pen, son père). En 2002, la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle avait choqué le monde. Les sondages avaient sous-estimé cette formation par 2-3 points. Les sondeurs de l’époque avaient alors expliqué que ce n’était pas vraiment de leur faute car les données brutes avaient le FN en fait encore plus bas. Il y avait un vote FN « caché », « honteux ». Les sondeurs se sont depuis adaptés -avec plus ou moins de succès, par exemple le FN restait sous-estimé en 2012- et le vote FN est davantage assumé aujourd’hui.

Est-ce que le même phénomène est arrivé aux États-Unis? C’est possible. Il y a toujours plusieurs facteurs qui peuvent expliquer les erreurs des sondages (participation, etc) mais c’est une théorie valide. Ces mêmes médias qui étaient si surpris de la victoire de Trump devrait apprendre deux choses. Premièrement, les sondages ont une incertitude. 30% de chances de victoire, ce n’est pas rien. Si je vous offrais un pari où vous avez 70% de chances de doubler votre mise et 30% de chances de tout perdre, je ne suis pas certain que vous accepteriez de jouer. Deuxièmement, passer 18 mois à critiquer, ridiculiser et se moquer des électeurs de Trump n’est peut-être pas la meilleure idée. Loin de moi l’idée de défendre les idées et propos de Donald Trump, mais le « vote shaming » ne fonctionne jamais. Tout ce que cela fait, c’est de forcer ces électeurs à se cacher et les motiver à voter lors de l’élection.

 

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