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Taxe sur le carbone ou subvention au carbone ?

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Avec l’élection de Donald Trump, l’implantation d’une taxe canadienne sur le carbone est probablement lettre morte. Cependant, le premier ministre Trudeau n’a pas l’air d’être prêt à changer d’avis. Toutefois, j’ai une solution pour lui (et les premiers ministres des différentes provinces).

Soyons clairs, j’ai toujours été théoriquement enclin à appuyer une taxe sur le carbone. Mes réticences étaient pratiques et se limitaient à trois éléments importants que plusieurs partisans essayaient, paresseusement, d’éviter. En premier lieu, quel est le « bon taux » à imposer ? À chaque fois que je posais cette question, les partisans changeaient de sujet ou se mettaient à invoquer une réponse technocratique étrange. En second lieu, la précondition la plus importante d’une taxe sur le carbone est une réduction des taxes et impôts afin que la mesure n’ait aucun effet sur les revenus de l’État. Il était rare de voir des partisans (à l’exception notable de Stéphane Dion) se commettre clairement à des réductions d’impôts. Le troisième élément est le plus important.  La motivation principale d’une telle taxe est de rapprocher le « prix du marché » du « prix social » qui inclut les externalités de la pollution environnementale. L’idée d’une taxe sur le carbone, c’est d’internaliser l’externalité qu’est la pollution. Si on accepte cette logique (en fait, vous devriez l’accepter, elle est assez axiomatique), on accepte implicitement l’idée que tout ce qui éloigne le « prix du marché » du « prix social » est nocif.   Si vous êtes pour la « taxe carbone » en invoquant les externalités générées, vous devez automatiquement être contre les mesures qui réduisent « l’internalisation ». 

Par exemple, l’externalité générée par la conduite de ma voiture impose un coût social à autrui. Cependant, si l’accès à la route est offert gratuitement sur des routes détenues par le gouvernement, on vient de subventionner mon comportement. Indirectement, on vient d’augmenter l’ampleur de l’externalité.

À quel point subventionnons-nous ce genre d’externalité ? Il y a bien sûr l’absence de péages routiers qui incitent les gens à utiliser davantage leurs voitures.  En étant forcé d’assumer une partie du coût d’utiliser leurs voitures, les gens sont forcés à moins consommer et donc à réduire les externalités. Un autre exemple se situe au niveau de la taxation des voitures usagées. Comme j’en parlais dans le passé, les taxes sur la consommation sont des taxes sur la valeur ajoutée et la vente d’une voiture usagée ne produit aucune valeur ajoutée. En brisant ce principe de taxation, on incite les gens à consommer davantage de « nouvelles » voitures au lieu d’utiliser des vieilles voitures plus longtemps. Il y a un coût environnemental important associé à cette mesure.  Sur ces deux plans, les différents gouvernements provinciaux pourraient facilement agir.

Pour M. Trudeau, la meilleure chose à faire est de militer pour l’élimination des subventions à la consommation d’essence dans les pays en voie de développement. Depuis les années 1970, plusieurs pays en développement subventionnent la consommation de combustibles fossiles en fixant les prix de ceux-ci en dessous du niveau du marché. Ce faisant, ils encouragent la surconsommation. Ces subventions s’appliquent sur environ un quart de la consommation mondiale de combustibles fossiles. L’élimination de celles-ci suffirait à accomplir un septième de l’effort nécessaire pour réaliser le scénario le plus ambitieux de lutte au réchauffement climatique. Par exemple, M. Trudeau pourrait rendre l’aide internationale offerte par le Canada conditionnelle à l’élimination de ces subventions.

Cependant, prenez un moment pour réaliser une implication importante de mon propos. Toutes les mesures que je mentionne sont en place depuis plusieurs décennies. Et si elles n’avaient jamais existées ? Imaginez ce qu’aurait l’air la courbe des émissions de gaz à effet de serre si les péages routiers existaient toujours, que les subventions à la consommation n’avaient jamais existées et que le traitement fiscal défavorable des voitures usagées n’existait pas. Est-ce que les émissions polluantes (i.e. des externalités) seraient moins importantes ? Absolument ! Et il s’agit là de seulement trois politiques. Il y a plusieurs autres (je parle de l’une d’entre elles ici).

Indirectement, ma troisième critique (qui justifie mes propositions pour M. Trudeau et les premiers ministres provinciaux) c’est que le problème peut être largement empiré par le gouvernement. Laissez ça mijoter et vous comprendrez mes réserves à l’égard d’une taxe sur le carbone et mon désir d’utiliser d’autres chemins afin de laisser le pyromane s’occuper du travail des pompiers.