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Politicien? Pu jamais!

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De gauche ou de droite, au fédéral ou au provincial, il y a un truc qui semble unir tous les politiciens du pays. Dès qu’ils cessent d’exercer, ils trouvent le bonheur. Et plus jamais ils ne reviendront en arrière.

Je lisais en fin de semaine l’entrevue du Journal avec Stéphane Bédard, qui a quitté le bateau des péquistes il y a un an. Un sourire radieux, une famille heureuse, un bonheur digne des plus belles cartes postales.

Bonheur et politique : des contrastes ?

J’avais l’impression d’avoir déjà parcouru le récit. Parce qu’ils sont tellement nombreux à raconter la même chose. Mario Dumont, Joseph Facal, Nathalie Normandeau, Bernard Drainville et combien d’autres...

Toujours dans Le Journal, Sophie Duro­cher s’entretenait avec Lucien Bouchard. En 1994, la bactérie mangeuse de chair l’a presque emporté. Une jambe en moins, il aime la vie comme jamais. Et dans son appréciation du bonheur, on sent que l’éloignement de la politique lui fait le plus grand bien.

Des hommes et des femmes de toutes allégeances dont l’engagement et la passion sont indiscutables se retrouvent avec le même constat: c’est loin de la politique qu’ils sont heureux. Ils rêvaient de servir les citoyens, croyaient à la fonction publique dans le sens noble du terme. La politique les a bouffés tout rond. Loin de la machine, ils retrouvent la vie.

Trouvez-vous ça normal? Inquiétant? Est-ce que le travail pour le bonheur collectif passe par le malheur individuel? Nous sommes sévères avec notre classe politique et avec raison. Mais la profession de politicien semble maintenant rebuter tout le monde, incluant les plus fervents.

On pourrait hausser en flèche les salaires. Leur donner un ou deux mois de vacances. Oui, je sais, ce ne sont pas les idées du siècle. Et pourtant, il faudra bien trouver une façon de ramener nos élites vers la politique.

Maintenant, au lieu d’être élus, ils préfèrent voguer dans le monde des affai­res, avec une vraie vie privée et un salaire beaucoup plus élevé. Ou ils passent de l’autre côté de la clôture. Ils deviennent animateurs, commentateurs, chroniqueurs. Ils prennent goût à devenir des gérants d’estrade de luxe et ils trouvent, avec raison, que ça brasse beaucoup moins que sur la patinoire.

ET ceux qui restent... ?

Si la politique n’a plus de sex-appeal, même pour ceux qui ont l’appel, nous nous retrouverons avec de moins en moins d’individus de qualité dans les postes décisionnels de nos sociétés. On pourrait suggérer que la dernière élection américaine en est un exemple flagrant et désolant.

Est-ce que le bonheur peut faire partie du métier de politicien? Ou est-ce qu’on met trop l’accent sur ceux qui partent et pas assez sur ceux qui restent?

Eux aussi ont des familles, du stress, des défis. Ça fait peut-être des histoires moins jolies, mais il faudrait apprendre à reconnaître et à apprécier leur engagement avant qu’ils ne se rési­gnent tous à plier bagage...

Politicien, moi? Jamais de la vie.

Être heureux, c’est trop important. Sauf que la journée où on arrivera tous à cette même conclusion, on sera un peu beaucoup dans le trouble...

 

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