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Groupe V demande au CRTC de réduire son obligation en contenu canadien

Maxime Rémillard, président et chef de la direction de Groupe V Média.
Photo d'archives, AGENCE QMI Maxime Rémillard, président et chef de la direction de Groupe V Média.

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LAVAL – Le Groupe V Média peine à trouver de nouveaux revenus pour développer davantage de contenu canadien et original faute de financement adéquat. Devant le CRTC mardi, les représentants de la filiale de Remstar Diffusion ont demandé une réduction de l’obligation de contenu canadien imposé pour le ramener à 50 %.

«Dans cet environnement en constante évolution, on pourrait comparer Groupe V Média à un village gaulois, entouré de Romains, à la différence que nous ne disposons pas de potion magique pour décupler nos forces», a expliqué Maxime Rémillard, président et chef de la direction de Groupe V Média.

Le CRTC a sourcillé à cette demande de V. Elle représente, selon le conseiller régional du CRTC pour le Québec Yves Dupras, la plus faible proportion chez les grands groupes de propriété de langue française.

«L’impression que ça donne, c’est que vous voulez faire plus de contenu américain traduit», a affirmé M. Dupras.

«Faire du contenu local, ça requiert des capitaux importants, et la réalité des revenus publicitaires fait que c’est difficile de monétiser adéquatement les coûts des contenus canadiens», a répondu M. Rémillard.

Radio-Canada

À l’instar de Québecor Média avant lui, le Groupe V a notamment pointé la concurrence de Radio-Canada, dont le financement public a été augmenté de 675 millions $ sur cinq ans, comme étant un défi économique.

«Alors que la télévision traditionnelle est en crise, Radio-Canada est sans doute le seul télédiffuseur traditionnel qui voit ses revenus augmenter, ce qui ne fait qu’accentuer le déséquilibre des forces du marché», a affirmé Maxime Rémillard.

Cette position rejoint celle de Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA et de Québecor Groupe Média.

«Le diffuseur public devrait être tenu de considérer l’impact de ses actions sur les autres membres de l’écosystème canadien de radiodiffusion. Au-delà de sa programmation, le diffuseur public intervient de façons susceptibles de nuire aux intérêts des autres joueurs de l’industrie, notamment par la surenchère sur les droits et les budgets de programmation, la pression sur les tarifs publicitaires», avait soutenu plus tôt Julie Tremblay.

Informations et intérêt publics

Le président du Groupe V Média a reconnu que ses projections pour l’industrie sont sombres, ce pourquoi, il demande de la flexibilité au CRTC.

Groupe V souhaite toutefois bonifier son contenu en nouvelles locales. Pour les stations de V à Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay, la proposition soumise au CRTC propose de faire passer d’une heure et demie par semaine à 5 heures la production locale et les nouvelles locales d’une heure à 2 deux heures et demie par semaine.

Cette avenue ferait toutefois en sorte d’amputer le contenu de production à la station de Québec.

«Dans le cas de Québec, la baisse que nous proposons vise à uniformiser les niveaux applicables dans tous nos marchés régionaux», a expliqué Luc Doyon.

Des partenariats ont été conclus, avec Vice Média et Groupe Capitales Médias, qui avait fait l’acquisition des six quotidiens régionaux de Gesca en 2015, pour la couverture de l’actualité régionale. Le groupe aimerait par ailleurs occuper le terrain des émissions d’intérêt national (ÉIN), mais ce créneau lui semble presque inaccessible.

«Ce type d’émissions dans leur offre de programmation. V ne fait pas exception, à la différence toutefois que, contrairement à nos concurrents TVA, Radio-Canada et Bell Média, nous ne disposons pas d’un support adéquat pour le financement de ce genre d’émissions», a dû concéder Luc Doyon.

«Ce serait un fardeau additionnel pour nous», ajouté M. Rémillard.

C’est sans compter, selon Groupe V Média, que la catégorisation de certaines émissions, comme «En mode Salvail», ne se qualifient pas pour faire partie des ÉIN.

Pour Serge Bellerose, conseiller en affaires réglementaires, imposer des seuils supérieurs au 50 % pourrait contraindre V à retirer des émissions comme «En mode Salvail», qui attirent beaucoup de spectateurs, pour la remplacer par des émissions «qui performent moins bien, mais qui se qualifient comme ÉIN», ce qui viendrait accroître la précarité du groupe.

Plaintes et conformité

Le conseiller Yves Dupras a par ailleurs souligné qu’en 2013 et 2014, le Grouve V s’était retrouvé en situation de non-conformité à l’égard de contenu canadien.

«Depuis, un mécanisme rigoureux de contrôle a été mis en place», a assuré M. Bellerose.

«Je peux vous assurer que nous avons mis en place des mécanismes pour que ça ne se reproduise plus», a ajouté M. Rémillard.

Autre épine au pied pour Groupe V Média, plus de 200 plaintes ont été soumises au CRTC et au Conseil canadien des normes de la radiotélévision pour l’émission «L’instant gagnant», dont plusieurs concluaient que des épisodes manquaient de transparence et étaient trompeurs.

«On a réglé le problème, l’émission n’est plus en ondes», a affirmé Tony Porrello, vice-président exécutif.

Le contrat avec le producteur indépendant qui produit l’émission se terminait au début du mois d’octobre dernier et n’a pas été renouvelé.