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Cessez de blâmer le libre-échange!

Cessez de blâmer le libre-échange!

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Aux États-Unis tout comme au Québec, nombreux sont ceux qui veulent blâmer la mondialisation et le libre-échange pour les pertes d'emploi. Lorsque cet argument est invoqué, il est appuyé par des anecdotes étranges (qui prouvent souvent le contraire lorsqu'on enquête) ou par le fait que l'emploi dans le secteur de la fabrication ne suit pas. C'est un argument qui ne tient absolument pas. Pourquoi? 

Parce que le déclin relatif du secteur de la fabrication (en pourcentage de la main d'oeuvre totale) résulte plutôt des changements technologiques. Si vous regardez  le graphique associé à ce billet, vous verrez que la productivité augmente bien plus rapidement dans le secteur de la fabrication au Canada: tant en raison de la productivité du travail qu'en raison de la productivité multifactorielle (une approximation pour la technologie qui combine le travail et le capital). Les différences entre la totalité des secteurs et le secteur de la fabrication sont énormes. Ce que cela veut dire c'est que pour chaque bien produit par le secteur de la fabrication, il faut de moins en moins de ressources. D'ailleurs, ce sont les biens provenant de ce secteur qui ont diminué le plus au cours des dernières décennies - les consommateurs ont bénéficié. Clairement, les changements technologies qui ont augmenté la productivité nous ont enrichi collectivement. En augmentant la productivité, on peut "libérer" des travailleurs qui peuvent être embauchés par d'autres industries  : aux États-Unis, 85% des changements d'emploi dans le secteur de la fabrication s'expliquent par les changements technologiques

Alors pourquoi le reste de l'économie ne performe t'il pas aussi bien? Plus précisement, pourquoi le reste de l'économie n'est-il pas capable d'embaucher les "travailleurs libérés"?

Et bien, quand on regarde cette étude de Statistique Canada (ici), on voit que les secteurs avec une forte croissance de la productivité sont des secteurs relativement peu réglementés. Les secteurs avec une croissance anémique sont plus lourdement réglementés.  Cette affirmation tient aussi dans le cas américain. Lors d'un échange avec le bloggeur américain Noah Smith de Bloomberg, je soulignais que les endroits aux États-Unis qui ont été le moins "perturber" par les changements des dernières décennies sont ceux qui ont les lois du travail les plus légères (voir ici). 

Un changement technologique, c'est un choc (toujours) qui force la réorganisation de l'économie. Si le choc survient dans un secteur non-réglementé, ce secteur pourra augmenter sa productivité en réduisant les intrants (capital et travail). Cependant, si les intrants libérés ne peuvent pas trouver preneurs ailleurs, ils devront accepter des baisses de salaire (ou de rendement). En quelque sorte, une économie trop réglementée revient à réduire la demande d'intrants dans les secteurs qui subissent moins de changements. Ainsi, si vous voulez blâmer quelque chose, je pense que le coupable c'est l'État réglementaire qui étouffe la capacité d'adaptation des différentes industries.