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Olivier ne va pas bien

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Illustration Fotolia

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Olivier est arrivé en retard ce matin. Pour la deuxième fois cette semaine.

Je suis donc un peu sèche avec lui lorsqu’il met le pied dans la classe. Je lui lance mon fameux regard. Celui avec le front qui plisse. Que j’utilise avec parcimonie. D’où sa grande efficacité.

Au moment de corriger les devoirs, le sien n’est pas fait. Je m’impatiente un peu plus.

Puis, l’avant-midi déboule et la cloche du midi sonne.

Je ne dîne pas au salon du personnel. Trop débordée. Je m’installe à mon bureau pour manger.

Mon corrigé de maths en guise de napperon. Chic!

Je pense à Olivier. Retards, devoir non fait...

Ce n’est pas mon élève.

Comme si je faisais un casse-tête, je prends les quatre ou cinq derniers jours un par un. Morceau par morceau. L’image prend forme.

Ma surveillance de lundi. Olivier-le-sportif-souriant-toujours-partant n’avait pas joué au soccer avec sa gang cette récré-là.

Ça me revient.

Il était resté tout seul. Adossé au mur de l’école, capuchon sur la tête. Renfrogné.

J’ai voulu aller discuter avec lui, mais en marchant dans sa direction, j’ai été interceptée: conflit majeur au jeu de tag.

J’y ai passé la récréation au complet :

1. Tenter de comprendre la chicane, latente depuis quelques récréations.

2. Identifier le «vrai» tricheur.

3. Trouver une solution.

Cette image de lui, combinée aux retards de cette semaine et au devoir non fait de ce matin, me confirme que quelque chose ne va pas.

Un bagage d’émotions

C’est une analogie un peu facile, mais dans leur sac d’école, les enfants ne traînent pas que le poids de leurs cahiers. Aussi (et surtout) celui de leurs inquiétudes, leurs peines.

Qu’ils communiquent parfois clairement. D’autres fois moins. Selon leur tempérament.

Ou la sorte de douleur.

Qu’est-ce qui se cache dans le sac d’Olivier?

Ça prend plusieurs paires de lunettes pour être prof. Et des antennes aussi. Puissantes. Pour lire à l’intérieur de tous les enfants. Pour les sentir.

Quand les canaux du cœur et de la tête sont bloqués, j’enseigne dans le beurre.

Je dois identifier ce qui interfère le signal.

Chercher à comprendre

Je ne surveillais pas sur la cour cet après-midi, mais je suis allée rejoindre Olivier. Il était encore tout seul.

J’ai creusé. Rien. Juste des yeux tristes et un menton tremblotant.

En fin de journée, j’ai appelé sa mère. Long silence lorsqu’elle entend ma voix. Puis, des sanglots. Sonores. Trop gros pour être étouffés.

J’arrive à peine à comprendre ce que me dit Maman-Olivier, me répétant qu’elle est désolée de me pleurer comme ça dans le creux l’oreille.

Honteuse de cette proximité subite avec la prof de son fils.

Puis, LA phrase finit par sortir...

Papa-Olivier et Maman-Oliver se séparent.

Émue et touchée, je tente d’être aussi enveloppante que possible. Je termine en la rassurant: j’aurai son garçon à l’œil.

Lui porterai une attention particulière. D’autant que j’ai maintenant la clé pour ouvrir son sac.

Et donc, mieux comprendre ses réactions. Puis intervenir différemment.

Lunettes adaptées. Antennes enlignées.