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Le retrait de la publicité à Radio-Canada mal accueilli

Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA.
Photo AGENCE QMI, Martin Alarie Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA.

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MONTRÉAL – La suggestion-surprise de Radio-Canada de renoncer conditionnellement à la publicité a été reçue comme une «proposition ahurissante» par le Groupe TVA et comme une véritable menace pour le syndicat de Radio-Canada qui appréhende des pertes d’emplois massives.

MONTRÉAL – La suggestion-surprise de Radio-Canada de renoncer conditionnellement à la publicité a été reçue comme une «proposition ahurissante» par le Groupe TVA et comme une véritable menace pour le syndicat de Radio-Canada qui appréhende des pertes d’emplois massives.

«CBC/Radio-Canada demande le beurre et l'argent du beurre: plus d'argent, moins de risque financier, aucune interruption publicitaire et, surtout, aucune limite sur sa capacité à concurrencer les diffuseurs privés. C'est la recette parfaite pour assener un coup fatal aux autres diffuseurs canadiens», a dénoncé Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA.

Selon Mme Tremblay, en exigeant un financement bonifié et garanti, le diffuseur public continuera d'exercer une concurrence déloyale.

«La priorité devrait plutôt être de réviser et de clarifier le mandat de CBC/Radio-Canada pour assurer qu'elle agisse en complémentarité et non en concurrence avec les diffuseurs privés», a ajouté Mme Tremblay.

Groupe TVA souhaite que le diffuseur public offre une programmation complémentaire et distinctive des diffuseurs privés, en privilégiant les créneaux de la culture, de l’éducation, de la jeunesse, des affaires publiques et des sciences, tout en offrant regard privilégié sur les régions et pour un public diversifié.

Une idée imprévue

Lundi, lors des consultations du ministère du Patrimoine canadien sur l’avenir de la société d’État, le diffuseur public a sorti un lapin de son chapeau. Dans un mémoire, CBC/Radio-Canada a formulé des recommandations, dont celle d’éliminer la publicité sur ses plateformes, à la condition que le fédéral lui accorde une enveloppe additionnelle de 318 millions $, chaque année.

Cette annonce de la fin de la publicité à Radio-Canada a eu l’effet d’une douche froide pour le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC–CSN) qui n’avait pas vu venir cette proposition.

«La manière dont l’annonce a été faite a créé une onde de choc. Si la ministre accepte cette proposition, beaucoup de membres vont perdre leur emploi», a affirmé la présidente du SCRC–CSN, Johanne Hémond en entrevue avec l’Agence QMI.

Selon elle, pas moins de 260 personnes au Québec et à Moncton seront mises à pied avec l’abandon de la publicité. Il y aurait évidemment d’autres abolitions de postes puisque la CSN ne représente pas les autres employés de la publicité dans le reste du Canada.

«C’est la première fois qu’on parle d’une possibilité d’une perte d’emplois. Ça n’aide pas pour le climat dans une négociation», a-t-elle ajouté, pour des gens qui se voyaient jusqu’ici comme des éléments essentiels aux opérations de la société d’État et chez qui s’installe une nouvelle forme de précarité.

La direction de Radio-Canada négocie en ce moment avec ses syndiqués afin d’en venir à une première convention collective unifiée pour le secteur de l’administration, le secteur technique et celui des journalistes et de la rédaction. La fin de la publicité vient d’ajouter une autre variable de taille aux discussions.

Le montant de 318 millions $ dit compensatoire pour la fin des revenus publicitaires ne tient pas compte des économies que représentent les sommes économisées avec les employés qui n’auront plus à être payés pour vendre la publicité. Du reste, le président Hubert T. Lacroix a aussi demandé à ce que ce montant soit «indexé en fonction de l’inflation».

Cette proposition de compenser les pertes publicitaires a fait bondir le député conservateur Gérard Deltell, mardi, lors d’un point de presse devant les journalistes à Ottawa.

«Nous, on pense que Radio-Canada doit assumer pleinement son mandat avec les sommes qui sont versées actuellement, pas une cenne de plus», a tranché le député Deltell.

Prudence de la ministre

La ministre Mélanie Joly continue de se montrer prudente et a répété mardi à Ottawa que le gouvernement se donne jusqu’en 2017 pour arrêter sa position sur la question. Elle ne ferme pas la porte aux propositions, mais ajoute que toutes les parties seront considérées.

«On sait de façon générale que les médias font face à de grands bouleversements et que le radiodiffuseur public a un rôle à jouer dans le contexte d’informer les Canadiens. Maintenant, on est en train d’étudier le point de vue de tous les organes de presse, les médias, les organisations, que ça soit au niveau des médias, que ça soit aussi du secteur du divertissement», a déclaré la ministre Joly.

 

Ce qu’ils ont dit :

- Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien.

«On a déjà dit on a réinvesti 675 millions $ au cours des cinq prochaines années. Et puis, comme je vous dis, on va étudier la question des médias de façon générale».

«Tout est sur la table. J’étudie les scénarios de toutes les parties».

- Gérard Deltell, député du Parti conservateur

«Nous, on pense que Radio-Canada doit assumer pleinement son mandat avec les sommes qui sont versées actuellement, pas une cenne de plus».

- Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA

«La priorité devrait plutôt être de réviser et de clarifier le mandat de CBC/Radio-Canada pour assurer qu'elle agisse en complémentarité et non en concurrence avec les diffuseurs privés».

«CBC/Radio-Canada demande le beurre et l'argent du beurre : plus d'argent, moins de risque financier, aucune interruption publicitaire et, surtout, aucune limite sur sa capacité à concurrencer les diffuseurs privés».

- Johanne Hémond, présidente du SCRC–CSN

«C’est la première fois qu’on parle d’une possibilité d’une perte d’emplois. Ça n’aide pas pour le climat dans une négociation».

«La haute direction de Radio-Canada montre par son attitude qu’elle ne considère aucunement le syndicat des employé-es comme un partenaire. Et par conséquent, les employé-es sont mis encore une fois à l’écart».