/news/currentevents
Navigation

Les cols bleus de Montréal s’espionnent entre eux

Les véhicules de deux directeurs ont été épiés

Interrogée hier par Le Journal, la présidente du Syndicat des cols bleus, Chantal Racette, s’est refusée à tout commentaire.
Photo Pierre-Paul Poulin Interrogée hier par Le Journal, la présidente du Syndicat des cols bleus, Chantal Racette, s’est refusée à tout commentaire.

Coup d'oeil sur cet article

Sarah-Maude Lefebvre et christopher Nardi
 

Le torchon brûle au Syndicat des cols bleus de Montréal. Un vote de confiance sera demandé pour démettre la présidente Chantal Racette de ses fonctions alors qu’elle est soupçonnée d’avoir fait installer des mouchards sur les automobiles de deux directeurs syndicaux afin d’épier leurs déplacements.

Cette histoire est la «goutte qui fait déborder le vase» et qui pourrait mettre fin au règne de Mme Racette, ont confié plusieurs cols bleus au Journal.

On voit ici un des dispositifs de surveillance qui auraient été installés sous deux véhicules de directeurs syndicaux.
Photo courtoisie
On voit ici un des dispositifs de surveillance qui auraient été installés sous deux véhicules de directeurs syndicaux.

Le 23 novembre, deux directeurs syndicaux, Claude Sauvé et Pierre Lalonde, ont fait parvenir une mise en demeure au syndicat et à Mme Racette, réclamant chacun 35 000 $. Une plainte aurait aussi été déposée à la police.

Selon nos informations, les directeurs allèguent que Chantal Racette aurait donné des instructions pour qu’un col bleu, Gilbert Ouimet, installe un dispositif de géolocalisation sous leurs véhicules personnels à leur résidence, le 18 novembre.

Dans leurs mises en demeure, MM. Sauvé et Lalonde affirment avoir eu des démêlés avec Mme Racette dans les dernières semaines. Le syndicat a rejeté du revers de la main ces mises en demeure, affirmant qu’aucune «intrusion illégale de la vie privée» des deux travailleurs n’avait eu lieu.

Tollé chez les cols bleus

Furieux, les deux cols bleus ont ensuite rédigé une lettre qu’ils ont fait circuler parmi les 6500 membres du syndicat.

Voici la transcription exacte de cette lettre obtenue par Le Journal: «Je suis convaincu que la raison est purement politique, [...] elle le savait que a [sic] la prochaine élection nous ne l’appuiront [sic] plus à cause de certaines mauvaise décission prise [sic] par elle.»

Le syndicat a répondu par voie de communiqué interne affirmant que ces allégations étaient «inexactes ou erronées».

Tannés des « méthodes » Racette

Selon nos sources, cette histoire a mis le feu aux poudres au point où des cols bleus veulent maintenant «débarquer» Mme Racette de son poste.

«C’est un sentiment généralisé. On est tannés des méthodes de Racette. Ses prestations devant les médias nous ont fait une mauvaise image. Et elle nous défend mal face à l’administration Coderre», a confié sous le couvert de l’anonymat un directeur syndical.

Samedi prochain, en assemblée générale, des cols bleus et des directeurs syndicaux ont donc l’intention de déposer un avis de motion pour un vote de «non-confiance» envers leur présidente. Le projet pourrait toutefois avorter si les cols bleus ne sont pas présents en nombre suffisant.

Hier, Chantal Racette, Claude Sauvé et Pierre Lalonde se sont refusés à tout commentaire.

Une présidente controversée

Plusieurs déclarations et actions de Chantal Racette ont alimenté l’actualité au cours des derniers mois.

♦ Avril 2015: Chantal Racette est élue à la tête du plus important syndicat de cols bleus du Québec. La première femme à occuper ce poste succède à Michel Parent, qui a été à la tête du local 301 pendant 12 ans. À son arrivée, elle avait indiqué être admirative du travail de l’ancien président, Jean Lapierre.

♦ Décembre 2015: Des milliers de cols bleus débrayent illégalement pour se rendre à une assemblée syndicale au Palais des congrès. L’administration Coderre suspend ensuite près de 2000 travailleurs pendant une semaine. Chantal Racet­te et quatre autres dirigeants syndicaux écopent aussi d’une suspension de deux mois, du jamais-vu à Montréal.

♦ Février 2016: Lors d’une assemblée syndicale à laquelle assiste Le Journal, Mme Racette s’en prend violemment à une juge qui a condamné en 2010 le syndicat et la Ville à verser 2 M$ à des Montréalais tombés sur des trottoirs non salés, après une grève des cols bleus en 2004. «Là, la juge qui était là, cette crisse de folle-là... On va le dire parce que c’est une crisse de folle, je vous le dis», avait alors dit Mme Racette. Elle s’en prend aussi à l’administration Coderre. «C’est frustrant en cri***. Je te dis que c’est frustrant. Quand t’as un employeur véreux dans la face, là, qui dit “regarde, je vais le donner [le travail] au privé...” t’as le goût d’y crisser un coup de batte dans le front.»

Pas le premier cas d’espionnage

Jean Lapierre, ex-président
Photo courtoisie
Jean Lapierre, ex-président

Les allégations d’espionnage au sein du Syndicat des cols bleus ne datent pas d’hier. En 2006, Le Journal rapportait que l’ex-président du syndicat, Jean Lapierre, avait fait installer en 1989 un système d’écoute électronique dans les locaux de l’ancien quartier géné­ral des cols bleus, rue Papineau à Montréal. M. Lapierre avait refusé d’expliquer, à l’époque, pourquoi il voulait ainsi espionner ses collègues. Il avait ensuite déposé une plainte au Conseil de presse pour dénoncer cet article, plainte en grande partie rejetée.

Chicane à coups de mises en demeure

Extraits de la mise en demeure envoyée par le directeur Claude Sauvé

Interrogée hier par Le Journal, la présidente du Syndicat des cols bleus, Chantal Racette, s’est refusée à tout commentaire.
Photo Facebook

«M. Ouimet aurait quitté son véhicule et se saurait [sic] introduit sur la propriété privée de nos clients. [...] M. Sauvé a observé M. Ouimet s’accroupir à l’arrière du véhicule [...] pour une période de 5 à 10 secondes.»

«Ce même jour, nos clients ont fait inspecter le Nissan Rogue [...] et ont découvert qu’un dispositif de repérage a été installé à l’intérieur du pare-choque [sic] arrière [...] Selon nos clients, un dispositif identique aurait été trouvé dans le véhicule de Pierre Lalonde, collègue de travail de M. Sauvé.»

«Selon M. Sauvé, ces agissements ne seraient que le point culminant de l’harcèlement [sic] qu’il vit depuis des mois dans l’exercice de ses fonctions dans son milieu de travail, à la suite de mésententes avec vous-même.»

Extraits de la mise en demeure envoyée par le directeur Pierre Lalonde

Interrogée hier par Le Journal, la présidente du Syndicat des cols bleus, Chantal Racette, s’est refusée à tout commentaire.
Photo Facebook

«Notre client a dès lors inspecté le dessous du véhicule de sa conjointe qu’il conduit régulièrement et a trouvé un dispositif de géolocalisation logé en dessous du véhicule.»

«Notre client l’a conservé précieusement près de lui lors de la conduite de son véhicule. [...] En branchant le dispositif de géolocalisation dans un port USB, notre client a constaté que le dispositif avait noté la distance parcourue, le lieu, le [sic] date et l’heure des déplacements.»

Réponse du syndicat à l’avocat de Claude Sauvé

«Toute intervention, mesure ou directive prises par le Local 301 à l’endroit de votre client découle non pas d’une situation de harcèlement psychologique, mais plutôt du devoir du Local 301 de veiller à la saine gestion de ses affaires.»

«Le Local 301 considère que, dans les circonstances particulières de la présente affaire, aucune intrusion illégale de la vie privée de votre client n’a eu lieu.»