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La vertu autoritaire

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Donald Trump promet de châtier les contestataires qui brûleront le drapeau américain – même si les tribunaux ont déjà statué qu’ils en ont le droit. Son message est inquiétant: peu importe les tribunaux, les «vraies» valeurs américaines devront primer si on veut «make America great again».

De tout temps, les conservateurs ont assis leur autorité sur des interdits. Les curés avaient un «index» des auteurs proscrits. Fidel Castro, comme tous les dictateurs, préférait voir ses dissidents derrière les barreaux. Les islamistes pensent que les blasphémateurs méritent une mort violente. Trump, lui, veut «sauver» les É.-U. en interdisant les activités «antiaméricaines», fussent-elles le fait de sans-papiers basanés, d’étudiants ou de millionnaires du sport...

Tolérance et respect

La tolérance, le respect du droit des individus de dire ou faire ce qu’ils veulent étaient devenus la principale distinction entre conservateurs et progressistes, entre fascistes et démocrates, entre la droite et la gauche.

Mais aujourd’hui, cette démarcation est de plus en plus floue. L’intolérance n’est plus un monopole de conservateurs.

Au début, on pouvait hausser les épaules devant les excès de rectitude politique d’étudiants excités: interdire les coiffes de plumes aux concerts rock (appropriation culturelle) ou bannir les drag queens burlesques des défilés de fierté gaie (respect des transsexuels).

Critiquer vs interdire

Mais on n’en est plus là. Des universitaires veulent maintenant empêcher Marie Henein, la célèbre avocate de l’ex-animateur de CBC Jian Ghomeshi, de leur adresser la parole, «pour éviter de perpétuer la culture du viol». Récemment, à Montréal, un concert du groupe rock polonais Graveland fut annulé parce que des manifestants lui reprochaient ses opinions néofascistes. À l’Assemblée nationale, deux partis politiques promettent d’interdire à une éventuelle musulmane «ostentatoire» de faire la classe vêtue d’un tchador... en dépit de deux chartes lui en donnant probablement le droit.

Des deux côtés de l’échiquier, la distinction entre critiquer et interdire est en train de s’estomper.

Pas bon, ça...