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Le repos du guerrier

Stéphane Rousseau souhaite prendre une longue pause de la scène après la fin de sa tournée Un peu princesse.
Photo Ben pelosse Stéphane Rousseau souhaite prendre une longue pause de la scène après la fin de sa tournée Un peu princesse.

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Stéphane Rousseau l’admet sans retenue: les quatre dernières années n’ont pas été faciles pour lui. Même s’il a reçu cette année l’Olivier du spectacle de l’année pour Un peu princesse, l’humoriste ressort grandement fatigué des quelque 400 représentations qu’il a données entre le Québec et la France. La tournée l’a tellement «brûlé» qu’il entend maintenant prendre un long repos de la scène. Une pause temporaire ou permanente? Seul le temps nous le dira.

Mis à part tes spectacles, qu’as-tu fait cet automne?

«J’ai passé beaucoup de mon temps à dessiner et peindre. Je me construis d’ailleurs un atelier de peinture et de sculpture chez moi. J’ai envie de me retirer vraiment dans le bois pour prendre du recul. À un moment donné, il faut le faire avant d’attaquer un nouveau ­projet.»

La tournée Un peu princesse se terminera dans quelques Jours. Quel bilan en traces-tu?

«Ç’a été un tournant pour moi. C’est une étape très importante dans ma carrière, que je continue à faire de la scène ou pas. Ç’a été un virage. Pourquoi? Le ton est bien différent, dans ce spectacle-là. Je trouve que j’ai réussi à assumer un peu plus qui j’étais profondément que dans mes spectacles précédents. Là, je trouve que je gagne en maturité. Il fallait que je trouve mon personnage de scène.»

Tu parles de prendre du recul. Pourquoi souhaites-tu t’arrêter?

«Je crois qu’il faut parfois prendre du ­recul, dans ce métier-là. Je veux avoir une idée plus précise d’où je veux aller, ce que je veux faire, pourquoi je suis là. C’est important de se poser ces questions, de s’arrêter. Même si c’est toujours bien épeurant de s’arrêter. Tu te demandes si les gens vont t’oublier, si tu seras encore dans l’air du temps.»

Les différents attentats qui sont ­survenus en Europe t’ont-ils affecté?

«Oui, ç’a été beaucoup de traumatismes. Quand c’est arrivé [à Charlie Hebdo et au Bataclan], j’étais en France chaque fois. Mais je n’ai jamais annulé de spectacles. C’est sûr que tu n’as pas envie de jouer. Il y a du monde qui vient de mourir. Ça semble superficiel et futile d’aller faire un spectacle d’humour. Mais la vraie raison, c’est que si tu annules, c’est toi qui paies de ta poche. On m’a donné le choix. Est-ce que j’allais payer 20 000 $ de ma poche parce qu’il y avait trois fous qui étaient entrés dans un autre théâtre pour tuer du monde?»

«Paris n’a plus jamais été la même, après. Moi, quand je me balade à Paris aujourd’hui, ce n’est plus possible de m’asseoir en terrasse comme avant. Tu ne peux plus avoir la naïveté et le petit côté relax qu’il y avait.»

Au Québec, les récentes histoires de ­liberté d’expression en humour t’ont-elles fait réfléchir­­?

«Ça me saoule, pour utiliser une expression française. On est tellement rendus bébés. Et ce n’est pas près de s’améliorer. Forcément, comme il y a des gens qui viennent de plus en plus de partout dans le monde, tout le monde ne pense pas de la même façon. Il y a de plus en plus de sujets qui sont délicats à traiter. Je pense qu’on n’est pas dans une bonne période pour l’humour.»

«Je le trouve moins le fun qu’avant, mon métier. La concurrence est beaucoup plus forte. Les conditions sont aussi de moins en moins ­intéressantes. Et on est des cibles faciles, les humoristes. Il y a toujours quelqu’un pour nous taper dessus. Comme on est ­gâtés et que nos salles sont pleines, on fait chier du ­monde.»

Est-ce qu’Un peu princesse pourrait­­ être ton dernier spectacle­­?

«Ça pourrait, oui. Je le souhaite. Je me croise les doigts. Mais je vais sûrement manquer d’argent à un ­moment donné et je vais revenir. Je ne sais pas si ce sera mon dernier. Peut-être qu’après mon arrêt, je vais m’apercevoir que c’est là ma place [sur la scène]. Mais j’ai besoin de me le prouver.»

«Je ne peux pas monter un show en sachant­­ à peu près ce qui va arriver, en sachant à peu près le nombre de billets que je vais vendre et pratiquement ce que les critiques vont dire. Chaque fois, c’est un peu ça qui se produit. Je sais déjà­­ ce qui va se passer et je sais comment­­ ça va être reçu. Tout est rendu prévisible.»

Serais-tu en pleine crise de la ­cinquantaine?

«Sûrement. Dans quatre ans, on va peut-être se revoir et tu vas me demander comment se passe mon nouveau ­spectacle. (rires)»


Le DVD du spectacle Un peu princesse est présentement sur le marché. Pour les dates de la fin de la tournée, qui s’arrêtera le 21 décembre, on consulte stephane-rousseau.com.