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Un temps des fêtes en famille grâce aux dons

Le Journal est allé à la rencontre de familles qui reçoivent les fruits de la générosité d’autres Montréalais

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Des centaines de familles qui ont reçu des paniers de Noël pourront se permettre d’inviter leurs proches à la maison durant le temps des Fêtes grâce à ces dons.

Le Journal a rencontré hier des personnes défavorisées qui pourront manger à leur faim pour le réveillon de Noël. Dans Hochelaga-Maisonneuve seulement, plus de 800 paniers seront distribués aux gens dans le besoin jusqu’à vendredi par le Magasin-Partage du quartier.

Un déjeuner de Noël avec ses petits-enfants

Micheline Corbeil a donné un peu de son temps pour remercier les organismes de leur aide.
Photo Améli Pineda
Micheline Corbeil a donné un peu de son temps pour remercier les organismes de leur aide.

Sans son panier de Noël, Micheline Corbeil ne pourrait se permettre de recevoir à déjeuner sa famille au lendemain du réveillon.

Avec le lait, les œufs et le pain qu’elle a reçus, elle veut préparer un bon déjeuner à sa famille.

«Je vais pouvoir leur proposer de rester à coucher chez moi après le réveillon», confie Mme Corbeil.

Grand-mère de neuf petits-enfants, elle fait tout pour que le manque d’argent ne nuise pas aux célébrations.

«L’important c’est de passer du temps en famille», insiste-t-elle.

Puisque sa famille est quand même assez nombreuse et que ses membres ne peuvent acheter de cadeau à tout le monde, ils optent depuis toujours pour un échange de cadeaux.

«On se fixe toujours un montant d’environ 20 $. Ça évite de s’endetter et tout le monde est heureux», assure-t-elle.

Comme plusieurs autres bénéficiaires des paniers, Mme Corbeil espère toujours que ce sera la dernière année qu’elle en demande un.

«J’aimerais ça laisser mon panier aux autres, mais j’en ai encore trop besoin», fait valoir Mme Corbeil, qui a 58 ans et qui est sur l’aide sociale.

Dernier panier avant de donner au suivant

Lucie Latour espère pouvoir laisser sa place à quelqu’un d’autre l’an prochain pour les paniers de Noël.
Photo Améli Pineda
Lucie Latour espère pouvoir laisser sa place à quelqu’un d’autre l’an prochain pour les paniers de Noël.

Lucie Latour espère que cette année sera la dernière où elle aura besoin de demander un panier de Noël.

«Je veux suivre un cours pour me diriger en comptabilité», confie la femme de 55 ans.

Maintenant que ses trois enfants sont presque tous adultes, elle souhaite réintégrer le marché du travail.

«Pendant toutes les années où j’ai eu de la misère à joindre les deux bouts, le Magasin-Partage a été là pour moi, je pense qu’il est temps de donner au suivant», explique Mme Latour.

Si elle réussit à se trouver un emploi, elle veut que son panier puisse rendre heureuse une autre famille que la sienne.

«Noël c’est une période de célébration. Quand tu sais que tu peux compter sur une dinde, tu peux te permettre d’organiser une soirée autour d’un bon repas», souligne-t-elle.

De l’autre côté

Dès l’an prochain, Mme Latour espère être de l’autre côté des allées de denrées.

Elle ne veut plus recevoir, mais donner aux gens.

«Je suis reconnaissante de tout ce que ça m’a apporté. Savoir que tu as de quoi manger, il n’y a rien de plus rassurant pour un parent», indique la maman dont le plus jeune fils, âgé de 16 ans, habite toujours avec elle.

Elle témoigne que sans panier, elle aurait eu à se priver à plusieurs occasions par le passé.

«Tu économises toute l’année, tu fais attention à tes sous, à ne pas trop dépenser et là arrive Noël. Tu veux te faire plaisir, alors un panier, ça t’offre cette possibilité», assure-t-elle.

Un repas traditionnel avec son fils

Ginette Gagnon va préparer un souper traditionnel pour partager avec son fils de 30 ans.
Photo Améli Pineda
Ginette Gagnon va préparer un souper traditionnel pour partager avec son fils de 30 ans.

Une dinde et une bûche, il n’en faut pas plus pour rendre Ginette Gagnon heureuse à l’idée de pouvoir concocter une bonne recette à partager en famille.

Mme Gagnon pourra justement recevoir son fils de 30 ans à souper le soir du réveillon grâce au panier de Noël qu’elle a reçu hier.

«Pour moi, le temps des Fêtes, c’est un repas traditionnel en famille», souligne-t-elle.

Atteinte d’une paralysie partielle du côté droit du corps, elle est considérée comme inapte au travail.

La dame bénéficie de 900 $ de l’aide sociale par mois pour se loger, se nourrir et payer ses autres dépenses.

«Mon handicap me permet de recevoir un peu plus de sous que plusieurs personnes sur l’aide sociale et je peine à joindre les deux bouts. Je n’imagine même pas ce que c’est pour ceux qui ne comptent que sur 600 $ par mois», déplore-t-elle. Elle confie qu’elle a parfois le cœur fendu de voir des familles être dans le rouge.

«Quand tu as des enfants, tu ne veux pas qu’ils se rendent compte que tu as de la misère à payer les factures. Ce sont des enfants, tu ne veux pas leur imposer ce type de préoccupation.»

Pour remercier la vie de ce beau don de nourriture, Ginette Gagnon dit donner de son temps dans divers organismes du quartier.

«Je me rappelle que s’il y a une chose que je ne voulais pas imposer à mon fils [quand il était petit], c’est d’être préoccupé de savoir si on avait à manger», raconte Mme Gagnon.

Les paniers du Magasin-Partage d’Hochelaga, c’est:

  • 840 familles qui en bénéficient
  • 200 bénévoles
  • Trois jours de distribution
  • Deux mois de préparation
  • 250$ : Valeur du contenu du panier
  • Paniers composés notamment d’une dinde, une douzaine d’œufs, du pain, du lait, de la margarine et un cadeau par enfant pour les familles.

Panier offerts à...

  • Personnes seules : 40%
  • Étudiants : 20%
  • Familles à faible revenu ou sur l’aide sociale : 40%

Découvrir les traditions québécoises

Arrivé en 2011 au pays avec sa femme et son fils, un père de famille en a appris sur les traditions québécoises grâce à son panier de Noël.

«Je ne savais pas que la dinde était un plat typique du temps des Fêtes», confie l’homme d’origine algérienne, qui a reçu son premier panier il y a trois ans.

Aujourd’hui, la dinde fait partie du menu de la petite famille durant le congé de Noël.

«Je ne la cuisine pas de la même façon, mais c’est devenu un plat qu’on mange», dit-il.

Le papa souligne que la distribution des paniers a été pour lui un véritable «coup de pouce».

«Plusieurs personnes qui viennent d’arriver au pays ont parfois de la difficulté à se trouver de l’emploi», rappelle-t-il.

Sans travail, il vient d’entreprendre un cours en informatique.

«Puisque je suis de retour aux études, pour moi, c’est vraiment une aide appréciée», dit-il.

Cette contribution lui permet de réduire sa facture d’épicerie et surtout d’offrir un petit cadeau à son garçon de trois ans.

Manger sans se priver pour les vacances

Une mère de famille n’aura pas à dire «non» à ses enfants lorsqu’ils voudront prendre plus de deux biscuits grâce à son panier de Noël.

«Mes enfants vont pouvoir manger à leur faim. C’est très rassurant, parce que le plus difficile, c’est de penser qu’on doit faire attention à ce qu’on mange», confie la jeune maman de deux enfants.

La femme qui bénéficie de l’aide sociale voit son panier comme un «coussin» en cette fin d’année.

«Je vais quand même devoir faire une épicerie, mais c’est le petit plus qui me permet de ne pas priver mes enfants», souligne-t-elle.

Avec les enfants en congé d’école pour presque deux semaines, elle espère même avoir assez d’argent pour une sortie en famille.

«On ne se gâte pas souvent, alors si on réussit à aller au cinéma, mes enfants seront bien contents», mentionne-t-elle.

Capable de payer ses comptes

En allant chercher son panier de Noël, une mère monoparentale de trois enfants sait qu’elle n’aura pas à vivre avec l’angoisse de ne pas pouvoir payer ses comptes en janvier.

«C’est un stress de moins d’arriver au premier du mois quand tu sais que tu vas régler toutes tes factures», confie la femme.

En ce temps de réjouissances, elle souhaite aussi éviter à ses enfants de trois, cinq et huit ans de se rendre compte qu’ils sont serrés dans le budget.

«Noël, c’est un temps heureux. Tu as envie de voir tes enfants avoir du bon temps», souligne-t-elle.

Elle ne peut toutefois pas encore se permettre d’offrir à manger à toute sa famille lors du souper du réveillon.

«Quand je reçois, je demande qu’on apporte un petit quelque chose. J’espère un jour pouvoir payer le repas, mais en ce moment, l’important, c’est de partager et d’être tous réunis», souligne celle qui espère pouvoir acheter des jeux à ses enfants.

Record de paniers distribués

Un nombre record de paniers de Noël auront été distribués par le Magasin-Partage d’Hochelaga-Maisonneuve cette année alors que de plus en plus de gens n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

«Les besoins sont grandissants. Les prix des produits alimentaires ne cessent d’augmenter et de plus en plus de gens comptent sur notre soutien», souligne Paul Atangana, directeur du Carrefour d’alimentation et de partage (CAP) Saint-Barnabé, un des organismes qui chapeaute le Magasin-Partage du quartier.

<b>Paul Atangana</b><br>
<i>Directeur du CAP  Saint-Barnabé</i>
Photo Améli Pineda
Paul Atangana
Directeur du CAP Saint-Barnabé

Pour expliquer cette distribution record, M. Atangana rappelle que le visage de la pauvreté a beaucoup changé.

«Aujourd’hui, ce ne sont plus que des personnes sur l’aide sociale. On a des étudiants, des personnes âgées et des familles dont les deux parents travaillent», mentionne-t-il.

Selon lui, le salaire minimum ne suffit plus aux familles pour joindre les deux bouts.

Tout a augmenté

«Les produits de base comme les œufs, le lait ou encore la margarine ont augmenté. Tout le monde le sent dans son portefeuille», indique-t-il.

Pour la dizaine d’organismes qui participent à la distribution des paniers de Noël dans Hochelaga, chaque année est devenue un défi pour obtenir assez de denrées pour aider les familles.

Les paniers d’une valeur de 250 $ sont remplis de produits alimentaires non périssables offerts principalement par des entreprises.

«C’est de plus en plus difficile, ça demande plus de travail, plus de temps pour convaincre des compagnies de nous faire des dons», soutient-il.

Cette année, un partenariat avec les Éleveurs de volailles du Québec a permis d'inclure une dinde du Québec dans tous les paniers.

«Les dindes sont prisées pendant le temps des Fêtes, alors pour nous, c'est primordial d'en offrir une», dit-il.