/sports/hockey
Navigation

Une Bleue chez les Bleus

Lore Baudrit
Photo courtoisie James Hajjar Lore Baudrit

Coup d'oeil sur cet article

Lore Baudrit avait 5 ans lorsqu’attablée au restaurant de l’aréna, elle a eu la piqûre pour le hockey. Jusque-là, l’histoire n’a rien de bien spécial. Sauf qu’elle se déroule à Castres, dans le sud de la France, une région où ce sport, et surtout son pendant féminin, fait figure de phénomène marginal.

«Pendant un an, j’ai supplié mes parents de me laisser pratiquer le hockey, raconte aujourd’hui l’attaquante, impressionnante du haut de ses 6 pi 3 po. Au début, ils ne voulaient pas vraiment, ils ne connaissaient pas ça. Mais finalement, à force de les tanner, ils m’ont laissé essayer.»

Les parents de Lore pensaient que leur petite fille se lasserait vite de ce sport, pratiqué majoritairement par des garçons dans ce coin de l’Hexagone. Ça ne s’est jamais produit. La hockeyeuse a gravi un à un les échelons, aboutissant à la fois dans l’équipe de France et chez les Carabins de l’Université de Montréal.

«J’ai eu le coup de foudre, et ça ne m’a jamais lâchée», affirme l’étudiante en journalisme, qui en est à sa cinquième et dernière année d’admissibilité chez les Carabins.

Un hockey différent

Lore Baudrit fait partie des trois attaquantes françaises qui portent le bleu des Carabins cette saison. Au cours des dernières années, elles ont été huit à représenter l’équipe grâce à l’initiative de Danièle Sauvageau (voir autre texte).

L’adaptation n’a pas été si facile, admet Lore. Il fallait faire sa place dans une nouvelle ville, dans un nouvel établissement scolaire. Et le hockey qui se joue au Canada ne ressemble pas en tous points à celui pratiqué en France. L’arbitrage est différent, explique l’attaquante. Elle note aussi que le jeu est plus rapide.

«Les arbitres ne sifflent pas les mêmes choses qu’en France. Ici, le contact est un peu plus permis», pointe-t-elle.

Des pionnières

Lore et ses comparses françaises font partie de l’élite d’un petit bassin de hockeyeuses en France. Elles sont 2206 joueuses homologuées, contre 87 500 au Canada, selon les données de la Fédération internationale de hockey sur glace.

Danièle Sauvageau voit en ces athlètes des pionnières du hockey féminin dans leur pays. Les France St-Louis et Danielle Goyette de la France. Un avis que Lore partage.

«Notre fédération essaye beaucoup de faire avancer le hockey féminin, explique-t-elle. En France, on veut faire en sorte que ça prenne plus de place.»

«Je pense qu’on est sur le bon chemin, mais ça passe par les résultats», ajoute-t-elle.

Elle rêve d’Olympiques

Ces résultats, dans l’immédiat, c’est une qualification pour les Jeux olympiques de Pyeongchang, en 2018. L’objectif est ambitieux, reconnaît la hockeyeuse, mais il ouvrirait la porte à une médiatisation accrue de ce sport en France.

Avec ses coéquipières Emmanuelle Passard et Estelle Duvin, Lore Baudrit a d’ailleurs pris l’avion en direction de son pays, en début de semaine, pour un tournoi de qualification. Les Bleues doivent terminer en tête de leur groupe pour passer à l’étape suivante, qu’elles devront aussi dominer.

«On n’a pas énormément de chances d’y aller, mais on a des chances et on va les jouer à fond, mentionne Lore. Moi je pense à ma première année ici. Toute la saison, on a perdu contre McGill. Au premier match des séries, on s’est fait démolir. Mais on n’a jamais arrêté d’y croire et on a gagné le championnat. Ça, ça me fait croire que tout est possible.»

Montréal ou l’Europe

À son retour, Lore songera à son avenir. Un avenir qui passe par le hockey, idéalement à Montréal.

La Française de 25 ans aimerait se tailler une place dans les médias sportifs. Elle rêve aussi d’un poste chez les Canadiennes, même si, selon sa propre analyse, la tâche s’avère complexe.

«Je ne suis pas la joueuse avec les meilleures mains, dit-elle. Mais j’ai un bon physique et une bonne compréhension du jeu.»

Si Lore aimerait rester à Montréal pour le fait français, elle affirme aussi avoir été charmée par la ville et sa passion pour le hockey. Après tout, ce sport, c’est son premier amour.

«Quand tu joues au hockey, c’est le rêve de vivre dans cette ville. Même les publicités parlent de hockey. Ça parle de hockey tout le temps!» rigole-t-elle.

 

Le hockey au Canada

  • Joueuses: 87 500
  • Joueurs: 97 000
  • Joueurs d’âge junior: 455 000
  • Population totale: 35 099 836

 

Le hockey en France

  • Joueuses: 2206
  • Joueurs: 8615
  • Joueurs d’âge junior: 10 630
  • Population totale: 66 533 766

 

Mentore de choix

 

Danièle Sauvageau est la directrice du programme de hockey féminin de l’Université de Montréal. Elle est aussi la mentore du programme de hockey féminin français. En additionnant le tout, on comprend la présence de quelques Bleues dans l’uniforme des Carabins au cours des récentes années.

L’aventure de Mme Sauvageau a commencé après les Jeux de Vancouver. Au terme du tournoi olympique de hockey, René Fasel, le grand manitou de la Fédération internationale s’interrogeait alors sur la progression de son sport chez les femmes. En fait, c’est la domination de certains pays qui le faisait tiquer.

«Laissez-nous aller aider ailleurs», a alors demandé l’ancienne entraîneuse. Ce «nous», c’étaient les responsables des nations les plus performantes, convaincus de pouvoir aider au développement du hockey ailleurs.

C’est ainsi que Danièle Sauvageau est devenue la marraine du programme français. L’expérience n’a duré qu’un an, regrette-t-elle, mais elle est demeurée associée à la Fédération française de hockey sur glace. «C’est la première fois que je travaille dans ma langue dans le hockey», fait-elle remarquer.

Du hockey en français

Le facteur de la langue, c’est aussi ce qui explique l’attirance qu’ont les hockeyeuses françaises pour le Québec, et pour l’Université de Montréal.

«Elles peuvent continuer d’étudier dans leur langue. Il y avait donc des liens qu’on pouvait développer», dit Mme Sauvageau.

Selon elle, le programme de hockey féminin français ressemble beaucoup à ce qui se faisait au Canada il y a une vingtaine d’années.

Non, les joueuses ne sont pas nombreuses. Mais elles sont passionnées, à l’instar de leur fédération, qui travaille fort pour faire connaître et développer cette discipline.

«Sur le plan du hockey, elles ont très peu de joueuses. Mais en termes de passion, c’est incroyable, soulève-t-elle. Il y a beaucoup de rigueur dans cette organisation.»

Cette passion et cette rigueur ont permis aux Françaises de passer du 22e au 12e échelon du classement international en quelques années. La présence de Danièle Sauvageau y est sans doute pour quelque chose aussi.

«Lorsqu’elles retournent dans leur pays après leur passage chez les Carabins, elles sont meilleures. Elles améliorent leur jeu technique, mais aussi leur compréhension du hockey», fait-elle valoir.

«Les investissements qu’elles font en ce moment dans leur sport feront en sorte qu’un jour, il y aura des résultats», croit leur mentore.