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Attentat de Berlin : l'État islamique revendique l'attaque

L’État islamique a annoncé qu’un de ses «soldats» était au volant du camion qui a tué 12 personnes

Attentat de Berlin : l'État islamique revendique l'attaque
Photo AFP

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BERLIN |  Les autorités allemandes ont annoncé mardi soir la libération du seul suspect de l’attentat au camion-bélier qui a fait 12 morts, et elles n’ont évoqué dans l’immédiat aucune piste pour retrouver l’auteur des faits en fuite depuis la veille.

Ce drame, qualifié d’«acte terroriste» par la chancelière Angela Merkel et survenu dans une Allemagne jusqu’alors épargnée par les attentats de grande ampleur, a fait 12 morts et 48 blessés. Vingt-quatre personnes restaient hospitalisées mardi soir selon le dernier bilan.

Le parquet antiterroriste s’est gardé d’évoquer un attentat jihadiste, avant que l'État islamique revendique finalement l'attaque par l'entremise de son agence de propagande.

Du côté de l’enquête, après avoir annoncé l’arrestation d’un demandeur d’asile pakistanais, les autorités ont dû se résoudre à remettre le suspect en liberté mardi soir.

«Les résultats de l’enquête n’ont à l’heure actuelle pas mis au jour d’éléments confirmant des soupçons» à son encontre, a expliqué le ministère public fédéral dans un communiqué, «les expertises de la police scientifique et technique n’ont pas pu établir jusqu’à présent la présence du suspect dans la cabine du poids lourd».

Plus tôt, policiers et procureurs avaient déjà dû admettre que l’individu, arrivé en Allemagne fin 2015, n’était sans doute pas l’auteur des faits.

«Nous avons probablement un dangereux criminel dans la nature», avait déclaré dans l’après-midi le chef de la police berlinoise, Klaus Kandt.

Les craintes de la population berlinoise restent donc grandes au lendemain de l’attentat et les mesures de sécurité ont été renforcées dans la ville. Les enquêteurs n’ont par ailleurs évoqué publiquement aucune autre piste que celle du migrant pakistanais.

« Rouler sur les gens »

Avant ce coup de théâtre, Angela Merkel avait jugé «particulièrement difficile d’imaginer» la possible implication d’un demandeur d’asile, alors que les critiques sur sa politique migratoire redoublent.

«Ce sont les morts de Merkel!», a dénoncé l’un des responsables du parti de droite populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), Marcus Pretzell.

«L’Allemagne n’est plus sûre» face «au terrorisme de l’islamisme radical», a renchéri la figure de proue du mouvement, Frauke Petry, en mettant en cause la décision de la chancelière d’ouvrir le pays à l’été 2015 à près de 900 000 demandeurs d’asile fuyant guerre et misère. Environ 300 000 supplémentaires sont arrivés en 2016.

Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a jugé «odieuses» ces accusations mardi soir dans un entretien au site du quotidien Bild.

Mme Merkel s’est rendue dans l’après-midi avec certains ministres sur les lieux du drame pour participer à une minute de silence et parcourir le site recouvert de débris.

Dans la soirée, elle et une partie de son gouvernement ont participé à une cérémonie dans l’église voisine du marché de Noël. La porte de Brandebourg a été illuminée dans la soirée aux couleurs de l’Allemagne et de Berlin. Une minute de silence sera observée mardi et mercredi dans tous les stades de Bundesliga.

Le carnage s’est déroulé au pied de l’église du Souvenir, monument phare de l’ouest de la capitale allemande au clocher éventré par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Le camion, pare-brise détruit par les chocs, a été enlevé mardi matin.

Le poids lourd «a littéralement pulvérisé la première baraque de bois», a raconté à la chaîne N1 une Bosnienne installée à Berlin, Lana Sefovac, qui prenait un verre avec ses parents. «Il voulait rouler sur les gens.»

Sept corps identifiés

Frôlés par le semi-remorque à grande vitesse, ses parents sont tombés, mais ont réussi à se relever. «Nous tentions tous de retrouver nos proches et amis. Une minute plus tôt, on buvait du vin chaud ensemble, et juste après ils gisaient en sang sur le sol.»

Parmi les victimes décédées, six sont Allemandes, selon la police. Les identifications des autres se poursuivent.

Par ailleurs, un autre mort, retrouvé dans la cabine du camion, est un ressortissant polonais tué par balle, très probablement le chauffeur en titre du véhicule à qui il a sans doute été volé par l’auteur de l’attentat.

Les réactions de solidarité se sont multipliées, de la France aux États-Unis, alors que l’Europe est régulièrement la cible d’attentats revendiqués par des groupes jihadistes. Mme Merkel s’est entre autres entretenue mardi avec les présidents français, turc et américain ainsi que ses homologues grec et espagnol.

L’utilisation de véhicules, notamment de camions, pour foncer dans des foules de «mécréants» est préconisée de longue date par des jihadistes, comme c’était déjà le cas à Nice, une attaque revendiquée par le groupe État islamique.

L’Allemagne avait été jusqu’ici épargnée par des attaques d’ampleur, mais plusieurs attentats ont été récemment commis par des personnes isolées.

L’ÉI a revendiqué en juillet deux attentats séparés qui ont fait plusieurs blessés. Ils ont été commis par un Syrien de 27 ans et un demandeur d’asile de 17 ans, probablement afghan.

 

Ce qu’ils ont dit

«Il y a cet énorme camion qui est arrivé par la droite et qui a foncé sur le côté du marché. Il y a eu comme une détonation. J’ai vu des gens couchés par terre. Certains sous les roues du camion, comme à Nice.» - Peter, Allemand (France Inter)

«C’est horrible. On est venus fêter Noël à Berlin en pensant aussi que c’était plus sûr qu’à Paris. On était au restaurant pas loin d’ici et on n’osait pas rentrer tant que le conducteur était en liberté, maintenant on va regagner l’hôtel.» - Kathy Forbes, touriste américaine d’une quarantaine d’années (RTBF)

«C’était comme un camion fantôme. Il a traversé la foule comme un couteau découpant un gâteau.» - Wael Adnan, Syrien de 28 ans en Allemagne depuis trois mois (quotidien suédois Aftonbladet)

«Il est venu au tout début du marché, quand c’est le plus fréquenté, et il a simplement foncé à travers les baraques. On voyait des gens transportés dans des ambulances, encore et encore, et ça semblait ne jamais devoir finir.» - Sabrina Glinz, touriste américaine (chaîne britannique Sky News)

«Il était au mauvais endroit au mauvais moment.» - Ariel Zurawski, propriétaire de la compagnie du camion et cousin du chauffeur Lukasz Urban, trouvé mort dans la cabine. (Médias polonais)