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Le pop art pleure Corno

Joanne Corneau, dite Corno, dans son studio de Soho à New York.
Photo d'archives, Agence QMI Joanne Corneau, dite Corno, dans son studio de Soho à New York.

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Figure marquante du pop art québécois des quatre dernières décennies, l'artiste peintre de Chicoutimi Joanne Corneau, alias Corno, s'est éteinte mercredi après avoir combattu pendant une année un cancer de la gorge.

L'artiste de 64 ans, qui s'était installée à New York il y a 25 ans parce qu'elle voulait devenir une star, a rendu l'âme au Mexique où elle était traitée depuis deux mois à l'institut Hope For Cancer.

«Les traitements marchaient très bien. Apparemment que c’est son coeur qui n’a pas tenu. Elle aimait beaucoup cette clinique-là», indique Louis Plamondon, directeur du lieu de diffusion de Corno dans le Vieux-Montréal, Galerie AKA.

Les toiles de Corno, qui montraient des visages féminins et des corps, l'ont rendue célèbre partout sur la planète. Il fallait débourser des dizaines de milliers de dollars pour s'en procurer une. Et les prix sont appelés à grimper avec son départ.

«C'est évident parce qu'il n'en reste plus du tout», dit le propriétaire de la Galerie Perreault, à Québec, Roch-André Perreault.

Ce dernier, détenteur de l'exclusivité de ses toiles pour tout l'est de la province, affirme que les acheteurs étaient «pressés» jeudi matin. Sept toiles de Corno sont encore accrochées à ses murs, mais il ne veut pas brusquer les choses.

«Pour le moment, j'ai préféré laisser tomber la poussière. C'est trop présent. Pour nous, ce n'est pas juste une artiste, c'est un membre de la famille», confie le propriétaire Roch-André Perreault.

Le Saguenay en deuil

C'est la deuxième fois cette semaine que le Saguenay pleure la mort d'un de ses ambassadeurs sur la scène culturelle après le décès subit de l'humoriste Dominique Lévesque.

Pour l'instant, on ne sait pas ce qu'il adviendra de la galerie d'art de Corno à Montréal. «Nous n’avions reçu aucune directive de sa part, car elle était extrêmement confiante de s’en sortir», répond Louis Plamondon.

Les œuvres de Corno ont été exposées dans plusieurs grandes capitales du monde, dont New York, Paris, Londres, Venise, Monaco, Hong Kong, Singapour, Séoul et Dubai.

Corno Lancôme
Joanne Corneau, dite Corno, dans son studio de Soho à New York.
AgenceQMI

Au Québec

Diplômée des Beaux-Arts de l’Université du Québec à Montréal, Joanne Corneau a rapidement proposé sa première exposition à la Galerie Clarence Gagnon, toujours dans la métropole.

C’est en 2006, à Montréal, que Corno a ouvert son propre lieu de diffusion: la Galerie AKA. En 2010, elle a raconté son parcours dans le livre Cornographie. En 2012, le documentaire Corno lui a été consacré.

À l’été 2014, l’artiste a présenté une exposition à Québec regroupant une vingtaine de ses œuvres jamais dévoilées au public.

Joanne Corneau, dite Corno, dans son studio de Soho à New York.
PASCALE LÉVESQUE/TVA PUBLICATIONS/AGENCE QMI

Des amies dévastées

C'est son amie, la journaliste et auteure Marie-Joëlle Parent, qui a annoncé la nouvelle de son décès, jeudi. Sur Instagram, elle a écrit ceci:

«Joanne est débarquée à Manhattan en 1991, elle ne parlait pas anglais et ne connaissait personne. C’est son ami Roberto, un coiffeur, qui a exposé ses toiles dans son salon pour sa première exposition. "Mon premier studio à New York, il n’y avait même pas de fenêtres, je dormais dans le fond de l’appart. Les premières années sont les plus difficiles, mais aussi les plus stimulantes", disait-elle.

Ce que j'admire le plus chez elle, c'est qu'après toutes ces années à New York, elle était encore émerveillée par les moindres petits détails du quotidien.

Je n'oublierai jamais notre première rencontre en 2007. J'étais venue l'interviewer dans son loft de Bond Street, une rue large et pavée, bordée d’édifices industriels et de cages d’escaliers métalliques. Elle habitait un immeuble recouvert de graffitis.

Elle m'attendait en haut des marches, toute menue, comme une gamine. Elle portait une casquette avec une tête de mort et des lunettes fumées, «c’est mon look new-yorkais», disait-elle. Elle ponctuait ses phrases de «You know!». Impossible de ne pas tomber sous le charme. En quittant l’atelier, elle avait salué ses toiles comme des amies, avant de verrouiller la porte.»

Je suis dévastée d'apprendre que ma chère amie Joanne Corno est décédée hier matin. Je n'arrive pas encore à réaliser que Jo, une femme si pleine de vie, n'est plus parmi nous. Joanne a été ma toute première amie new-yorkaise et une de mes plus grandes inspirations. C'est elle qui m'a donnée envie de déménager à New York en 2008. Son amour pour la ville était contagieux. Elle m'a accueillie à bras ouverts, a partagé avec moi son carnet d'adresses, ses contacts, m'a encouragée dans les moments plus difficiles. Elle avait le coeur sur la main. Je n'oublierai jamais. Joanne est débarquée à Manhattan en 1991, elle ne parlait pas anglais et ne connaissait personne. C’est son ami Roberto, un coiffeur, qui a exposé ses toiles dans son salon pour sa première exposition. «Mon premier studio à New York, il n’y avait même pas de fenêtres, je dormais dans le fond de l’appart. Les premières années sont les plus difficiles, mais aussi les plus stimulantes», disait-elle. Elle a travaillé fort, elle était disciplinée et a finalement trouvé le bonheur à travers son art dans une des villes les plus compétitives au monde. Ce que j'admire le plus chez elle, c'est qu'après toutes ces années à New York, elle était encore émerveillée par les moindres petits détails du quotidien. Je n'oublierai jamais notre première rencontre en 2007. J'étais venue l'interviewer dans son loft de Bond Street, une rue large et pavée, bordée d’édifices industriels et de cages d’escaliers métalliques. Elle habitait un immeuble recouvert de graffitis. Elle m'attendait en haut des marches, toute menue, comme une gamine. Elle portait une casquette avec une tête de mort et des lunettes fumées, «c’est mon look newyorkais», disait-elle. Elle ponctuait ses phrases de «You know!». Impossible de me pas tomber sous le charme. En quittant l’atelier, elle avait salué ses toiles comme des amies, avant de verouiller la porte. Corno qui peint, c’était tout un spectacle. «Je pleure, je ris, je danse, je suis dans une zone, je ne vois pas le temps passer». Elle disait souvent: "Si tu as un rêve, tu peux le réaliser, j'en suis la preuve. Je viens de Chicoutimi, je suis rendue à New York et je vis de ma peinture"

Une photo publiée par Marie-Joelle Parent (@mariejoelleparent) le

«Elle avait un talent extraordinaire», a rappelé Dominique Michel, sur les ondes de LCN.

Depuis de nombreuses années, Dominique Michel – qui s’était récemment entretenue avec l’artiste lors de sa venue à Montréal, lui affirmant qu’elle pouvait elle aussi vaincre son cancer – avait succombé aux créations de Joanne Corneau dite Corno.

«J’ai été amoureuse tout de suite de son talent. J’ai acheté beaucoup, beaucoup de ses peintures... C’est à moi que je faisais un cadeau», a-t-elle confié, rappelant qu’à une époque, il était possible de se procurer des toiles en déboursant seulement entre 125 $ et 250 $.

« Corno l’éternelle... Jusqu’au bout de tes rêves. À jamais je te regarde dans mes yeux et le monde entier regarde sa vie à travers les tiens. Je t’aime xxx » – Éric Lapointe

« Ma Madonna à moi est décédée. [...] Elle était mon idole depuis mes 15 ans, un modèle comme personne. Elle était belle, fine, drôle, sexy, talentueuse, go getter et juste hallucinante. Le Québec a perdu l’une de ses peintres les plus colorées et fougueuses, Joanne Corno, et moi, j’ai perdu mon amie, mon idole. » – Mitsou

« Johanne Corneau quitte, mais Corno reste. [...] Corno va se pencher sur d’autres modèles à peindre, un peu plus haut que nous avec la même soif de savoir, de comprendre et d’extirper le plus beau de chaque être. » – Josélito Michaud

– Avec la collaboration de Sandra Godin, de Raphaël Gendron-Martin, du journaldemontreal.com et de l'Agence QMI