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La fin de la chasse au caribou menace des dizaines d’emplois

Québec a pris cette décision pour 2018 en raison de la réduction du troupeau

La fin de la chasse au caribou menace des dizaines d’emplois
Photo courtoisie, Sandra Rowe

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La fin de la chasse au caribou migrateur dès 2018 pourrait entraîner la fin des activités de plusieurs pourvoiries et aura des conséquences du nord du Québec jusqu’à Montréal.

Les affaires n’allaient déjà pas très bien pour la vingtaine de pourvoiries qui continuaient d’amener des clients, majoritairement américains ou européens, à la chasse au caribou dans le nord du Québec.

Depuis 2011, la population du troupeau de caribous de la rivière aux Feuilles a chuté de 54 %, ce qui inquiète le gouvernement.

Mercredi, le gouvernement a annoncé la fin pure et simple de la chasse sportive au caribou migrateur à compter du 1er février 2018 pour une durée indéterminée.

«C’est une catastrophe pour tout le monde ici. Les chanceux pourront essayer de développer la pêche en espérant qu’on autorise à nouveau la chasse un jour, d’autres devront fermer», résume Alain Tardif de la Pourvoirie rivière aux Feuilles et président de l’Association des pourvoiries du nord du Québec.

Des camps à l’abandon

Les pourvoyeurs ont investi beaucoup d’argent ces dernières années pour rénover leurs camps de chasse, qui seront maintenant inutilisés. «On ne peut pas ramener le matériel pour le vendre, ça coûterait trop cher en avion. On va devoir laisser ça là à l’abandon», craint monsieur Tardif, qui a sorti plus d’un million et demi de dollars de ses poches ces dernières années pour améliorer ses infrastructures.

Celui-ci s’apprêtait d’ailleurs à léguer la pourvoirie à son fils. «Je peux dire que là, j’hésite. Ce ne serait pas un cadeau à lui faire. On est en réflexion.»

Richard Hume, de la Pourvoirie Jack Hume Adventures, a mis son cœur, son temps et son argent sur la pourvoirie familiale, qui a vu le jour dans les années 1970. «C’est vraiment triste. On perd des années d’investissement. Je ne sais pas ce que je vais faire, mais c’est sûr que je n’ai pas assez d’argent pour prendre ma retraite», a dit le pourvoyeur de 47 ans.

Pas juste au Nord

La fin de la chasse aux caribous a aussi des impacts à Montréal, où les clients transitent avant d’aller au Nord.

À la boucherie Himbeault Gibier, située en Montérégie, qui transforme la viande sauvage, on subit aussi les contrecoups de cette décision. «La saison de la chasse commençait très bien avec ça. Le caribou vient de prendre le bord, on trouve ça déjà serré. S’il faut par exemple que le chevreuil n’aille pas bien, c’est la clef dans la porte, c’est sûr et certain», a dit le propriétaire Daniel Himbeault.

Les pourvoiries du Nord étaient également de bons clients des transporteurs aériens, qui en subiront les conséquences, prévoit-on.

Québec a annoncé que la chasse des communautés crie, inuite et naskapie était à la discrétion de ces communautés.

Les pourvoyeurs disent ne pas être responsables de la baisse du troupeau

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a décidé de mettre fin à la chasse sportive au caribou migrateur parce qu’un inventaire réalisé à l’été 2016 fait état de la présence de 199 000 caribous seulement dans le troupeau de la rivière aux Feuilles.

La Fédération des pourvoiries du Québec ne croit pas que les pourvoyeurs qui offrent des séjours de chasse au caribou sont responsables de la baisse dramatique du troupeau. Plusieurs doutes subsistent pour eux.

«Qu’est-il advenu des centaines de milliers de caribous qui seraient disparus depuis 2009?», questionne Normand Ouellette, président du Conseil d’administration de la fédération. «Comme est-il possible que ni leurs guides, ni leurs clients n’aient aperçu aucune dépouille, aucune carcasse de caribous au cours de leurs mois d’opérations?»

La fermeture de la chasse sportive est une mesure extrême, selon les pourvoyeurs, qui est lourde de conséquences pour l’économique nordique.

Notons que le gouvernement mettra sur pied un comité pour évaluer prochainement les principales conséquences sociales et économiques du déclin des populations de caribous migrateurs dans le nord du Québec et de proposer des mesures d’atténuation.