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Un refuge extérieur toléré par la Ville

On a même fourni une toilette chimique au groupe de sans-abri qui va dormir derrière l’hôtel de ville

Nelson Bonin est enfin heureux de dormir sans avoir peur d’être chassé à son réveil par des policiers.
Photo Pierre-Paul Poulin Nelson Bonin est enfin heureux de dormir sans avoir peur d’être chassé à son réveil par des policiers.

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Cinq sans-abri se réveillent tous les matins à quelques pas de l’hôtel de ville avec une des plus belles vues de Montréal. Par le passé, la police les aurait expulsés, mais la Ville tente une nouvelle approche.

Pour la première fois, Montréal tolère un refuge extérieur pour des gens comme Nelson Bonin, dans la rue depuis trois ans.

L’itinérant de 38 ans s’est pratiquement bâti une petite chambre au-dessus d’une des entrées du métro Champ-de-Mars, fermée pour des travaux depuis avril.

La Ville leur a même fourni une toilette chimique, qui est régulièrement nettoyée par les cols bleus.

«Je me couche sans être préoccupé d’être chassé le lendemain», raconte M. Bonin.

Il s’est fabriqué un matelas en entassant plusieurs couvertures. À côté de son lit, il range un petit réveil-matin en plastique dans une petite étagère qu’il s’est trouvée.

Zone de tolérance

Montréal a décidé cette année de travailler avec les sans-abri plutôt que de les chasser, comme ça arrivait souvent au square Viger, rendez-vous des itinérants depuis des décennies. Lorsque trop de tentes s’y érigeaient l’hiver, on les démantelait.

Serge Lareault, protecteur des itinérants et fondateur du magazine L’Itinéraire, félicite la Ville. «C’est juste derrière l’hôtel de ville, alors on ne voulait pas tomber dans le “pas dans ma cour”. Ces gens-là existent, et on s’est dit que c’était une occasion de travailler de près avec eux», dit-il.

La fermeture du square Viger, en construction jusqu’à la fin 2017, a amené les itinérants à se déplacer.

«Le dessus de l’édicule de la station est devenu très fréquenté, alors on y a vu une occasion de collaboration entre la Ville, les sans-abri, les policiers et les organismes», souligne M. Lareault.

L’endroit est situé au pied du Champ-de-Mars, lieu historique où on retrouve les rares traces des fortifications de Montréal.

Il est fréquenté par des touristes, des travailleurs et des résidents qui habitent des condos luxueux. «On veut assurer la cohabitation. Ces gens-là ne disparaîtront pas. On ne dit pas qu’ils vont rester là de façon permanente, mais on veut les accompagner le temps qu’il faut», dit M. Lareault.

Le groupe d’itinérants prend tous les moyens pour ne pas incommoder les passants. Aucun outil de consommation ne traîne par terre et la toilette chimique a résolu un des problèmes d’odeur.

Nelson Bonin est enfin heureux de dormir sans avoir peur d’être chassé à son réveil par des policiers.
Photo Pierre-Paul Poulin

«La Ville nous tolère, alors on veut être responsable», assure M. Bonin, qui couche dehors parce qu’il ne veut pas dépendre des organismes comme l’Accueil Bonneau qui offre des lits au chaud.

Il faut un accompagnement quotidien

Les sans-abri qui ont trouvé refuge au-dessus de l’édicule du métro Champ-de-Mars sont visités tous les jours par des intervenants pour s’assurer que l’endroit reste propre.

«Ils sont conscients que l’endroit est toléré, mais qu’ils ont une responsabilité», explique André Léroux, porte-parole de l’Accueil Bonneau.

L’organisme, qui ouvre tous les jours ses portes aux itinérants souligne l’importance de respecter le processus de réinsertion des itinérants.

Nelson Bonin est enfin heureux de dormir sans avoir peur d’être chassé à son réveil par des policiers.
Photo Pierre-Paul Poulin
Les sans-abri se sont fabriqué de petits abris avec des bâches et des couvertures au-dessus de l’édicule du Champ-de-Mars, derrière l’hôtel de ville. 

Conditions décentes

«Notre but, c’est de les convaincre d’aller dans les refuges. S’ils ne veulent pas, on doit s’assurer qu’ils sont dans des conditions décentes», indique-t-il.

Au cabinet du maire Denis Coderre, on parle d’une action concrète.

«La Ville a privilégié le travail concerté et une approche aidante auprès des plus vulnérables», dit l’attaché du maire, Marc-André Gosselin.

L’organisme SOS Itinérance salue le geste de la Ville, mais se désole de voir que la zone de tolérance est plutôt isolée.

«C’est un enclos, les sans-abri sont cachés. On ne se plaindra jamais des efforts de ma Ville, mais il faut opter pour plus d’inclusion», dit Alexandre Paradis, président de l’organisme.

Plus tôt cette semaine, il a dénoncé l’installation de nouvelles clôtures à la station Berri-UQAM pour empêcher les itinérants de s’y coucher.

La STM a profité de rénovations pour bloquer cet espace confiné créé par une colonne, qui aurait permis la revente de drogue. Certains sans-abri s’y piquaient aussi.