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Les Québécois plus étouffés que jamais: la banque alimentaire pour arriver

«Vingt-cinq pour cent des personnes qui ont recours à l’aide alimentaire à Québec ont des revenus d’emploi. C’est très préoccupant», précise la
directrice générale de Moisson Québec, Élaine Côté.
Photo Jean-François desgagnés «Vingt-cinq pour cent des personnes qui ont recours à l’aide alimentaire à Québec ont des revenus d’emploi. C’est très préoccupant», précise la directrice générale de Moisson Québec, Élaine Côté.

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Pour boucler leurs fins de mois, des travailleurs criblés de dettes n’hésitent pas à avoir recours aux services de banques alimentaires.

«On voit de plus en plus de nos clients qui travaillent et qui visitent pourtant régulièrement les banques alimentaires pour arriver», constate Stéphane Leblond de Leblond et Associés. Le syndic de faillite, qui rédige bon an mal an plus de 1000 budgets avec ses clients dans la région de Québec, note que le phénomène des banques alimentaires est en pleine progression.

«Je peux vous dire que le visage de la pauvreté a beaucoup changé au cours des dernières années à Québec. Certaines personnes qui ont pourtant des revenus de travail comptent sur les banques alimentaires pour se nourrir au quotidien. C’est devenu pour eux un service essentiel», dit M. Leblond.

En hausse

Chez Moisson Québec, qui dessert plus de 128 organismes dans la région de Québec, on indique que le nombre de travailleurs actifs utilisant l’aide alimentaire est en hausse.

«Je ne sais pas si ce sont tous des gens très endettés, mais je peux vous dire que 25 % des personnes qui ont recours à l’aide alimentaire à Québec ont des revenus d’emploi. C’est très préoccupant», précise la directrice générale, Élaine Côté.

Malgré un taux de chômage très bas dans la région de Québec (4,4 %), Mme Côté note que le salaire minimum gagné par les travailleurs demeure dans bien des cas insuffisant pour payer toutes les factures d’un ménage.

Moisson Québec soutient que tout près 37 000 personnes utilisent les services d’aide alimentaire chaque mois à Québec.

«On voit beaucoup des travailleurs à temps partiel et sur appel, des gens sur l’assurance-emploi et des travailleurs autonomes», a fait valoir Mme Côté.

Le tiers des bénéficiaires de Moisson Québec ont moins de 18 ans.

1,8 million de demandes par mois

Dans son bilan 2016, le réseau des Banques alimentaires du Québec a fait état d’une augmentation de 5,4 % des demandes d’aide de la part de ses partenaires sur le terrain.

Chaque mois, le réseau dit maintenant répondre à 1,8 million de demandes, soit 100 000 demandes d’aide alimentaire mensuelles de plus qu’il y a un an. Au Québec, six demandes d’aide alimentaire sur 10 proviennent de prestataires de l’aide sociale.

Plus facile de parler de sexe que d'argent

Les Québécois ont beaucoup plus de facilité à discuter ouvertement de leur vie sexuelle que de finances personnelles.

«Les gens aiment mieux parler de politique et de sexe que de leurs problèmes financiers», lance la consultante budgétaire Francine Hamel de l’ACEF de Québec.

Mme Hamel, qui rencontre chaque semaine une dizaine de clients au bord du gouffre, constate un manque flagrant de connaissances financières chez les Québécois. «Les gens sont ignorants au niveau des connaissances financières. Je rencontre parfois des couples qui ne savent même pas le salaire de leur conjoint. C’est très troublant de voir des gens qui n’allument pas sur des problèmes financiers pourtant évidents», explique-t-elle.

La consultante budgétaire est d’avis que le cours de base en éducation financière qui fera son entrée l’automne prochain dans les écoles secondaires au Québec est un pas dans la bonne direction.

Elle croit également que les parents ont un rôle important à jouer auprès de leurs enfants à la maison.

«Je conseille aux parents de montrer les factures de leurs dépenses réelles courantes à leurs enfants. Les parents ont un rôle à jouer pour rendre leurs enfants autonomes financièrement.»

Ménages à risque

Une étude récente de l’agence de crédit TransUnion a indiqué que la hausse de 1 % des taux hypothécaires pourrait provoquer le défaut de paiement d’un million de ménages au pays.

En revanche, 700 000 ménages seraient à risque si les taux s’appréciaient de seulement 0,25 %.

Attention aux profiteurs de dettes

«Vingt-cinq pour cent des personnes qui ont recours à l’aide alimentaire à Québec ont des revenus d’emploi. C’est très préoccupant», précise la
directrice générale de Moisson Québec, Élaine Côté.
Photo Simon Clark

L’endettement important des ménages a fait apparaître au cours des dernières années des prêteurs dits alternatifs dont les taux d’intérêt peuvent atteindre les 50 % par mois ou 600 % par année.

Sur le Web, les petites annonces de prêteurs disant offrir «une deuxième chance au crédit» et «sans enquête de crédit» peuvent parfois devenir de véritables gouffres financiers.

Or, ces firmes de redressement faisant valoir des solutions miracles aux problèmes d’endettement deviennent dans bien des cas de nouveaux intermédiaires (avant une faillite) tout en prenant au passage de juteuses commissions.

Ouverture de dossier

Certaines agences peuvent même exiger des frais sur-le-champ d’ouverture de dossier de plus de 2000 $ ou payable en 36 mois avec un taux d’intérêt mensuel de 15 % !

«C’est un marché de crédit qui existe et que je déconseille fortement à mes clients», souligne le syndic Éric Lebel du bureau Raymond Chabot Grant Thornton, à Brossard.

Ce dernier dit toutefois comprendre le désarroi de certains consommateurs très fragiles.

«J’ai déjà vu un gars qui détenait des dettes de 150 000 $. Certaines personnes sont très vulnérables, prêtes à accepter n’importe quelle proposition pour s’en sortir», fait-il valoir.

Un syndic d’abord

Il faut savoir qu’ultimement, un consommateur qui est incapable de faire face à ses obligations financières auprès des créanciers devra aboutir tôt ou tard devant un syndic de faillite ou syndic en insolvabilité. Au Québec, seuls les syndics sont autorisés par le fédéral à effectuer une proposition de consommateur ou de faillite.

Une voiture financée à 29 % d’intérêt

«Vingt-cinq pour cent des personnes qui ont recours à l’aide alimentaire à Québec ont des revenus d’emploi. C’est très préoccupant», précise la
directrice générale de Moisson Québec, Élaine Côté.
Photo courtoisie

Déjà étranglé par des problèmes de dettes? Pas de problème, certains prêteurs offrent de financer votre prochaine voiture à un taux d’intérêt de 28,99 %.

Plusieurs syndics de faillite ont confirmé au Journal que ce type de prêt existe bel et bien actuellement sur le marché au Québec.

Catherine C. s’est fait offrir récemment ce type de prêt auto chez un concessionnaire de voitures usagées qui offre du financement à la troisième chance au crédit.

Le modèle offert était une camionnette utilitaire Rondo de Kia de l’année 2009 avec un kilométrage de 159 000 kilomètres.

Le prix demandé était de 5990 $ avec des frais additionnels de 699 $ pour l’ouverture d’un dossier. L’offre, qui s’échelonnait sur 60 mois, permettait donc des paiements mensuels de 370 $.

À l’échéance du prêt, avec un taux d’intérêt de 28,99 %, le prix de la voiture revenait ainsi à 22 200 $.

Inutile d’insister, Catherine C. dit avoir refusé l’offre du concessionnaire.

Êtes-vous trop endetté ?

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directrice générale de Moisson Québec, Élaine Côté.
Photo Simon Clark
  • Vos dépenses sont toujours plus élevées que vos revenus.
  • Vous utilisez systématiquement vos cartes de crédit par obligation et non par choix.
  • Vous empruntez constamment de l’argent aux autres d’une semaine à l’autre.
  • Vous remboursez seulement les intérêts et les frais d’administration mensuels sur vos cartes de crédit sans réduire le montant initial emprunté.
  • Vos créanciers sont impatients. Ils vous réclament un paiement immédiat. Une agence de recouvrement est à vos trousses.

Comment faire son budget ?

  • Déterminez vos revenus et vos dépenses. Pour vous aider, il est utile de conserver vos factures.
  • Faites le bilan de vos dettes, établissez un plan de remboursement, réduisez vos frais d’intérêt si possible ainsi que les dépenses superflues.
  • Calculez votre ratio d’endettement, c’est-à-dire le montant de vos dettes par rapport à vos revenus nets. Un ratio d’endettement ne devrait pas dépasser 136 %.
  • Réduire votre taux hypothécaire peut aider à abaisser votre niveau endettement. Des agences spécialisées offrent gratuitement de l’aide pour renégocier votre hypothèque.

Source: Agence QMI