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Appuyer Trump, c’est mortel

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À quelques jours de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, je suis très inquiète.

Inquiète pour la liberté d’expression. Inquiète pour la pluralité d’opinions.

Quoi, vous pensez que j’ai peur de ce que les méchants partisans de Trump vont faire régner comme atmosphère aux États-Unis? Non, j’ai peur du contraire!

Deux artistes qui devaient chanter à l’inauguration de Trump ont décliné l’invitation après des menaces de mort et des menaces de boycott.

À voir la façon dont sont traités les artistes qui refusent de démoniser Trump, je m’inquiète... pour le droit des artistes de s’exprimer en toute liberté.

DEUX PRÉSIDENTS, DEUX MESURES

Vous connaissez Andrea Bocelli? Ce chanteur d’opéra italien aveugle qui nous a fait craquer avec Con te partiro/Time to Say Goodbye? Quand certains de ses fans ont su qu’il devait chanter à l’inauguration de Trump, ils l’ont accusé de «vendre son âme au diable» et ont lancé le mot-clic #boycottbocelli.

Un chanteur victime de chantage, faut le faire.

En décembre, on a appris que Bocelli ne chanterait plus pour Trump. On s’est dit que c’était pour ne pas déplaire à ses fans... Mais en fin de semaine, le Mail on Sunday a appris que c’était parce qu’il aurait reçu des menaces de mort.

Selon le Mail, son équipe de sécurité lui aurait dit que ça n’en valait pas le risque.

Jennifer Holliday est une chanteuse de Broadway qui a déjà chanté pour les Clinton et pour les présidents Bush (père et fils).

Quand il a été annoncé qu’elle chanterait pour Trump, elle s’est fait démolir, dénigrer et menacer de boycott sur les médias sociaux. Elle a d’abord dénoncé ces attaques en disant que c’était une atteinte à sa liberté d’expression. Mais la pression était trop forte. Elle vient d’annoncer qu’elle ne sera pas à l’inauguration de Trump et elle s’est excusée auprès de ses fans de la communauté LGBTQ qui l’accusaient de «vendre son âme au diable».

Tiens, tiens... Si c’étaient des pro-Trump qui avaient ainsi menacé ou intimidé une personne handicapée et une femme noire, vous ne pensez pas que ça aurait provoqué un tollé?

Même Meryl Streep aurait fait une sortie publique pour dénoncer cette intolérance.

Y a-t-il deux poids, deux mesures aux É.-U. quand il s’agit de liberté d’action des artistes?

Il me semble que même un aveugle peut voir que oui.

LES YEUX GRANDS FERMÉS

Nicole Kidman a aussi appris à ses dépens qu’il ne fallait pas toucher à Trump, même avec une perche de dix pieds. L’actrice, qui a la double citoyenneté américaine et australienne, a eu le malheur de dire à un journaliste que, maintenant que Trump était élu, il fallait que les Américains se rassemblent derrière lui. Parce que c’est comme ça qu’on fonctionne en Amérique.

Kidman s’est tellement fait ramasser qu’elle a dû clarifier sa pensée: «Je voulais simplement souligner que je crois en la démocratie et en la Constitution américaine. C’est aussi simple que ça.»

C’est bien beau prêcher la tolérance, mais ce serait bien que les anti-Trump appliquent aussi la tolérance envers des artistes qui choisissent librement de chanter pour le candidat qui leur plaît.

C’est bien beau prêcher la diversité, mais ce serait bien que ça s’applique aussi à la diversité... d’opinion.