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Rival de Labeaume recherché

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Des gens gravitant dans les sphères politiques provinciales s’activent dans le but de dénicher un candidat vedette qui ferait face à Régis Labeaume lors des élections municipales de novembre prochain.

Mon collègue chroniqueur Michel Hébert, qui est également directeur du bureau politique du Journal à l’Assemblée nationale, est une des personnes qui a été rencontrée par ces gens. Il préfère taire leur identité, mais mentionne qu’il s’agit de personnes «qui sont de l’univers politique provincial». Il a été approché à deux reprises cet automne, m’a-t-il confirmé ainsi qu’à ma collègue Stéphanie Martin, qui avait eu vent de l’affaire.

Bien que flatté d’avoir été ainsi considéré, le chroniqueur a préféré décliner l’offre. Il souhaite d’ailleurs en profiter pour mettre fin aux rumeurs à cet effet. Il n’en est pas question, a-t-il souligné, car il a d’autres objectifs dans la vie que «de se ruiner la santé à faire 100 heures par semaine» à la mairie de Québec.

Sans équipe ni pancarte

Quoi qu’il en soit, le scénario proposé par ces organisateurs consiste à dénicher un candidat ou une candidate qui ne se présenterait qu’au dernier moment, soit au début de septembre prochain. On souhaite également que cette personne fasse campagne à la «manière d’Andrée Boucher», c’est-à-dire sans équipe ni pancartes, comme l’avait fait la défunte mairesse de Québec en 2005.

L’idée derrière cette tactique consiste à éviter, grâce à une courte campagne, que le ou la rivale ne subisse les attaques à répétition des sbires du maire Labeau­me. En revanche, comme le délai sera de courte durée, on mise sur une personnalité très connue de Québec, qui pourrait affronter M. Labeaume, voire le déloger grâce à cette notoriété, espère-t-on.

On fait le pari que la grogne envers le maire devient de plus en plus importante et que les gens pourraient avoir envie de changement. Une certaine élite loca­le en aurait marre des frasques du maire. On estime que trop de dossiers piétinent et que la Ville a perdu de l’influence auprès du gouvernement du Québec.

Cette tactique n’est pas étonnante. Les relations entre le gouvernement Couillard et le maire de Montréal semblent se porter beaucoup mieux que celles avec le maire Labeaume, ce qui s’avère fort différent du tableau qui prévalait il y a quelques années. Et puis le virage à 180 degrés du maire de Québec dans le dossier du troisième lien a indisposé le gouvernement.

À l’époque du gouvernement Charest, la Ville de Québec n’avait qu’à soumettre un dossier et le ministre Hamad se chargeait de le faire cheminer rapidement. Depuis le départ de M. Hamad, rétrogradé au rang de simple député, les dossiers stagnent, comme en témoignent les délais relatifs à l’élargissement de l’autoroute Laurentienne et du réaménagement de l’entrée des ponts.

Pari audacieux

La stratégie paraît ingénieuse à bien des égards, mais il s’agit également d’un pari très audacieux. Lorsqu’elle avait mené sa campagne sans équipe ni pancarte, Mme Boucher jouissait déjà d’une importante notoriété, nettement supérieure à celle de ses adversaires. Elle ne devait pas faire face à un maire très populaire comme Régis Labeaume. Jean-Paul L’Allier venait en effet de se retirer de la politique. D’ailleurs, les gens de Québec n’ont montré la por­te à aucun mai­re depuis Joseph-Ernest Grégoire, défait par Lucien Borne en 1938.

Dans le cas du maire Labeaume, bien que l’usure du pouvoir se fasse sentir, sa popularité est demeurée très élevée depuis 2007, et enviable comparée à la plupart des politiciens. Aux dernières élections, il a été reporté au pouvoir avec 74 % des voix, ce qui s’avère un score très élevé, d’autant plus qu’il s’agissait de son troisième mandat.

Une chose est sûre, l’initiative devrait mettre du piquant dans la campagne, alors que le maire ne paraît absolument pas inquiet de devoir affronter Anne Guérette, élue chef de Démocratie Québec en décembre.