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[VIDÉO] Voici pourquoi cette femme a cessé de se raser

La chroniqueuse Marjorie Champagne
Photo courtoisie La chroniqueuse Marjorie Champagne

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Après avoir expliqué pourquoi elle avait cessé de se maquiller et ce qui était arrivé par la suite, la chroniqueuse à CKIA FM, Marjorie Champagne, s’attaque maintenant aux poils!

Dans l’émission Québec, Réveille!, elle a expliqué pourquoi elle avait décidé de cesser de se raser, et ce, malgré la «forte pression sociale».

Marjorie Champagne s’est d’abord demandé pourquoi les femmes se rasent-elles ou s’épilent-elles?

En répondant à une série d’éléments de réponse, elle en est venue à la conclusion qu’il n’est pas «normal» que les femmes s’épilent intégralement le pubis, considérant qu’il s’agit d’un «dogme esthétique» issu de l’industrie pornographique.

Elle dit éprouver un «malaise» à ressembler à une «fille prépubère» et que l’industrie de l’épilation gagne à imposer ce genre de pratique.

À la suite de ces réflexions et encouragée par son conjoint, Marjorie Champagne a cessé de se raser et d’épiler son poil. Avec sa chronique, elle affirme ne pas juger ceux et celles qui le font, mais croit qu’il est important de se poser la question: «Pourquoi le fait-on?»

Voici sa chronique intégrale

C’est un sujet qui m’embête depuis de nombreuses années. J’étais en secondaire 2 quand j’ai demandé à ma mère comment je devais procéder pour me départir de mes poils de jambes parce qu’ils commençaient à pousser.

Elle m’a regardé avec un point d’interrogation dans la face et m’a dit sans hésiter: “Pourquoi?”

J’ai donc répondu, un peu saisie par la question: “Parce que tout le monde le fait”.

S’en est suivi une tirade de la part de ma mère qui stipulait que si je ne me rasais pas, mon poil resterait blond et qu’on ne le verrait jamais et que de toute façon, ça ne servait à rien de s’enlever le poil, etc. Ma mère est féministe. C’est elle qui m’a élevé! La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

Étant en pleine adolescence, pensez-vous vraiment que j’ai écouté ma mère? Nonon!

J’ai donc utilisé de la crème dépilatoire pour enlever ces petits poils blonds et faire comme les autres.

Ça chauffait «en ta» comme on dit. J’ai enduré, j’ai répété l’opération, puis j’ai fait des boutons, donc j’ai changé de méthode. J’ai utilisé le rasoir.

Comme l’avait prédit ma mère, avec le temps, les poils ont repoussé... noirs! Mais ça ne me dérangeait pas parce que, de toute façon, j’allais les raser, les reraser et les rereraser ad vitam æternam.

Près de 25 ans plus tard, la question de ma mère est revenue me hanter. Pourquoi?

Aujourd’hui, je vais donc tenter de répondre à cette question.

Première réponse: Parce que le poil, ben, c’est «laite», tout le monde sait ça!

Mais ce n’est pas «laite» partout! Par exemple, le poil sur la tête, communément appelé les cheveux, surtout chez la femme est souvent considéré comme un attribut de séduction.
Cette couronne de poil fait l’objet de constants commentaires de la part de nos semblables s’articulant ainsi: “C’est donc bien beau ta nouvelle coupe!”, “C’est beau ta nouvelle couleur”, “ça te fait bien une tresse”, “wow les cheveux courts, ça te fait tellement bien”...

Y’a tu quelque chose de négatif ou de laid dans le fait de porter du poil sur notre tête? Non, il n’y en a pas!

Le poil est aussi notre ami lorsqu’il est placé au-dessus de la paupière, en nombre suffisant pour former ce qu’on appelle un sourcil. Ces temps-ci, la mode est aux sourcils fournis. Les Marie-Pier Morin de ce monde se retrouvent dans tous les magazines et ont les trouves ben ben belles!

Pour vous prouver à quel point la présence de poils est importante dans cette zone du visage, une nouvelle technique de tatouage de sourcils permanents est apparue récemment. Elle consiste à trancher littéralement l’arcade sourcilière avec un petit exacto pour y insérer de l’encre et ainsi obtenir de beaux petits faux poils bien définis. C’est cool et c’est vraiment cute. Ç’a l’air vraiment relaxant! J’ai vu une vidéo, c’est vraiment atroce.

On a aussi décidé que pour la femme, les poils devaient être longs et fournis autour des yeux. Ça, ça s’appelle des cils. On utilise même une espèce de glue noire pour les rendre plus évidents. Cette glue coule quand il pleut et ça fait de beaux cernes noirs. Moi, je trouve ça bien drôle. Je vous entends déjà me demander: «Mais il est où le poil laid d’abord?»  Ben, sur les jambes, sous les aisselles même si c’est déjà un endroit qui est caché, sur les bras, surtout s’il est trop foncé, sous le nez, dans les oreilles, sur les mamelons, sur les orteils et bien sûr, sur le pubis! Bref, quasiment partout! On peut donc affirmer que certains poils, dépendant du lieu de leur naissance, sont donc plus chanceux que d’autres.

Ils sont laids dans le nez, mais beaux sur la tête, indésirables sur les jambes, mais très tendance en haut de l’oeil. C’est tout à fait injuste! Je vote donc pour la migration du poil!  Oui! Oui! On devrait se faire greffer au-dessus de l’oeil, nos propres poils d’aisselles et ainsi, les poils laids deviendraient beaux! Vive les poils immigrants! Tout le monde est content!

Deuxième réponse: On s’épile parce que le poil, c’est malpropre.

Est-ce que c’est considéré autant malpropre chez la femme que chez l’homme? On peut se poser la question!

Sommes-nous plus tolérants envers le poil masculin? Je pense que oui. De moins en moins, mais je pense que oui!

On a beau dire que de plus en plus d’hommes s’épilent le torse, plusieurs d’entre eux ne se rasent ni la face ni les jambes. Pourtant, vos poils sont plus gros et plus nombreux alors c’est quoi le problème? Les hommes ont le droit d’être malpropres pis pas les femmes (si on attribue le poil à la malpropreté)?

Mais qu’est-ce qu’il y a de malpropre dans le poil? Si le poil était réellement nocif pour la santé, non-hygiénique, plein de microbes, plein de germes, est-ce qu’on garderait des animaux domestiques dans nos maisons? On peut se poser la question!

Parlant d’injustices entre les hommes et les femmes, que dire des femmes qui ont une grosse pilosité même dans le visage, bien sûr en dehors des sourcils, quel cauchemar cela doit être pour elle de devoir s’épiler la face, la moustache, la barbe, alors que partout en ville, les hommes se promènent avec leur bandeau de poils qui leur couvre la moitié du visage et que pour eux c’est la mode. Bref, encore une fois, je trouve que ce n’est pas juste.

Troisième réponse: Symboliquement, enlever le poil nous distancie de l’animal

Ce serait d’ailleurs pour cette raison que l'épilation remportait un grand succès auprès de la classe dirigeante de l’Égypte ancienne. À cette époque-là, l’épilation était comme un symbole de pureté, par opposition à la pilosité symbole d’animalité donc d’impureté.

Mais attention, ce n’était que la classe des hauts dirigeants qui s’épilait. Aujourd’hui, cette pratique est généralisée. Nous sommes tous et toutes conditionnés. Nous sommes de véritables chiens de Pavlov, des vrais animaux. C’est révoltant! Sommes-nous si éloignés de l’animal ou est-ce que, plutôt comme on dit, on se fait des accroires? Qui a-t-il de si mauvais à nous rappeler que oui, on fait partie du règne animal. Il va falloir s’y faire parce que Darwin, ça fait quand même vachement longtemps.

Quatrième réponse (et la dernière): Je m’épile parce que mon chum n’aime pas le poil.

Je l’ai entendu souvent celle-là. Ben là, il faut se demander: «Où est-ce que votre chum a pris cette idée-là?»

Personnellement, j’ai déjà eu une fréquentation un peu plus âgée que moi qui, lorsqu’il a découvert mon pubis fourni de poil, –Oh! Scandale!– m’a révélé qu’il avait l’impression de retourner en arrière, que ça lui faisait penser à ses premières blondes. Je l’ai donc pris comme un compliment. Je suis une fille romantique, «tsé»! Même si je ne pense pas que c’était l’effet voulu de sa part.

Par contre, ça donne de bons indices à savoir que la norme n’a pas été toujours l’épilation intégrale du pubis. Parce qu’aujourd’hui, ça semble être ça la norme, avoir le pubis complètement dégarni.

Vous trouvez ça normal vous autres? Moi je ne sais pas, mais j’ai comme un malaise! Bien sûr l’épilation intégrale du pubis est une idée qu’on dit issue de l’industrie pornographique. Je soupçonne aussi que l’industrie de l’épilation veut imposer de plus en plus ce genre de pratique, de comportements, de chasse au poil intégrale, plus on en enlève, plus elle se remplit les poches, bien sûr!

Vous trouvez ça normal de ressembler à des filles prépubères? Vous trouvez ça OK de participer à un dogme esthétique issue de l’industrie pornographique? Sans blague, vous êtes à l’aise avec ça? Pas moi!

Saviez-vous que les poils des organes génitaux, entre autres, ont une fonction? Ben oui! Ils agissent en tant que protecteur et ont une fonction de capteurs d’odeurs. Ils retiennent les odeurs sexuelles potentiellement chargées en phéromones, c’est le même rôle qu’exerce le poil des aisselles.

Petite parenthèse d’éducation: Les phéromones, sont des substances chimiques comparables aux hormones, émises par la plupart des animaux et certains végétaux et qui agissent comme des messagers entre les individus d’une même espèce, transmettant aux autres individus, des informations qui jouent un rôle dans l’attraction sexuelle notamment.

La preuve que les phéromones sont efficaces, certaines compagnies de parfums utiliseraient les phéromones de synthèse dans leurs recettes pour favoriser l’attraction sexuelle de celui ou celle qui porte ledit parfum. Logiquement, donc, si on arrête de se raser on économise des centaines de dollars! Ce n’est pas beau ça?

Étant donc incapable de répondre de manière satisfaisante à la question: «Pourquoi?» et ne voyant que des inconvénients à enlever mon poil, dont la perte de temps, la perte d’argent et la douleur, j’ai décidé de tout arrêter ça!

La seule raison qui me faisait persister était la même qu’à 14 ans, soit le fameux: «Parce que tout le monde le fait».

Pour moi aujourd’hui, ce n’est pas suffisant. J’ai comme évolué. J’ai grandi. Je ne suis pas meilleure qu’une autre, mais j’ai décidé que mes poils faisaient partie de mon corps et que j’allais les accepter, les accueillir et même les aimer!

Le pire là-dedans, c’est que je me rends compte que ce geste me fait prendre position. Ne pas se raser, c’est quasiment devenu politique.

Petite nuance concernant mon poil à moi: Oui, j’ai tout arrêté sauf les jambes l’été. L’été dernier, j’ai réussi à le faire le moins souvent possible parce que je portais des jupes longues ou des pantalons longs. Je m’en suis comme sortie de même. Je ne savais pas trop quoi penser de ça, mais c’est ce que j’ai fait.

Avec une jupe courte ou des shorts, je n’ai pas été «game». Je suis une «pas game» ça a l’air! Qu’est-ce que tu veux, la pression est comme trop forte, mais j’aimerais ça en crime par contre être capable d’assumer ça.

Mon chum, lui, m’encourage à devenir la première fille à Québec à se promener les jambes pas rasées en été. On va donc voir l’été prochain! Il y en a peut-être d’autres, mais je n’en ai pas vu beaucoup! Je m’attends quand même à de nombreux regards désapprobateurs.

Attention, je fais une petite mise en garde concernant ma chronique: encore une fois, je ne juge pas celles et ceux qui s’épilent ou qui se rasent. Je serais un peu nouille de vouloir le faire parce que jugerais presque tout le monde.

Ceci dit, je souhaite seulement ouvrir des portes, pour que l’être humain que nous sommes, la femme que nous sommes, l’homme que vous êtes fassent des choix éclairés et demeurent véritablement libre de faire ce qu’il ou ce qu’elle veut avec son corps et surtout se demande pourquoi et aille jusqu’au fond des choses.