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Des hausses «dérisoires»

Des travailleurs dénoncent les augmentations de 0,25$ ou 0,50$ l’heure selon l’emploi

Karine Pouliot, employée du magasin Escomptes Fortin-Michaud, ne fera pas plus de folies lorsqu’elle touchera 11,25 $ de l’heure en mai prochain.
Photo Jean-François Desgagnés Karine Pouliot, employée du magasin Escomptes Fortin-Michaud, ne fera pas plus de folies lorsqu’elle touchera 11,25 $ de l’heure en mai prochain.

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Les travailleurs à pourboire et ceux payés au salaire minimum qualifient de «dérisoires» les hausses de salaire annoncées jeudi et estiment qu’en fin de compte, ces quelques sous de plus n’auront pas un grand impact sur leur capacité financière.

Le salaire minimum passera de 10,75 $ à 11,25 $ l’heure à compter du 1er mai, a confirmé jeudi matin la ministre du Travail, Dominique Vien. Le salaire des employés à pourboire, quant à lui, ne fera un bond que de 25 cents. Il passera de 9,20 $ à 9,45 $ de l’heure.

«C’est dérisoire, 25 cents. On s’en balance», lance Julie Blouin-Maurice, serveuse au restaurant Montego. Selon elle, le salaire horaire est tellement minime, que les serveurs s’attardent surtout au montant des pourboires qu’ils gagnent. «Les serveurs peuvent faire minimum 800 $ de pourboire par semaine et gagneront 400 $, en moyenne et aux deux semaines, en salaire horaire», fait-elle valoir.

Supressions de postes

Pour Frédérique Lamontagne, également salariée à pourboire au St-Hubert de Lévis, c’est sur les effectifs que la hausse risque de se faire sentir. «Les restaurateurs ne pourront pas augmenter les prix par assiette. Ils vont couper dans le personnel», croit-elle.

La ministre du Travail a expliqué que c’est par «équité» que son gouvernement a ramené à 20 % l’écart entre le taux général du salaire minimum et celui des salariés à pourboire, comme c’était le cas dans les années 70, 80 et 90. «C’est une demande qui nous est faite par l’Association des restaurateurs du Québec de revenir à cet écart [...] ce à quoi nous avons dit oui, tout simplement», a résumé la ministre Vien.

«Les serveurs à pourboire gagnent deux à trois fois le salaire minimum, alors... [...] Il y a une espèce de situation qu’on retrouve chez les restaurateurs qu’on ne retrouve pas nulle part ailleurs dans les autres commerces», a-t-elle ajouté.

Même rythme de vie

Payée un peu plus cher que le salaire minimum chez Escomptes Fortin-Michaud, Karine Pouliot ne compte pas changer son rythme de vie lorsqu’elle touchera 11,25 $ de l’heure. «C’est environ 40 $ de plus par mois. Ce n’est pas ce qui va nous enrichir plus», lance-t-elle.

Des entrepreneurs anticipent négativement cette hausse à venir. «Ça va accélérer l’inflation. Ça ne va pas nécessairement mettre plus d’argent dans les poches du travailleur», croit Éric Millier, propriétaire des restaurants L’œil du dragon. Restaurateurs et petits commerçants seront durement touchés, selon lui.

Le propriétaire de l’agence d’événements People, Patrick Lavoie, prévoit une diminution de ses marges de profit.

– Avec la collaboration de Marc-André Gagnon

Salaire minimum au 1er mai

Année Taux régulier Salariés au pourboire
2016 10,75 $ (+ 20 cents) 9,20 $ (+ 15 cents)
2017 11,25 $ (+ 50 cents) 9,45 $ (+ 25 cents)
2018 11,75 $ (+ 50 cents) 9,65 $ (+ 20 cents)
2019 12,10 $ (+ 35 cents) 9,80 $ (+ 15 cents)
2020 12,45 $ (+ 35 cents) 9,95 $ (+ 15 cents)