/entertainment
Navigation

Une tempête en janvier

Une tempête en janvier
Illustration Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Quelle semaine! Il me semble l’avoir passée dans un brouhaha continuel. Une cacophonie permanente. La tête et les oreilles me bourdonnent.

Je n’ai géré que des conflits entre mes élèves. Des affaires de bébés. Sur la cour, aux crochets. Dans la classe.

De lundi 8 h 07 à vendredi 15 h 22.

Oh que ça tire du jus!

Bien plus que de corriger 26 contes de Noël. Ce qui est peu dire.

Pression atmosphérique élevée

Les cahiers de Benoit débordent de 1,5 cm sur le bureau de Catherine, son «ex», qui refuse qu’il envahisse SON espace.

Sa solution: tout pousser par terre. S’ensuivent des cris. Une scène de diva. Un coup de pied.

Élise, elle, ne veut plus être dans la même équipe qu’Annie.

Ce n’est plus sa «best». Je tenterai bien de comprendre pourquoi lundi.

Antoine a lancé la botte de Sarah à l’autre bout du corridor. Les deux ne peuvent plus se pifer.

Mon œil aguerri me dit qu’ils sortiront ensemble d’ici la Saint-Valentin. Un dossier à suivre.

Et François. Ses cinq plats à collation collants sur son pupitre, sa boîte de mouchoirs devenue vaisseau spatial, ses trois vestes de coton ouaté sur le dossier de sa chaise (et par terre autour des pattes du bureau). Sa tour de bouchons de crayons-feutres Crayola.

Ses voisins en ont assez de son bordel. Mais surtout de son odeur de transpiration.

Une autre affaire.

J’avais remarqué l’odeur ET la source de l’odeur avant les Fêtes. J’ai fait mon discours vibrant à la nation sur l’importance du déodorant, à 12 ans.

Barack Obama n’aurait pas fait mieux.

Le message ne s’est pas rendu. Je dois mettre à mon horaire un tête-à-tête avec mon élève.

Autre tâche connexe.

Un vent de changement

Je m’élève au-dessus de la tempête pour voir clair et trouver un moyen de mettre fin à ce climat de «picossage» insoutenable de la dernière semaine.

La solution, qui m’apparaît évidente maintenant, avec du recul, ne l’était pas en plein tourbillon: je dois faire de nouvelles équipes de travail.

Changer l’air. Le décor.

Défaire des alliances qui étaient positives, mais qui le sont moins pour en former de nouvelles.

Éloigner des élèves de mon bureau (oui, ce qui me fera du bien!) et en rapprocher d’autres.

Casser des dynamiques. Donner plus de leadership à certains.

C’est un exercice complexe et compliqué.

Considérer les besoins, les réalités de chacun. Et m’assurer que les forces, les difficultés soient réparties.

Équilibrer les hormones. Éparpiller mes «gigoteux». Placer stratégiquement mes «lunatiques».

Comme un gros foulard

Ce temps d’arrêt devant mon plan de classe me fait réaliser à quel point je connais mes élèves.

Ça me touche.

Et c’est précisément ce qu’il y a de beau et surtout de si propre à la profession d’enseignant: en venir à connaître 26 êtres humains. Par cœur.

Comme si je les avais tricotés.

Ou presque.

Un beau et long foulard de 26 couleurs!