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Le prix de votre panier d’épicerie pourrait grimper

Le protectionnisme de Trump n’avantagerait pas les consommateurs

Sylvain Charlebois estime que les prix des fruits et légumes américains pourraient monter avec les politiques de Trump.
Photo d’archives Sylvain Charlebois estime que les prix des fruits et légumes américains pourraient monter avec les politiques de Trump.

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Les visées protectionnistes de Trump n’apporteraient rien de bon aux consommateurs canadiens qui pourraient assister à une montée des prix de leur panier d’épicerie et de bien d’autres produits.

Comme plus de 25 milliards de dollars en produits alimentaires ont été importés des États-Unis vers le Cana­da en 2015, les décisions prises par le nouveau président pourraient avoir un impact direct sur le prix de nombreux produits que l’on trouve sur les tablettes des supermarchés.

Plusieurs facteurs pourraient influer sur le prix des aliments, mais aussi de plusieurs autres biens qu’achètent les consommateurs chaque jour dans les magasins, mentionne Yan Cimon, professeur au dépar­tement de management de l’Université Laval.

Bon nombre de pièces ou de parties des voitures, de gadgets électroniques ou de différents produits manufacturés sont fabriquées à différents endroits sur la planète. L’imposition par Trump de tarifs douaniers élevés sur ces biens venus d’ailleurs pourrait faire augmenter le prix des produits finis américains.

La valeur du dollar canadien, s’il reste faible, augmente aussi le prix de ces biens qui viennent de nos voisins du Sud.

Fruits et légumes

«Certains experts prévoient aussi qu’à cause des baisses d’impôts annoncées et des investissements attendus sous la présidence Trump, il pourrait y avoir de l’inflation sur le prix des biens à la consommation et de certains produits industriels», ajoute M. Cimon.

La volonté de Trump de déporter les travailleurs illégaux aux États-Unis, qui sont nombreux à travailler dans les champs, pourrait avoir un effet à la hausse sur le prix des fruits et légu­mes américains que l’on importe ici pour les mettre sur les tablettes ou dans les produits préparés, indique Sylvain Charlebois, doyen de la faculté de management de l’Université Dalhousie.

«Plus de deux millions d’immigrants illégaux travaillent dans le domaine agroalimentaire aux États-Unis. Sans cette main-d’œuvre, l’agriculture américaine serait en crise», estime-t-il.

Les renégociations du traité de libre-échange avec le Canada et le Mexique (ALÉNA) inquiètent aussi beaucoup les producteurs, notamment de lait, qui craignent l’arrivée des Américains sur le marché.

Même si les consommateurs peuvent voir de nouveaux produits laitiers en supermarché avec l’ouverture des marchés, ils ne noteraient pas nécessairement de baisse de prix, selon Bertrand Montel, chercheur indépendant en agroalimentaire.

Baisse d’impôts dommageable

Germain Belzile, Professeur
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Germain Belzile, Professeur

La promesse de Trump de baisser les impôts des entreprises américaines pourrait être fortement dommageable pour l’économie canadienne, croient des experts.

«C’est beaucoup plus inquiétant que le protectionnisme», estime Germain Belzile, maître d’enseignement en économie appliquée aux HEC.

Le nouveau président a d’ailleurs soutenu, lundi, qu’il allait baisser les impôts des entreprises et de la classe moyenne «de façon massive».

Le taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises est présentement plus avantageux au Cana­da qu’aux États-Unis.

De nombreuses entreprises américaines se sont d’ailleurs installées de notre côté de la frontière pour en profiter.

M. Belzile cite l’exemple de la compagnie Burger King, qui aurait acheté la populaire chaîne de café Tim Hortons en 2014 pour profiter des avantages fiscaux canadiens.

«Si la situation s’inverse, de nombreux secteurs de l’économie canadienne pourraient être en danger, car il deviendrait plus avantageux pour les entreprises d’investir aux États-Unis ou de rapatrier des capitaux», craint l’expert.

«C’est une idée qui fait très peur parce qu’il y a beaucoup de représentants au Congrès américain qu’un changement de régime fiscal intéresserait [et qui appuieraient donc cette mesure]», renchérit Arma­nd de Mestral, titulaire de la Chaire Jean-Monnet en intégration économique internationale de l’Université McGill.

M. Belzile estime qu’il est aussi important de garder à l’œil les décisions du gouvernement canadien.

L’imposition de la taxe sur le carbone par le gouvernement Trudeau pourrait aussi encourager des entreprises qui produisent beaucoup de carbone à partir aux États-Unis, où l’environnement est moins une priorité, insiste M. Belzile.