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«CHOI radio X contribue au racisme et à l’exclusion à Québec», dit Webster à Jeff Fillion

Le rappeur Webster.
Photo tirée de Facebook Le rappeur Webster.

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Invité dans l’émission de Jeff Fillion, le rappeur et historien Webster a eu l’occasion d’échanger sur le racisme dans la Ville de Québec.

Soutenant que les immigrants «sont très très bien» à Québec et soutenant qu’il «ne sent pas» de racisme dans la région, l’animateur Jeff Fillion se questionne sur la pertinence de tenir un festival contre le racisme dans la capitale nationale.

«Il est important d’avoir un festival contre le racisme ici à Québec, à une époque où on ressent une montée de la droite et de l’extrême droite et surtout un repli identitaire. [...] Les gens doivent arrêter de se replier sur eux et avancer ensemble», dit Webster dans une vidéo promotionnelle de l’événement qui aura lieu du 16 au 19 février et dans laquelle on entend plusieurs animateurs tenir des propos xénophobes.

Au cours de l’entrevue, l’artiste a aussi pointé du doigt la station en affirmant que «CHOI Radio X a l’amalgame facile».

Voici la transcription intégrale de l’entrevue

JF «C’est quand même assez spécial comme festival. J’ai toujours pensé que la Ville de Québec était un endroit assez cool pour à peu près tout le monde. Peu importe qui est ici, peu importe quelle race, on a toujours été très ouverts. Il semblerait que non et on est prêts à faire un genre de festival pour essayer de réveiller les gens contre le racisme. Sincèrement, à Québec, on a bien des problèmes, je ne dis pas qu’on est parfaits, mais s’il y a quelque chose que je ne sens pas dans la région de Québec, dans la Ville de Québec c’est les histoires reliées au racisme.»

W «Écoute, c’est peut-être parce que tu ne le vis pas! C’est une chose qui existe à Québec. Il y a du racisme à Québec. Il y a de l’exclusion et je pense que ce festival-là a sa place pour justement amener la discussion, pour que les gens puissent en discuter et essayer d’avancer ensemble. 2017 on avance ensemble pour bâtir une société inclusive.»

JF «Dis-moi, tu es de couleur. Moi, je vois de plus en plus, je regarde les plus jeunes, tu as l’air assez jeune, au contraire moi je sens l’inverse. Je ne sais plus de ghetto. Je ne sens plus que vous êtes en gang. D’un côté les blancs, d’un côté les autres, mais écoute, tu es mieux placé que moi pour en parler étant de couleur, mais je veux dire, dans ton quotidien, qu’est-ce qui arrive que tu sens, que tu feel que tu es victime de racisme dans la Ville de Québec ou la région de Québec. Qu’est-ce que tu vis?»

W «Ben écoute, à la base, je n’aime pas utiliser le terme “victime” parce que je ne suis pas une victime, mais ce sont des choses qui arrivent. Juste il y a environ trois mois, je marchais dans la rue et il y a un gars qui m’a traité de nègre. C’est aussi simple que ça!»

JF «Ça, je me fais traiter d’imbécile à tout bout de champ là. Un imbécile qui arrive et qui fait ce genre de commentaire gratuit là, moi je ne suis pas noir, mais pour des raisons x, pour mes idées, pour ce que je représente, j’ai ça aussi. On ne peut pas demander à tout le monde d’être parfait.»

W «Un de mes problèmes avec ça c’est que ça existe et tant qu’on veut le nier et penser que tout est parfait chez nous, on ne peut pas avancer! Je pense que c’est important de le mentionner et moi, quand ça m’est arrivé, je n’étais même pas fâché! J’étais juste triste pour cette personne-là. Et en échangeant sur cette aventure-là avec d’autres gens, d’autres gens l’ont vécu et je pense qu’à un moment donné, il faut essayer d’arrêter de mettre des pensées dans la tête des gens, c’est-à-dire de dire: “Bon ben écoutez, nous on considère qu’il n’y a pas de racisme ici, il n’y en a pas”.»

JF «Vous avez l’air d’inclure la radio de Québec dans vos histoires parce qu’il y a une genre de promo, une genre de vidéo qui circule pis on entend certains animateurs de radio. [...] Moi, je ne sens absolument rien, même si c’est une radio qui est colorée, une radio qui est certainement plus de droite que de gauche, j’en conviens, mais de faire le lien entre les deux, ce n’est pas facile un peu ça?»

W «Ben écoute, non et oui. Moi je dois dire que CHOI radio X contribue au racisme et à l’exclusion à Québec.»

L'animateur Jeff Fillion.
Photo Stevens LeBlanc
L'animateur Jeff Fillion.

JF «Ok exemple concret?»

W «Exemple concret. Dans la vidéo justement on commence et les gens disent: “Ah ben écoutez, on n’a pas les bons immigrants. Ça prend moins d’Arabes, plus d’Asiatiques. Les Arabes viennent ici pour faire changer nos modes de vie et nous infiltrer” Je suis désolé, mais ça, c’est de la xénophobie et du racisme pour moi tout simplement. On a pas besoin d’aller plus loin que ça.»

JF «OK, donc de soulever le fait qu’actuellement, les musulmans, des musulmans ne veulent pas partager nos valeurs, ne veulent pas vivre que vous vivons, nous devons nous adapter à eux?»

W «Je n’ai jamais dit ça! Combien de gens musulmans ici s’adaptent aux valeurs du Québec? Je veux dire, ça, on ne le mentionne jamais. Ça, on en parle jamais!»

JF «Il y en a plein.»

W «Allez faire un tour aux différentes mosquées et ça, je ne l’entends jamais sur votre réseau.»

JF «Il y en a plein. On a nous-mêmes, ici à la table, quelqu’un qui a un nom assez clair et qui se fait traiter de tous les noms. C’est un ami à nous. Ça n’a rien à voir avec ça. Ce n’est pas la question. On s’entend qu’actuellement, il y a une guerre qui a été déclarée et ça ne vient pas de l’Occident envers les musulmans ou envers l’islam. Ce n’est pas rien de ça. Au contraire, c’est d’autres qui n’aiment pas nos valeurs, qui arrivent ici et qui ont leurs valeurs surtout au niveau relation homme femme et tout ça, ça ne convient pas aux nôtres. On ne peut pas le soulever? On ne peut pas le questionner? On ne peut pas faire ça? La minute qu’on le fait, c’est raciste?»

W «Non, non, non. Le fait que vous le soulevez, à travers des généralités! Je veux dire, c’est une minorité! Même dans l’Islam en tant que tel! Quand on parle de terrorisme, etc, c’est une minorité de l’islam. Ce n’est pas l’islam en tant que tel! Mais, rapidement l’amalgame se fait et vous avez l’amalgame facile à CHOI Radio X. On peut se le dire! Et moi, j’adore échanger avec vous et chaque fois que Radio X m’appelle, je suis là et j’aime échanger avec vous, mais c’est le fond de ma pensée.»

JF «Moi je pense que toi tu fais un amalgame. Sincèrement, je pense que ce que tu nous reproches de faire, c’est exactement ce que tu fais.»

W «Non, parce que si...»

JF «De ne pas soulever ces dossiers-là, de ne pas questionner ces choses-là dans une époque où on n’a pas demandé de guerre nous autres là! On n’a pas demandé à faire sauter rien. Je sais très bien que s’il y a 550 millions d’islamistes, je comprends que ce ne sont pas tous des poseurs de bombes, ce ne sont pas tous des dangereux. Je ne suis pas fou là! Mais dans un contexte où il y a une méfiance à avoir, où leur technique est de s’intégrer pis de vivre comme nous et se rapprocher de nous, pis à un moment opportun de frapper, excusez-moi! Moi, je n’ai pas demandé ça! Il n’y a pas un Québécois qui a demandé ça. Il n’y a pas un occident qui a demandé ça.»

W «Combien de gens ont demandé à se faire bombarder? À un moment donné, je veux dire, c’est un peu n’importe quoi! Comme si on évacuait toute la politique, toute l’économie, tout le malaise social, tout le malaise relié à l’histoire, le malaise relié à la colonisation pis on mettait tout sur le dos de l’islam et ça y est ils nous déclarent la guerre, ils veulent venir poser des bombes!»

JF «Ben sincèrement, ils ont une réunion à se faire.»

W «Ben voyons donc viarge! Quand on parle d’amalgame, le voilà! “Ils ont une réunion à se faire”. Qui qui parle pour tous les musulmans, pour les sunnites, les chiites, les ismaélites. Voyon! le musulman en Indonésie, n’est pas la même chose qu’un musulman au Sénégal qui ne vit pas la même chose qu’un musulman en Croatie. Je veux dire, à un moment donné ce n’est pas un bloc monolithique comme tant de gens prétendent que c’est.»

JF «Ça, je suis d’accord avec vous à 100%. C’est clair que ce n’est pas ça! Mais est-ce qu’on entend les leaders qui sont reconnus, est-ce qu’on entend les leaders condamner?»

W «Oui tout le temps!»

JF «Ah oui?»

W «On les entend! Regarde en France. Chaque fois qui se passe quelque chose, les leaders de la communauté musulmane en France, qui représente une certaine communauté, sortent à chaque fois! Coude-à-coude avec les Rabin, avec les leaders catholiques font des marches, organisent des marches pour dénoncer le terrorisme. C’est exactement la même chose qui s’est passée...»

JF «Webster! Je dois te laisser parce que le temps file et déjà on a défoncé notre temps ensemble, mais on va reprendre cette discussion-là un de ses quatre c’est certain! T’es un gars le fun à jaser, mais sincèrement là, sincèrement, vous êtes bien à Québec! Vous êtres les immigrants à Québec là, vous êtes très très très bien. Le jour où il faut faire des manifestations pis faire des festivals pour dénoncer, faites-le quand ça vaut vraiment la peine, parce que le jour où vous aurez besoin de le faire pour vrai, ben on ne s’occupera pas de vous.»

W «Ben entoucas, je ne pense pas que ce sera toi qui va décider quand le faire parce qu’à un moment donné, s’il y a cette initiative-là, c’est qu’il faut qu’on amène la question sur la table. Oui il y a du racisme, écoute, je ne suis pas en train de faire brûler des croix en avant de mon terrain, mais pour moi, c’est important de parler de cette dynamique là pis le jour où un immigrant arrive avec un doctorat, qu’il ne soit pas obligé de conduire un taxi, ben tu vois, on va avoir avancé.»

JF «Merci Webster, très gentil de ta part.»

W «Merci à toi.»