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Affaire Pierre Paradis : le Bureau du premier ministre a sciemment laissé courir une fausse information

Affaire Pierre Paradis : le Bureau du premier ministre a sciemment laissé courir une fausse information
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

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Philippe Couillard reconnaît avoir sciemment laissé courir pendant 24 heures une fausse information sur le départ de Pierre Paradis, estimant que ce n’était pas à lui de rétablir la vérité.

Dans un communiqué laconique, le gouvernement indiquait mercredi que Laurent Lessard reprenait les fonctions de ministre de l’Agriculture. L’entourage de Pierre Paradis a signifié aux médias à ce moment qu’il devait se retirer puisqu’il était forcé au repos par ses médecins à la suite d’un accident d'équitation.

Affaire Pierre Paradis : le Bureau du premier ministre a sciemment laissé courir une fausse information
Photo d'archives

C’était faux. M. Paradis a été écarté du conseil des ministres le 25 janvier en raison d’allégations pour des gestes à caractère sexuel commis à l’endroit d’une ex-employée. Le gouvernement préférait toutefois attendre d'avoir la confirmation qu'une enquête policière était en cours avant de dévoiler ce fait aux médias.

«M. Paradis est traité médicalement pour cette condition, mais je vais être très clair, la raison pourquoi on lui a demandé de se retirer mercredi, ce n’est pas pour cette raison-là, c’est à cause qu’on avait reçu une lettre de la personne», a affirmé le premier ministre, vendredi, lors d’un point de presse à Montréal.

Le Bureau de M. Couillard indique ne pas avoir menti aux médias puisque c’est M. Paradis qui a invoqué la commotion cérébrale pour justifier son absence. Il estime qu’il n’avait pas à rétablir les faits, car ce dernier ne parlait pas au nom du gouvernement. Il était pourtant toujours ministre à ce moment.

Pourquoi ne pas avoir contredit la version de M. Paradis s’il savait qu’il ne disait pas la vérité? «C’est à M. Paradis de le faire, moi j’ai expliqué les choses au moment où elles étaient disponibles. Je veux répéter que ce n’est pas nous qui avons mis la question de la commotion cérébrale sur la place publique...», s’est justifié M. Couillard.

L’entourage de M. Couillard a attendu au jeudi 26 janvier en soirée, lorsqu’il a eu confirmation qu’une enquête policière était en cours, pour révéler la nature du départ du vétéran Pierre Paradis.

Le gouvernement Couillard a par ailleurs été averti le 19 janvier que M. Paradis faisait l’objet d’un signalement à la Sûreté du Québec.

Des trous

Du côté de l’opposition officielle, on demande au gouvernement davantage de transparence et on indique qu’il y a des trous dans la chronologie du premier ministre. «Qu’est-ce qui s’est passé entre le signalement du 19 janvier et la décision prise le 25 janvier?», a questionné la députée péquiste Agnès Maltais.

Elle salue par ailleurs le courage de la victime présumée. «Déposer une plainte contre son patron politique demande beaucoup de courage», a-t-elle affirmé lors d’un point de presse vendredi matin à l’Assemblée nationale.

Avec la collaboration de Hugo Duchaine

 

La chronologie de l'affaire Paradis
 

  • 19 janvier : Philippe Couillard est à Davos. Il est informé par les autorités policières que son ministre de l’Agriculture Pierre Paradis fait l’objet d’un signalement.
  • 24 janvier : Le chef de cabinet de Philippe Couillard reçoit une lettre de la victime présumée de Pierre Paradis.
  • 25 janvier : Dans un communiqué de presse, le gouvernement indique que le ministre des Transports Laurent Lessard s’occupera temporairement du ministère de l’Agriculture.
  • 25 janvier : Le Bureau de Pierre Paradis affirme que le ministre doit s’absenter, car il souffre d’une commotion cérébrale à la suite d’un accident d’équitation. Le Bureau du premier ministre ne dément pas.
  • 26 janvier : Commentant le retrait pour cause médicale de Pierre Paradis, Philippe Couillard reste flou. «Vous lui demanderez, c’est lui qui a fait des commentaires. Ses commentaires [de Pierre Paradis] sont les siens.»
  • 26 janvier en soirée : Dans un communiqué de presse, le Bureau du premier ministre affirme que «Philippe Couillard a été informé en début de soirée que le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, fait l’objet d’une enquête policière», et qu’il était relevé de ses fonctions et exclus du caucus libéral.