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Après la guerre, il craint le terrorisme

Un rescapé d’Auschwitz s’est engagé à ce que le monde n’oublie pas les horreurs de l’histoire

Rescapé des camps de concentration
Photo Charlotte Follana Ted Bolgar porte une casquette ornée du symbole de la marche des Vivants à Auschwitz-Birkenau, à laquelle il participe tous les ans.

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Ted Bolgar est né en Hongrie en 1924. Il a survécu au ghetto, à cinq camps de concentration et à la marche de la mort. L’ancien électricien juif vit à Montréal depuis 69 ans. Interviewé à l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, hier, il a dit se sentir en sécurité au Canada, mais redouter le terrorisme.

Pensez-vous que les jeunes ont oublié l'Holocauste aujourd'hui?

Ils connaissent très peu de choses sur la guerre et encore moins sur l'Holocauste. Pour preuve, les informations historiques véhiculées par l'Europe et l'Amérique du Nord sont différentes.

Il y a 40 ans, je me suis intéressé au point de vue américain. En regardant deux livres, je me suis aperçu que, pour eux, la Seconde Guerre mondiale ne débutait pas en 1939, mais en décembre 1941, date à laquelle les États-Unis sont entrés en guerre à Pearl Harbor.

Que pensez-vous de la montée du radicalisme?

La politique ne m’intéresse pas.

Malgré tout, je trouve qu’il y a moins d’antisémitisme aujourd’hui qu’il y a 70 ans. Quand je suis arrivé au Canada, en 1948, on pouvait lire sur un panneau, à 60 km de Montréal: «Pas de Juifs, pas de chiens». À ma libération, j'ai haï tout le monde, aussi bien les persécuteurs que ceux qui avaient laissé faire. Aujourd’hui, je ne pardonne toujours pas à ceux qui ont participé à l’Holocauste, mais je ne peux pas tenir les nouvelles générations responsables de ce qu’ont fait leurs aînés.

Quel regard portez-vous sur notre société actuelle?

J’ai du mal à comprendre les gens du XXIe siècle. Comme le fait qu’ils changent souvent d’emploi. À mon époque, on restait toute une vie dans la même compagnie. J'ai eu la chance d'être accueilli à Montréal. Je ne voulais pas rester en Europe, à cause du communisme. Le Canada m'a ouvert les portes et m'a donné une vie après l’horreur des camps. J’ai trouvé un travail, je me suis marié et j’ai eu deux enfants.

Que pensez-vous du nouveau président des États-Unis?

Trump est fou. Ce n’est pas un politicien. C’est un businessman. Je pense qu’il va causer beaucoup de problèmes, mais les Américains l’ont élu.

Trump est tellement riche qu’il veut prouver qu’il peut faire tout ce qu’il veut. Que ce soit lui ou Obama, il n’y a pas de pensée politique ni de société parfaite. Une fois, un groupe de jeunes m’a demandé si Trump était meilleur que Hitler. J’ai répondu: «Non, mais lui, il n’a tué personne.» Je n’aime pas les politiciens, je ne leur fais pas confiance. Selon moi, le principal objectif d’un homme politique est de se faire réélire. Avec Trump, on verra comment ça se passe. Je lui laisse sa chance.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir?

Les guerres sont toujours là. En Irak et en Syrie, par exemple. Le monde est perpétuellement menacé. J’ai peur du terrorisme en Israël, car plusieurs de mes amis sont là-bas. Au Canada, je me sens en sécurité. Aujourd’hui, je suis attristé, car je pensais que la Seconde Guerre mondiale, qui a tué plus de 60 millions de personnes, dont plus de civils que de soldats, réveillerait le monde et lui apprendrait à vivre en paix, mais ça n’a pas marché!

Toutefois, j’ai bon espoir, puisque la société actuelle prête davantage attention aux minorités. On a l’exemple du mariage homosexuel.

Pourquoi se souvenir du passé est-il indispensable pour construire un monde meilleur?

Il faut se souvenir du passé pour construire l’avenir. Se souvenir que combattre pour la liberté est un devoir. Priver un peuple de son histoire, c’est le rendre amnésique. C’est une bonne chose que les monuments historiques de la Seconde Guerre mondiale soient devenus des monuments touristiques. Même si la plupart des camps de Pologne ont été détruits, je vais chaque année, depuis 15 ans, les visiter avec une centaine de jeunes d'Israël de 17 ans, pour leur expliquer l'histoire. Je suis retourné 13 fois à Auschwitz. Me rendre dans tous ces lieux symboliques, c’est une part de ma vie.