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Blessé, il marche pour ses frères morts sous ses yeux

Un homme qui était présent à la mosquée lors de l’attaque a participé à la grande marche de dimanche

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Un pied dans le plâtre, mais surtout le cœur toujours meurtri par l’image de ses frères tombant sous les balles, un résident de Québec qui était présent lors de la tuerie de la mosquée de Sainte-Foy a tenu à marcher en hommage aux victimes malgré la douleur, hier.

Ahmed Cheddadi avançait parfois péniblement à travers la foule de 500 personnes, mais il n’aurait manqué la grande marche d’hier pour rien au monde. Il devait le faire pour honorer les victimes, mais aussi pour ceux qui l’accompagnent au quotidien depuis la fusillade de dimanche. «Il fallait être ici. Surtout pour mes enfants, pour leur avenir, pour leur montrer l’espoir», soupire l’homme en retenant un sanglot.

« J’ai vu »

Il n’a pas été atteint par les balles du tireur dimanche soir dernier, mais ce qu’il a vu prendra plus de temps à guérir que son pied fracturé dans le mouvement de panique. «Ça fait tellement mal. J’ai vu les morts. J’ai vu comment il tirait sur eux», se rappelle avec douleur le chauffeur du RTC.

Accompagné de sa femme et ses enfants, Ahmed Cheddadi dit être un homme nouveau depuis les événements. Comme pour plusieurs, il y aura un avant et un après-atten­tat.

«Pour moi, c’est une autre vie. Quand je suis retourné à la maison, que j’ai vu mes enfants, c’était comme si c’était la première fois», raconte l’homme en larmes, qui tenait à être debout hier pour marcher avec les siens.

Main tendue

Plus de 500 personnes ont marché comme M. Cheddadi hier, de l’Université Laval jusqu’à l’Assemblée nationale, pour honorer la mémoire des victimes et saluer les blessés toujours hospitalisés. L’occasion était belle aussi pour que Québécois et musulmans passent du temps ensemble, à discuter.

Organisée par des membres du Centre culturel islamique de Québec, la marche se voulait aussi un remerciement pour la vigile organisée par des résidents de Québec lundi dernier. «Nous voulions retourner la balle aux Québécois qui ont organisé la vigile. Leur dire merci pour ce qu’ils ont fait et répondre à cette main tendue», explique Reda Kada.

Après un parcours de près de 6 km, les dirigeants du CCIQ ont pris la parole pour réitérer leur désir de rapprochement et d’unité entre les communautés. Ils ont aussi précisé avoir invité la famille du présumé tireur à se joindre à la marche pour «qu’ensemble on puisse se comprendre un peu mieux». Aucun proche d’Alexandre Bissonnette ne s’est toutefois manifesté.

Du réconfort après la tourmente et un appel à la tolérance

«Merci beaucoup à vous tous. Vous êtes nos frères, nos sœurs, nos familles. Vous avez montré que nous sommes tous Québécois, peu importe la confession, la couleur, l’origine »

– Mohamed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec, à l’endroit des Québécois présents à la marche hier

«Aujourd’hui, vous avez marché côte à côte et vous avez échangé. Il faudra maintenant travailler chaque jour pour entretenir cette tolérance, cette amitié et ce respect entre nous. »

– Smail Kalla, organisateur de la marche

«Cette réponse à la haine et à la violence est réconfortante. C’est pour moi promesse d’un avenir meilleur. J’ai espoir que les gens viennent vers la communauté et tentent de nous comprendre, mais aussi que les musulmans s’intègrent mieux. »

– Mohamed Labadi, vice-président du Centre culturel islamique