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Rude bataille en vue au Québec

Le marché de la distribution légale de la marijuana fait saliver plusieurs joueurs

Les plants de cannabis d’un producteur reconnu par Santé Canada, dans la région de Niagara Falls, en Ontario (photo à des fins illustratives seulement).
Photo d'archives, AFP Les plants de cannabis d’un producteur reconnu par Santé Canada, dans la région de Niagara Falls, en Ontario (photo à des fins illustratives seulement).

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Le marché de la distribution légale de la marijuana récréative fait l’objet d’une rude bataille en coulisses au Québec. Plusieurs joueurs souhaitent mettre la main sur cette affaire estimée à au moins 1,3 milliard $ en sol québécois, a appris Le Journal.

Plusieurs producteurs de marijuana thérapeutique, déjà autorisés à fournir aux patients canadiens du cannabis à des fins médicales, ont la ferme intention d’ouvrir des boutiques spécialisées au Québec.

«On est les mieux placés pour s’occuper de la production et de la distribution au pays. Nos magasins seraient uniquement consacrés aux produits du cannabis. Il n’y aurait pas d’alcool. Et nos prix seraient compétitifs variant de 4 $ à 15 $ le gramme», plaide la porte-parole de l’Association cannabis Canada, Colette Rivet.

L’Association cannabis Canada, qui dit parler au nom de 16 producteurs autorisés par Santé Canada, aimerait également vendre son herbe sur le web en offrant la livraison par la poste.

Des employés de la SAQ actifs

Les choses bougent aussi à la Société des alcools du Québec (SAQ).

Officiellement, la direction de la société d’État soutient ne pas s’occuper de ce dossier qui relève plutôt du gouvernement, dit sa porte-parole Anne-Sophie Hamel.

Or, le Syndicat des employés de magasin de la SAQ a embauché discrètement la firme Octane stratégies pour mener une campagne de relations publiques au Québec.

Le but: rallier la population à l’idée que la SAQ pourrait s’occuper de la vente du cannabis récréatif au Québec.

Marché noir

«Ce qui serait une grave erreur», croit l’économiste Jasmin Guénette de l’Institut économique de Montréal.

Selon ce dernier, la présence d’un monopole d’État dans la vente de marijuana briserait l’esprit entrepreneurial de cette industrie.

«Plus on va taxer, plus les prix seront élevés et plus les consommateurs se tourneront vers le marché noir», prévient-il.

Plusieurs grandes bannières de pharmacies comme Pharmaprix et Jean Coutu ont par ailleurs indiqué vouloir distribuer dans leurs établissements la marijuana à des fins médicales.

Un projet de loi attendu en avril

Si tout va comme prévu, le gouvernement Trudeau s’attend à déposer dès ce printemps (20 avril) son projet de loi qui légalisera la distribution et la possession de marijuana à des fins récréatives au pays.

Au cours des derniers mois, Ottawa a réitéré son intention de présenter une mesure législative au printemps 2017. La nouvelle loi pourrait entrer en vigueur en janvier 2018.

Dans leur plateforme électorale, les libéraux indiquent vouloir retirer la consommation et la possession de marijuana du Code criminel et élaborer de nouvelles lois «plus strictes» qui puniront la vente de drogue à des mineurs et la conduite sous l’influence de cette substance.

Importants revenus

Selon un rapport publié par le directeur parlementaire du budget (DPB) à Ottawa, les revenus de la taxation de la marijuana pourraient rapporter entre 418 et 618 millions $ au pays la première année.

Environ 60 % des revenus iraient aux provinces, alors que 40 % reviendraient au fédéral.

Les projections contenues dans le rapport du DPB ont été réalisées en fonction d'une estimation du prix de la marijuana à 9 $ le gramme.

Le DPB soutient que des prix et des taxes trop élevés pousseraient directement 4,5 millions de consommateurs canadiens de cannabis vers le marché noir