/opinion/columnists
Navigation

Une semaine plus tard

Une immense chasse aux sorcières pour faire porter le poids du racisme et de l’intolérance sur tous ceux qui expriment des points de vue différents

Coup d'oeil sur cet article

Je regardais l’église Fatima tenir le coup contre les démolisseurs cette semaine. Solide devant la pression continue. On avait l’impression qu’ils n’en viendraient jamais à bout. N’étant pas religieux, c’est le bâtiment lui-même qui me fascinait par sa volonté à rester debout. Notre jeune société pourrait en tirer quelques leçons...

Il y avait quelque chose de profondément triste à nous voir réagir cette semaine à la suite de la tuerie de la mosquée de Québec. Le sang n’était pas séché sur les lieux de la tragédie que déjà, on cherchait des coupables. Les radios, la charte, une chanson de Megadeth, Facebook, les jeux vidéo, El Nino... Un délire dans lequel même de grands médias se sont vautrés, devenant eux-mêmes d’une intolérance malaisante.

CHASSE AUX SORCIÈRES

Ainsi donc, un geste désaxé suffit pour que des élus et des médias demandent à éteindre les débats et les voix discordantes? Les mêmes qui scandaient haut et fort «Je suis Charlie» et qui auraient exigé la fin du Charlie Hebdo s’ils avaient eu le courage de l’ouvrir?

Une immense chasse aux sorcières pour faire porter le poids du racisme et de l’intolérance à tous ceux qui expriment des points de vue différents. Ce n’est plus du raccourci intellectuel, c’est de la téléportation! On était dans une mosquée où des gens sont morts et abracadabra, nous sommes dans les studios de l’animateur de radio qui nous énerve, question de lui crier qu’il a du sang sur les mains.

Et si ce n’était pas la faute des radios, de la charte ou de tout ce qui fait partie de la vie de milliers et de milliers de Québécois qui ne pètent pas les plombs? Et si on avait attendu une semaine ou deux avant de reprendre nos égoïstes débats politiques et idéologiques? Et si on s’était laissé juste un peu de temps pour pleurer nos morts?

Pourquoi est-ce plus facile d’être solidaire quand la tragédie frappe de l’autre côté de l’océan? Est-ce la peur qui nous insécurise à ce point lorsque ça frappe chez nous?

L’ESPOIR ENTRE DEUX PAINS

C’est désolant de voir qu’un seul geste violent d’un seul individu réussit à nous effriter en tant que peuple libre. L’acte, inacceptable et gratuit, fait très mal, évidemment. Mais il n’aurait jamais dû nous diviser. Nous aurions dû montrer le plus grand et le plus beau de ce dont l’être humain est capable. Nous n’avons pas pu, ou si peu.

C’est la théorie du sandwich: d’un côté, les égouts des médias sociaux, suintant le racisme et l’intolérance. De l’autre, les médias de masse en quête de vendettas et leurs agendas politiques. Pris entre les deux, il y a des gens. Qui pleurent sans faire de bruit. Qui se questionnent sans accuser. Qui tolèrent, qui discutent, qui aiment. Des gens de débats et d’idées. Ils sont plus nombreux qu’on pense, j’en demeure convaincu. C’est entre les deux pains que ça se passe.

Ç’a été long, mais l’église Fatima est tombée. Nous, restons debout. Face à la peur. Face au chagrin. Et face à ceux qui veulent démolir notre société à grands coups de fusils.