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Gerry Sklavounos: «J'ai peut-être essayé d'être "friendly", charmeur en faisant un compliment honnête et poli»

Le PQ et Québec solidaire s’opposent à son retour

Gerry Sklavounos: «J'ai peut-être essayé d'être "friendly", charmeur en faisant un compliment honnête et poli»
Martin Chevalier / JdeM

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Le député de Laurier-Dorion Gerry Sklavounos a fait une déclaration jeudi en compagnie de sa femme, comme exigé par le premier ministre pour réintégrer le caucus libéral après avoir été blanchi des allégations d’agressions sexuelles qui pesaient sur lui.

D'emblée, il a rappelé qu'il avait été blanchi de toute accusation dans le dossier concernant Alice Paquet, qui l'avait accusé d'agression sexuelle, et du coup, il a remercié les policiers de la Ville de Québec.

Par ailleurs, il s'est excusé pour des tentatives de «socialisation» qui auraient pu être mal interprétées. «J'ai peut-être essayé d'être "friendly", charmeur en faisant un compliment honnête et poli. Mais je réalise maintenant que ce n'était pas approprié dans un milieu de travail», juge-t-il. Le député traîne à l'Assemblée nationale une réputation de charmeur impénitent. Il refuse toutefois de préciser de quels gestes il désire s'excuser.

«Si jamais dans mes tentatives de socialiser, j’aurais pu dire de quoi qui aurait pu offusquer ou rendre inconfortable une personne, je le regrette sincèrement», s'est contenté de répondre le député de Laurier-Dorion.

«Je m’engage à faire preuve de beaucoup plus de prudence à l’avenir», a-t-il dit.

«Mes valeurs n’ont pas changé, je suis un Libéral dans l’âme. Et, ici, je dois remercier mes collègues du caucus libéral pour leur appui et leur amitié», a-t-il dit dans son allocution.

Gerry Sklavounos: «J'ai peut-être essayé d'être "friendly", charmeur en faisant un compliment honnête et poli»
Martin Chevalier / JdeM

Il s'est engagé à travailler à l'Assemblée nationale dans le respect des principes d'égalité entre les hommes et les femmes. Il a aussi affirmé que son absence de l'Assemblée nationale ces dernières semaines lui avait été riche en «enseignement et en introspection sincère.»

«Cette introspection m'a non seulement permis de voir le chemin parcouru, mais m’a aussi permis de réfléchir au trajet qu’il me reste à parcourir dans ma carrière.»

«J'ai pu faire des blagues, je suis passionné, donc spontané.»

«J'ai entamé ma démarche personnelle depuis le 20 octobre. Ç'a été un véritable enfer pour ma famille et moi», a-t-il affirmé. «Je compte devenir un exemple à l'Assemblée nationale.»

«On considère que [sa réintégration au caucus libéral] doit s’accompagner d’une déclaration très forte», a exigé le premier ministre Philippe Couillard vendredi à l’endroit de son député rejeté en octobre, Gerry Sklavounos.

Ce dernier est sorti ainsi de son long mutisme en matinée pour cette raison. La déclaration publique du couple est la première à survenir depuis l’exclusion du député de Laurier-Dorion du caucus libéral.

Il a demandé d'être réintégré au sein du caucus du Parti libéral.

Gerry Sklavounos: «J'ai peut-être essayé d'être "friendly", charmeur en faisant un compliment honnête et poli»
Martin Chevalier / JdeM

 

La déclaration officielle:

Mesdames et Messieurs, Ladies and gentlemen,

Bonjour à vous toutes et tous et merci de votre présence.

Je suis ici aujourd’hui pour vous faire part de mes intentions quant à mon avenir politique. Je tiens à souligner la présence, à mes côtés, de ma femme Janneke qui m’a apporté un soutien indéfectible au courant des derniers mois, ce dont je lui serai éternellement reconnaissant.

Comme vous le savez, suite aux allégations rendues publiques au mois d’octobre dernier, j’ai dû m’absenter du travail pour des raisons de santé et afin de me concentrer sur ma famille.

Comme vous pouvez facilement l’imaginer, cette période de grand stress a été très difficile pour ma femme, mes enfants, ma famille et évidemment pour moi.

La couverture médiatique intense et soutenue dont nous avons fait l’objet, les regards suspicieux qui se posaient sur moi de même que des propos très blessants et non fondés tant dans les médias traditionnels que sur les médias sociaux ont eu un effet considérable sur ma femme, ma famille et moi-même.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’au terme d’une enquête du Service de police de la Ville de Québec, échelonnée sur plusieurs semaines, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a conclu qu’aucun acte criminel n’a été commis de ma part et que, par conséquent, j’étais blanchi des accusations portées à mon égard sur la place publique au courant du mois d’octobre.

Vous comprendrez que je ne formulerai pas de commentaire sur cette affaire si ce n’est que de remercier les enquêteurs du Service de Police de la Ville de Québec et les procureurs de la Direction des poursuites criminelles et pénales, pour leur travail professionnel, rigoureux et impartial et de réitérer ma confiance dans nos institutions et dans la règle de droit.

Bien que ce soit évidemment avec soulagement que ma famille et moi avons accueilli cette nouvelle qui confirmait mon innocence, il ne faut pas croire pour autant que cet épisode de vie ne nous aura pas marqués.

Ce retrait temporaire de la vie politique a été pour moi l’occasion de prendre du recul, de discuter avec mes proches et d’autres personnes de confiance et, surtout, de faire une profonde et sincère introspection.

This time allowed me to revisit my life and brought back memories of the hurdles I had to overcome as a youth in Park-Extension, the son of a single mother, growing up in a diverse and under-privileged neighbourhood but with the love of a mom, a big sister, and later on a stepdad, who would all help to shape the man I am today.

It also permitted me to delve back into the reasons which had brought me to the study of law in the 90’s and to take the political plunge 10 years ago. I thought back to the disadvantaged and the downtrodden, especially to the women and children to whom I wanted to give a voice.

C’est ainsi que j’ai pu aussi réfléchir aux discussions et aux interactions quotidiennes que j’ai pu avoir avec les personnes gravitant autour de l’Assemblée nationale, et ce sans distinction de leur genre, de leur âge, de leur appartenance politique, de leur titre ou de leurs fonctions.

Cette introspection m’a non seulement permis de voir le chemin parcouru mais m’a aussi permis de réfléchir au trajet qu’il me reste à parcourir dans ma carrière.

Ceux qui me connaissent bien savent à quel point je suis un individu extraverti, volubile et passionné. Ils savent aussi très bien que dans mes rapports, j’ai toujours tenté d’être le plus respectueux possible des gens que je côtoie, tant professionnellement que personnellement.

Cependant, si, dans des tentatives de socialiser, de créer des liens d’amitié ou d’alléger l’atmosphère de manière parfois maladroite, j’ai pu offusquer ou rendre inconfortable d’autres personnes, je tiens à souligner que cela m’apparaît maintenant inacceptable et inapproprié et je m’engage à faire preuve de beaucoup plus de prudence à l’avenir.

À celles et ceux que j’ai pu offenser malgré moi, sachez que ce ne fut jamais mon intention et que je le regrette sincèrement.

L’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondamentale de notre société québécoise, enchâssée dans notre Charte québécoise des droits et libertés de la personne et, elle est pour moi, non-négociable.

Les femmes, et les hommes, ont le droit de vivre, d’apprendre et de travailler dans un environnement sain, sécuritaire, respectueux et harmonieux.

Conséquemment, en tant que député de Laurier-Dorion :

Je m'engage à œuvrer, au quotidien, à l'application concrète de ce principe, tant dans les murs de notre parlement que dans tous les milieux de vie de la société québécoise.

Je m’engage à soutenir les initiatives porteuses des groupes qui œuvrent à la promotion de ces principes et à m’entourer de toutes les personnes qui m’aideront en ce sens.

Je m'engage, par mes actes, mes gestes, mes paroles et mes écrits, à donner un caractère exemplaire à mon action politique future comme défenseur de nos lois et de nos valeurs. Pour mes garçons, Thys et Jack, mes nièces, Sofia et Georgia, ainsi que pour toutes les Québécoises et tous les Québécois, je prends l’engagement solennel de travailler avec toutes celles et tous ceux qui souhaitent faire du Québec une société plus juste et plus égalitaire.

I must say that I am anxious to get back to work, as soon as possible, so that I may serve, as I always have, the citizens of Laurier-Dorion who have mandated me with their trust on four consecutive occasions over the last ten years and who have demonstrated their support for me over the last weeks and months.

Je vous annonce donc mon intention de retourner siéger à l’Assemblée nationale, dès la semaine prochaine. Je souhaite que mon travail puisse se réaliser sereinement et en collaboration avec tous mes collègues de l’Assemblée nationale. Je tiens toutefois à préciser : mes valeurs n’ont jamais changé; je suis un Libéral dans l’âme. Et, ici, je dois remercier mes collègues du caucus libéral pour leur appui et leur amitié.

En terminant, je tiens à réitérer tout l’amour que j’ai pour mon épouse, Janneke, mes enfants Thys et Jack ainsi que mes parents et amis.

And I will never forget the unwavering friendship that binds me to my faithful electors, the Laurier-Dorion Liberal Association and my loyal riding staff.

Je leur serai toujours reconnaissant pour leur appui constant durant cette période éprouvante mais combien grandissante.

Je vous remercie. 

Gerry Sklavounos: «J'ai peut-être essayé d'être "friendly", charmeur en faisant un compliment honnête et poli»
Martin Chevalier / JdeM

 

Allégations

Le 19 octobre, Alice Paquet, une étudiante de 21 ans, avait publiquement déclaré dans une manifestation s’être fait violer par un élu. Elle visait en fait le député Gerry Sklavounos, a-t-on appris le lendemain.

Dans une entrevue au Journal, elle a dit s’être fait agresser par lui à deux reprises lorsqu’elle avait 19 ans et travaillait à l’Auberge Louis-Hébert, près de l’Assemblée nationale. Elle a par la suite modifié certains détails de sa version des faits diffusée dans les médias.

Après examen du dossier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a finalement décidé jeudi dernier de ne pas déposer d’accusations contre Sklavounos, concluant «qu’aucun acte criminel n’a été commis».

En plus des allégations d’Alice Paquet, d’autres militants et employés de l’Assemblée nationale ont confié au journal Le Devoir que Sklavounos avait un comportement «insistant» et «cruiseur».

Le Parti québécois avait d’ailleurs formulé en 2013 une plainte remise au whip du Parti libéral selon laquelle le député aurait eu un comportement inapproprié à l’endroit d’une employée du parti d’opposition.

Un retour

Gerry Sklavounos a déjà exprimé son intention de revenir rapidement sur les bancs de l’Assemblée nationale, qu’il a quittée pour un congé de maladie après être devenu député indépendant en octobre.

Pour un retour dans l’équipe du Parti libéral, toutefois, le premier ministre a posé ses conditions.

La déclaration publique du député devra convaincre le chef libéral de «sa façon de se gouverner» lorsqu’il côtoie des femmes, a précisé Philippe Couillard.

Le Parti québécois et Québec solidaire s’opposent toujours au retour du député montréalais.

– Avec le Bureau parlementaire