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Il attend depuis deux ans qu’on étudie sa plainte pour racisme

Un citoyen dénonce les délais à la Commission des droits de la personne

Il attend depuis deux ans qu’on étudie sa plainte pour racisme
Photo courtoisie

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Au moment où Québec dit vouloir s’attaquer à l’intolérance, un citoyen de Brossard déplore que sa plainte pour propos racistes n’ait pas fait l’objet d’une enquête de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse plus de deux ans après son dépôt.

En janvier 2015, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo qui ont fait 12 morts à Paris, Ali Daher a décidé de dénoncer les actes d’un voisin qu’il jugeait déplacés.

«J’ai porté plainte contre mon voisin qui m’insultait et m’intimidait parce que j’étais musulman. Je ne cherche pas à m’enrichir, je veux simplement établir mon droit fondamental de vivre sans qu’on me dise sans cesse de retourner dans mon pays», dit l’ingénieur, qui est au Québec depuis 2003.

Quelque 25 mois plus tard, M. Daher ne sait plus quoi faire pour faire entendre sa plainte, qui a pourtant été transférée au service des enquêtes.

« Inadmissible »

On lui a dit dès le départ qu’il y aurait des délais, convient-il. Mais lorsqu’il a contacté la Commission pour un suivi, il s’est fait répondre «votre dossier est en attente d’assignation» ou encore «votre plainte va être analysée par l’enquêteur qui sera assigné à votre dossier sous peu».

«Deux ans d’attente pour une simple plainte, c’est décourageant. On a beau dire qu’on est un pays qui respecte la diversité, il faudrait commencer par mieux soutenir les victimes de racisme», s’indigne l’homme qui est devenu citoyen canadien en 2008.

« Pendant ce temps, j’ai continué à supporter les injures au quotidien. J’ai eu peur que mon agresseur s’en prenne à ma mère qui portait le voile», relate-t-il.

Malgré plusieurs appels du Journal, il a été impossible d’obtenir des explications sur ces délais auprès de la Commission.

Toutefois, on sait que l’organisme a subi des compressions budgétaires de près de 400 000 $ ces deux dernières années. Il a aussi vu le nombre de ses enquêteurs chuter de 23 à 18 l’an dernier.

«C’est une situation déplorable. Il faut que le gouvernement passe de la parole aux actes en octroyant les ressources nécessaires à la Commission afin que les plaintes puissent être traitées. Le risque avec les délais qui s’allongent est de décourager les gens à porter plainte», signale Véronique Hivon, porte-parole en matière de justice au Parti québécois.

Le cabinet de la ministre de la Justice conteste la croissance des délais de traitement précisant que «64 % des dossiers ont été fermés en moins de 458 jours pour 2015-216.»


La Commission des droits de la personne et de la jeunesse a reçu 1 560 plaintes en 2015-2016, pour lesquelles 787 dossiers d’enquête ont été ouverts. Le délai moyen de traitement des plaintes était de 449 jours.