/news/transports
Navigation

Métamorphosée par son «tramway sur roues»

Après des années de travaux, Metz, en France, est aujourd’hui fière de son nouveau réseau de bus rapides

Coup d'oeil sur cet article

METZ | La Ville de Metz, en France, a subi une transformation extrême pour accueillir son «tramway sur roues», le même que convoitent les maires Labeaume et Lehouillier. Après un chantier infernal et des années de sacrifice, le nouveau réseau fait la fierté de la municipalité et suscite la curiosité partout dans le monde.

De l’autre côté de l’Atlantique, les mêmes questions qu’à Québec se sont posées avant de plonger pour un Service rapide par bus (SRB) qu’on surnomme là-bas un BHNS (Bus à haut niveau de service). Le tramway a été écarté au profit d’une «solution innovante» deux fois moins chère. Le véhicule hybride Exquicity 24 de Van Hool, constitué de trois sections, est ce qui se rapproche le plus d’un tramway, sans les rails ni les fils, à une fraction du prix, ce qui a séduit le maire Dominique Gros.

«Nous, on voulait quelque chose qui ressemble à un tramway, mais qui n’était pas un tramway.» Le tracé n’a pas fait l’objet d’une controverse aussi vive qu’à Québec puisque le “trambus” dessert les secteurs les plus achalandés. «Il faut de la densité urbaine autour», plaide-t-il.

Un chantier de trois ans

Le chantier de trois ans, pour détourner les réseaux publics souterrains sous la plateforme réservée aux Mettis (c’est le nom des bus), a mis à rude épreuve la patience des Messins. En revanche, les doutes se sont vite estompés pour ceux qui montent régulièrement à bord de ces longs autobus aux couleurs éclatantes – vert, bleu, jaune, prune – qui enjolivent l’espace public de cette ville réputée grise et terne.

«La vraie difficulté, c’était la construction, parce que ça perturbe tellement une ville... Il fallait doubler un pont historique, élargir des quais avec des ouvrages d’art complexes, respecter des égouts qui avaient de l’intérêt sur le plan archéologique, des trucs incroyables de ce genre-là!» raconte le maire.

«Mais c’est miraculeux sur le plan de l’urbanisme. On métamorphose la ville autour du Mettis, c’est une résurrection, ça change tout. Pourquoi? Parce qu’on refait tout à neuf. En réalité, la moitié du coût d’un tel projet, ce sont des aménagements urbains», enchaîne-t-il.

De plus en plus populaire

L’arrivée des Mettis a donné un nouveau souffle au réseau de transport, Le Met, qui stagnait. Aujourd’hui, plus de 32 000 personnes utilisent Mettis chaque jour. «La progression est constante, on a 10 % de plus en 2016 et on avait fait +24 % en 2015 par rapport à 2014. On a encore un réseau qui monte en puissance», se réjouit le maire.

«C’est la rapidité de la ligne, on est prioritaires partout. Il n’y a pas d’attente», fait valoir un chauffeur qui n’a pas voulu être identifié dans le cadre de ce reportage. «Moi, je pense que les gens ont critiqué au début, puis maintenant, ils sont satisfaits. C’est une question d’habitude», résume-t-il. Les opposants du maire, à l’hôtel de ville, avaient vigoureusement dénoncé les dépassements du coût du projet de 230 millions d’euros, évalué à l’origine à 148 millions.

«Il faut beaucoup de courage politique»

Le maire de Metz n’a aucun regret

Le maire de Metz a remporté son pari. Élu une première fois en 2008 en promettant aux citoyens des bus à haute fréquence, il s’est fait réélire six mois après leur mise en service, malgré la «violence urbaine» du chantier.

Dominique Gros. Maire de Metz
Photo courtoisie
Dominique Gros. Maire de Metz

Premier maire issu de la gauche, dans une ville traditionnellement à droite au nord-est de la France, sa réélec­tion – «par la peau des fesses» – relève de l’exploit. «À Nantes, il y a un maire qui a sauté à cause de ça. À Strasbourg aussi parce que vous foutez un bordel inimaginable quand vous faites une opération pareille», a confié Dominique Gros en entrevue avec Le Journal.

Anticipant les critiques qui allaient pleuvoir durant les travaux, il a mis en branle le chantier dès que possible. Il aurait été impensable, selon lui, de solliciter à nouveau la confiance des électeurs sur la base d’un projet inachevé.

«Il fallait faire vite»

«Il fallait faire vite parce que c’est un projet qui suppose de réformer complètement la voirie. On a démar­ré très rapidement et ça s’est fait sur un seul mandat», raconte-t-il fièrement.

«Il y avait à gérer des espaces de parking qui disparaissaient, des terrasses de cafés qui disparaissaient, il y a de la violence urbaine au sens que ça se fait avec une forte volonté politique, si on veut le faire passer en hypercentre. Notre idée, c’était de relier les quartiers les plus populaires et les plus denses de Metz en desservant les universités et les principaux lycées, puis le centre-ville.»

La voiture régnait

À l’instar de Québec, la voiture régnait sans partage à Metz dans le discours public. «Quand je suis arrivé à la mairie, en 2008, il n’y avait que moi qui avais un projet de transport en commun. Il y avait ici un tropisme auto, un discours géné­ral voulant que tout le monde doive être en voiture», confie le maire qui s’est battu pour que les 27 autobus à près d’un million d’euros/pièce (1,4 M$ CAN) aient leurs voies réservées sur la quasi-totalité du tracé.

Aujourd’hui, la culture du transport collectif «se propage», selon lui. «Des gens comme moi, en cravate, ça ne prend pas le bus... Eh bien, maintenant, il y en a!» se félicite-t-il.

SERVICE RAPIDE PAR BUS

METZ

  • Population de l’agglomération de Metz : 230 000 habitants
  • Deux lignes de BHNS (bus à haut niveau de service)
  • Inaugurées en octobre 2013
  • Total de 17,8 km en site propre (voies réservées sur la quasi-totalité du tracé)
  • 37 stations
  • 27 autobus biarticulés de la compagnie Van Hool
  • Vitesse moyenne : 19 km/h (en incluant les temps d’arrêt)
  • La fréquence varie entre 2 minutes et 10 minutes
  • Coût : 230 millions d’euros (environ 324 M$ CAN)

QUÉBEC

  • Population de Québec et Lévis : 685 000 habitants
  • Deux lignes sont prévues (D’Estimauville à Monseigneur-Bourget et du Grand Théâtre à la 41e Rue)
  • Mise en service partielle prévue en 2022, complète en 2025
  • Total de 43 km (majoritairement en site propre)
  • 61 stations incluant 10 pôles d’échange avec services
  • Environ une centaine d’autobus biarticulés
  • Vitesse moyenne anticipée: 23 km/h (en incluant les arrêts)
  • Fréquence désirée aux heures de pointe: 3 minutes
  • Coût anticipé : 1,1 G$ CAN

COMMENT ÇA MARCHE ?

  • Autobus bi-articulé de 24 mètres
  • Plancher bas intégral qui facilite les déplacements en fauteuil roulant
  • Capacité : 150 passagers
  • Motorisation hybride (diesel et électrique)
  • Environ 20 % d’économie de carburant
  • L’autobus s’arrête à tous les arrêts, systématiquement, comme un métro
  • Le chauffeur, isolé dans sa cabine, n’a aucun contact avec les passagers
  • Les titres de transport (cartes magnétisées) sont achetés à l’avance et doivent être validés à l’intérieur du bus
  • Les clients entrent et sortent par l’une des quatre portes doubles
  • Des contrôleurs font des vérifications aléatoires pour limiter la fraude