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Décorée par François Hollande

Louise Beaudoin a reçu la Légion d’honneur pour avoir construit des ponts entre la France et le Québec

grande entrevue avec Louise Beaudoin
Photo Ben Pelosse L’ex-ministre péquiste Louise Beaudoin a demandé à recevoir la Légion d’honneur des mains du président français François Hollande rapidement, avant l’élection du prochain président, qui pourrait bien être Marine Le Pen.

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La dernière chose que Louise Beaudoin voulait était de recevoir une récompense des mains de Marine Le Pen.

L’ex-ministre péquiste a choisi d’être décorée de la prestigieuse Légion d’honneur française rapidement, la semaine dernière, plutôt que d’attendre l’élection du prochain président.

grande entrevue avec Louise Beaudoin
Photo Courtoisie

À 71 ans, vous êtes devenue le 6 février dernier la première politicienne québécoise à recevoir le titre de «grand officier» de la Légion d’honneur française pour avoir contribué à créer des liens forts entre le Québec et la France.

Oui, c’est un titre qu’ont reçu Robert Bourassa et René Lévesque. C’est une récompense de niveau «premier ministre», en quelque sorte. C’est un ami député socialiste à Paris qui a [soumis ma candidature] à la présidence de la République. Moi je n’ai rien demandé! [rires]. Quand j’ai su, j’ai demandé à ce que ce soit le président actuel de la France, François Hollande qui me décerne l’honneur. On ne sait pas ce qui va arriver avec l’élection présidentielle [ce printemps]. Je trouvais qu’il y avait un risque. Si j’avais été prise à devoir être décorée par Marine Le Pen [du Front national], ça m’aurait mise plus que mal à l’aise.

Vous avez reçu cet honneur pour avoir contribué à créer des liens forts entre le Québec et la France, en tant que déléguée du Québec puis ministre des Relations internationales, notamment. C’est un peu grâce à vous s’il y a autant de Français qui habitent le Plateau-Mont-Royal et d’artistes québécois qui sont connus en France?

J’ai contribué à mettre la table [...] C’est ce que j’ai fait de mieux dans ma vie professionnelle et personnelle, construire la relation France-Québec. Quand on regarde l’Office franco-québécois­­ pour la jeunesse (OFQJ) par exemple, qui permet à des étudiants ou de jeunes travailleurs de faire des échanges de plusieurs semaines et de plusieurs mois : ça marche! [...] Il n’y a pas un jour sans qu’un artiste québécois performe quelque part en France. Je pense que ça a changé la vie de bien des Québécois.

Où en est la relation entre le Québec­­ et la France à votre avis?

Clairement, les Québécois sont extrêmement populaires en France. L’inverse est moins vrai. Avec la mondialisation, la France est devenue un pays comme les autres. Les jeunes ont moins cette relation privilégiée. Mais il faut que ça dure [...] On a une langue à défendre. L’avenir de la langue française m’importe énormément au Québec, mais aussi à l’international.

Certains trouvent que la France est un peu morose ces temps-ci. Outre les attentats terroristes, comment expliquez-vous cela?

Il s’y passe ce qui se passe dans bien des pays [...] Le pire résultat, c’est aux États-Unis [avec l’élection de Donald Trump et son slogan Make America Great Again]. Est-ce que le déclin de l’empire américain est amorcé? On peut se poser la question. La France a une grandeur passée qui la rend nostalgique [...] Avec le Brexit aussi, c’est un peu comme si les Anglais disaient : on aime mieux être seuls sur notre île qu’un pays comme les autres dans l’Union européenne­­. C’est quelque chose qui distingue le Québec [de ces anciennes puissances coloniales], de ne jamais avoir eu de désir de dominer qui que ce soit. Si on pouvait juste être nous-mêmes, ce serait déjà beaucoup [rires].

Que pensez-vous du nouveau chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée?

Je n’ai pas aimé sa dernière campagne à la direction du parti. Je trouve qu’il attisait le côté un peu sombre des gens. Quand il a dit qu’Alexandre Cloutier avait reçu l’appui de l’imam Adil Charkaoui­­, je suis tombée en bas de ma chaise. Mais ce que j’aime, c’est Jean-François Lisée, le chef que je vois maintenant. Celui qui est modéré et que je connais depuis plus de 20 ans.

Craignez-vous d’être qualifiée de «belle-mère», terme qu’on accole parfois aux anciens du PQ qui se prononcent sur la place publique?

Non, parce que je suis vraiment en dehors­­. Même si je reste une fervente indépendantiste, je n’ai plus ma carte du PQ, ce qui implique que je n’ai pas voté aux deux dernières courses à la direction­­. Je peux m’exprimer librement, sans ligne de parti.