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Le malaise des meutes

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Coup de théâtre dans le monde politique de la région cette semaine. L’ancien député fédéral de Jonquière–Alma, Claude Patry, est sorti de sa tanière pour confirmer qu’il était chef de La Meute pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Vous ne connaissez pas La Meute? En gros, ce sont des gens qui ont peur de l’islam radical. Un «groupe de discussion et d’échange d’informations» fondé par d’anciens militaires peu de temps après l’arrivée massive de réfugiés syriens au pays. Difficile d’en savoir plus à moins de faire partie de La Meute.

EN CACHETTE

Patry, qui dit ne plus avoir de visées politiques parce «qu’il n’y a rien à faire avec ça», se défend bien d’être raciste. Comme tous les membres de l’organisation, d’ailleurs. Ils se défendent aussi de prôner la violence sous quelque forme que ce soit et condamnent la tuerie de la Mosquée de Québec. D’accord.

À écouter le premier ministre Couillard cette semaine, on avait l’impression qu’il se vantait d’être le chef de cette autre meute. Un discours puant l’opportunisme et le mépris

Personnellement, j’ai un malaise avec les gens qui commencent leurs phrases en disant: «Je suis pas raciste, mais...» J’ai aussi un malaise avec la façon de procéder souterraine du groupe. Si vous n’avez rien à cacher, pourquoi autant de secrets?

Vous voulez changer les choses et faire passer un message? Fondez un parti, lancez-vous en politique. Y a quelque chose à faire là. C’est facile, même Rambo et Donal­d sont capables. Faites valoir vos points sur la place publique, pas dans les sous-sols ou cachés dans un recoin de Facebook.

L’AUTRE MEUTE

Mais si La Meute est une cible facile, il faut peut-être s’interroger sur ce qui a amené sa formation. Et parler de l’autre meute. La meute des gens qui voient de l’intolérance partout où il y a du questionnement et des craintes. La meute des gens qui croient avoir le monopole de la bonne pensée, de l’ouverture et de la tolérance. Une meute omniprésente dans les médias et la politique. Une meute qui veut imposer un discours unique sur l’immigration pour bien paraître. Et faire du capital politique sur le dos d’un geste insensé.

À écouter le premier ministre Couillard cette semaine, on avait l’impression qu’il se vantait d’être le chef de cette autre meute. Un discours puant l’opportunisme et le mépris. Quand il y a autant d’intolérance aux différents points de vue sur la place publique, il ne faut peut-être pas se surprendre de voir des gens commencer à jaser en cachet­te. Et ce n’est jamais bon, ni pour une démocratie ni pour une société.

Ce que je pense de La Meute? Rien de bien nouveau. C’est comme les sections commentaires sur internet et les lignes ouvertes à la radio. C’est boueux, visqueux et souvent le triste reflet d’une minorité de gens très frustrés sur le plan personnel et qui se sentent opprimés par tout. Mais cacher la réalité des gens mal à l’aise ne la fait pas disparaître. Empêcher le monde de s’exprimer ne règle aucun problème de fond.

Que La Meute hurle sa peur et sa colère si ça lui fait du bien. Ça va toujours me rassurer davantage que les gens qui se taisent. Ou qui complotent dans l’ombre.