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Tous pour un, un pour tous

Tous pour un, un pour tous
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Il faut tout un village pour élever un enfant, dit le proverbe. 

Il faut l’autorité, non pas coercitive, mais partagée, appréciée. Celle du respect né de la confiance, de la relation. De l’échange.
 
L’éducation doit nécessairement promouvoir et transmettre cette faculté d’échanger, de collaborer, et non pas limiter tous ses acteurs à un simple rôle sur une chaîne de montage. 
 
Cette image, aussi dure soit-elle, ne s’éloigne pas tant de la réalité et il est fort déplorable que, dans nos milieux, nous n’ayons pas davantage le temps d’échanger, de partager. Avec les parents, les collègues mais surtout, nos élèves.
 
Cinq minutes
 
C’est le temps dont j’ai besoin pour échanger avec le parent d’un élève exemplaire. C’est aussi le temps auquel je suis astreint avec tous les autres, peu importe les difficultés de leur enfant. Le fait est, toutefois, que si je devais ainsi rencontrer les parents de l’ensemble de mes élèves, j’en aurais pour neuf heures. Heureusement, me direz-vous, qu’ils ne viennent pas tous...
 
Heureusement, vraiment?
 
Je suis de ceux, voyez-vous, qui croient que d’excellentes solutions concernant l’apprentissage de chaque enfant résident dans l’échange constructif entre l’enseignant et les parents, surtout dans la mesure où il existe un respect mutuel du jugement parental et du jugement professionnel. Cette relation de confiance, essentielle, doit être non-seulement  exploitée, mais aussi perçue par l’enfant.  
 
Hélas, il n’est pas rare que ce lien soit écorché, et que l’autorité de l’enseignant soit remise en cause. Or, croyez moi, s’il vous est facile de trouver des reproches à faire aux profs, il en est d’autres que ces derniers pourraient trop souvent faire aux parents.
 
Il est donc primordial de rétablir une relation étroite et complice entre l’enseignant et les parents, et ce jusqu’à la fin des études secondaires, car à voir la longueur des files aux tables des profs de secondaire quatre et cinq, on constate, entre collègues, que beaucoup trop de parents tiennent pour acquises l’autonomie et la réussite de leur enfant.
 
Le coin de bureau
 
Enseigner nécessite impérativement de pouvoir s’asseoir – ailleurs que sur un coin de bureau – pour échanger : avec mes collègues de niveau à propos de nos élèves communs, avec ceux du département concernant notre pédagogie ou la progression des apprentissages, et avec l’équipe-école quant aux orientations à donner à l’établissement. 
 
Lorsque vous supposez l’inutilité des journées pédagogiques, ce sont ces nécessités, et bien d’autres, que votre ignorance vous empêche de concevoir. Il serait donc sage et apprécié d’accorder moins d’importance aux préjugés de ceux n’ayant jamais mis les pieds dans une salle d’enseignants.
 
En fait, au lieu de chercher à nous imposer à tout prix la dernière trouvaille pédagogique, il serait judicieux de laisser les enseignants discuter entre eux davantage. Les confrères partageant leur réalité sont sans aucun doute parmi les meilleurs experts avec qui échanger quant à leur pédagogie. Les solutions de terrain ne se trouvent pas au poste de commandement, et il n’existe pas, n’en déplaise aux tenants de la recherche probante, de méthodes pédagogiques garanties et usinables qui puissent être imposées uniformément, partout, aussi bien aux profs qu’aux élèves, sans effet pervers.
 
Entre deux cours
 
Avant d’être un élève doué ou en difficulté, avant même que l’on puisse songer à le classer, un élève est un jeune. Et avant même d’être un jeune, c’est un individu. Qui découvre le monde à une vitesse dont vous avez toutes les difficultés du monde à vous souvenir, adultes que vous êtes. 
 
C’est un enfant dont les troubles, invisibles, quasi imperceptibles, ne sont pas répertoriés, essentiellement parce qu’ils sont profondément humains et que, de part cette définition même, ils n’ont souvent besoin que d’une simple attention : l’écoute. 
 
Lorsque l’on vous convainc de la nécessité de mieux encadrer le travail des enseignants, de le rentabiliser, de le modéliser, vous reniez du coup ce que vous appréciez tant chez eux : la relation qu’ils tissent avec l’élève. S’il fut démontré – par des recherches ! – que cette relation est l’un des meilleurs facteurs d’influence sur la réussite, le temps qu’elle exige n’existe officiellement pas. Cet échange, incommensurable et précieux, n’est pas à notre horaire. Il n’est pas prévu parce qu’il n’est pas prévisible : il n’apparaît qu’avec l'enfant. Il n’est pas reconnu, sinon par les élèves, dont les sourires deviennent alors le seul salaire de ce temps supplémentaire.
 
Car tout cela demande du temps. 
 
Et le temps, c’est de l’argent.
 
Il faut tout un village pour élever un enfant, dit le proverbe.
 
Réflexion magnifique qui veut empêcher quiconque de se soustraire à ses responsabilités devant l’avenir de la communauté, mais qui suppose aussi la confiance et la complicité de tous afin que, éventuellement, l’enfant lui-même déduise ses propres responsabilités dans ses choix de vie et le monde qui le verra vieillir.
 
C’est l’éducation. C’est la reconnaissance de l’individu, et non de l’individualisme. 
 
C’est tous pour un, et un pour tous.