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En terrains minés

Les oubliés s’inspire d’une mission de déminage

Les oubliés
Le Journal de Québec

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On pourrait croire le contraire, mais tout n’a pas encore été raconté sur la Deuxième Guerre mondiale. À preuve, Les oubliés, puissante et sensible évocation d’un épisode peu glorieux survenu au Danemark quand des prisonniers allemands ont été forcés à leurs risques et périls de déterrer des millions de mines enfouies sur la côte danoise pendant la guerre.

Le cinéaste Martin Zandvliet, inconnu du public nord-américain, a frappé le gros lot en portant à l’écran cette histoire effacée des mémoires.

Porté par un vent critique favorable depuis sa première présentation au Festival­­ du film de Toronto, en 2015, Les oubliés a fait son chemin jusqu’à la cérémonie des Oscars où il défendra, dimanche, les couleurs du Danemark dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.

Les oubliés nous ramène en mai 1945, après la reddition allemande. Le sergent Carl Rasmussen se voit confier un groupe de quatorze adolescents chargés de nettoyer une plage où l’armée allemande a caché des dizaines de milliers de mines.

La délicate opération plonge rapidement le film dans un climat de tension parfaitement maîtrisé par le cinéaste. Zandvliet réussit aussi à éviter pour la majeure partie du récit, sans totalement les éliminer, les scènes trop graphiques.

Fraternisation

Mais aussi périlleuse soit leur mission, ces jeunes Allemands mal nourris ne s’attirent d’emblée la sympathie de personne chez les Danois. Après des années d’occupation, les plaies sont encore vives. Qu’ils meurent en «nettoyant leur merde», et plusieurs ont péri, c’est bien fait pour eux.

Sauf qu’à force de les côtoyer, le sergent Rasmussen se prend d’affection pour ces garçons qui ne rêvent que de rentrer à la maison. Il développe même des liens étroits avec Sebastian Schumann, le leader naturel de la troupe.

Cette touchante fraternisation entre ennemis, qui n’est pas sans rappeler celle relatée il y a une dizaine d’années dans Joyeux Noël, constitue d’ailleurs une des grandes forces du film.

Tout à coup, cette histoire vieille de plus de soixante-dix ans se révèle des plus actuelles, mettant en lumière le fait que cette haine de l’autre, au cœur des grands bouleversements qui secouent nos sociétés, peut être surmontée dès lors qu’on prend la peine de faire fi des préjugés et de communiquer.

Les oubliés nous rappelle par le fait même que l’histoire finit toujours par se répéter et qu’il nous appartient de tirer les leçons du passé.