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Le bonheur n’a pas de prix

Cendrine Browne a chiffré son année: 50 000 $

Cendrine Browne savoure son accession dans l’élite mondiale du ski de fond en dépit des exigences financières qui l’accompagnent.
Photo Alain Bergeron Cendrine Browne savoure son accession dans l’élite mondiale du ski de fond en dépit des exigences financières qui l’accompagnent.

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LAHTI | Cendrine Browne n’aura rien d’autre que le chrono en tête, mardi matin, quand elle s’élancera dans sa course individuelle de 10 km aux championnats du monde. Pour elle, le bonheur de se trouver là malgré la souffrance de l’effort vaut plus que ce qu’il lui en coûte.

Comme ça se produit souvent chez les athlètes de sports moins favorisés en financement, la réalité qu’elle a laissée au bord de la piste l’attendra toutefois à son retour.

Cette chasse en minutes et en secondes se calcule aussi en dollars pour elle. Sa vie de tous les jours dans son logement au Mont Sainte-Anne, ses voyages à sa première année en Coupe du monde de ski de fond, ses dépenses liées à l’entraînement, en soins médicaux et tout le reste atteignent un chiffre: 50 000$.

«Il y a beaucoup de gens qui croient en moi et vivre des moments comme ça, c’est ce qui me pousse à continuer. En entrant sur la Coupe du monde, j’ai découvert que c’est ce que j’aimais plus que tout. C’est ce qui illumine mes journées. Être ici en Europe et courir contre les meilleures au monde, c’est vraiment extraordinaire», partage la skieuse originaire de Prévost et membre du Centre national d’entraînement Pierre Harvey depuis cinq ans.

160$ par jour

Quand on ne s’appelle pas Alex Harvey et qu’on ne fréquente pas encore les podiums pour profiter d’un remboursement d’une partie des dépenses par la fédération internationale, Ski de fond Canada (SFC) demande à chaque athlète 160 $ par jour durant son séjour en Europe afin de couvrir l’ensemble de ses frais (voyage, hébergement, etc.).

Cendrine Browne doit se soumettre à cette règle en vertu de son statut dans l’équipe canadienne de développement. Aux 18 000 $ que lui rapporte son brevet de financement fédéral et aux quelque 6000 $ en crédit d’impôt provincial, le manque à gagner se trouve dans les bourses et les commandites privées qu’elle sollicite.

«Un peu ingrat, mais...»

Le sport cache parfois une ingratitude.

«Oui, c’est un peu ingrat, mais j’essaie de ne pas trop y penser sinon ça va me trotter en tête. Je me tracasserais trop avec le manque d’argent. Que voulez-vous? Je me dis que je vais réussir à me rendre à un niveau où je n’aurai plus ce problème», projette l’athlète de 23 ans.

«Sauf dans le cas d’Alex, c’est un stress pour les athlètes», concède le directeur de la haute performance de SFC, Thomas Holland, qui assiste aux mondiaux en Finlande.

«Malheureusement, c’est justement pour me rendre à un niveau plus haut que j’ai besoin d’argent. Les gens ne nous voient pas encore dans le niveau où je suis. C’est quand on est rendu aux Jeux olympiques qu’ils se rendent compte qu’on existe et qu’on obtient plus de financement», observe lucidement la skieuse.

Forcée à se débrouiller

Issue d’une famille monoparentale de quatre enfants, Cendrine Browne aime rappeler le riche appui moral que lui témoigne sa mère, «ma fan numéro un». La vie est ainsi faite qu’elle a appris à développer son autonomie financière depuis l’âge de 18 ans.

Partagée entre son objectif de se qualifier pour les prochains Jeux olympiques qui modifierait son statut dans l’équipe et ses études en intervention sportive et en administration à l’université Laval, un équilibre s’est créé.

«Notre sport est l’un des plus difficiles, mais le sentiment qu’on a lorsqu’on finit une course est extraordinaire. Il n’y a rien qui puisse égaler ça. C’est ce qui me pousse à aller chercher ce qui me manque», dit-elle.

Le bonheur, lui, n’a pas de prix...

Une première médaille se laisse désirer

LAHTI | Pour les espoirs de financement qu’elle représente, la première médaille aux championnats mondiaux de ski de fond se laisse désirer par l’équipe canadienne.

Comme pour toute fédération sportive au pays, ainsi vont les résultats aux Jeux olympiques et aux championnats du monde, ainsi se définit l’aide de l’organisme À nous le podium (ANP), mandaté pour recommander la distribution du financement venant notamment de Sport Canada.

Vivres réduites

Depuis ses ratés généralisés aux Jeux de Sotchi en 2014, Ski de fond Canada (SFC) s’est vu forcé d’adopter un régime minceur en raison des coupes d’ANP. D’un total de 5,07 m$ sur quatre ans versés jusqu’en 2014, le robinet a laissé couler 2,3 m$ pour l’ensemble des trois dernières années, dont 640 000 $ pour la saison 2016-17.

La cinquième place d’Alex Harvey au skiathlon de 30 km de samedi dernier a suscité de l’espoir. Ce résultat a coïncidé avec la visite d’une conseillère d’ANP, venue à Lahti aux premiers jours des championnats pour mesurer l’ampleur du travail du personnel de soutien de l’équipe canadienne.

«Vous pourriez dire que c’est équitable (l’aide financière reçue) quand on se base sur les médailles obtenues, mais si on regarde notre sport, il faut savoir que c’est difficile de faire un top 30», défend Thomas Holland, directeur de la haute performance de SFC.

Loin du ski «acro»

Son sport apparaît au bas de la liste pour l’aide obtenue durant les trois premières années de l’actuel plan quadriennal, loin du ski acrobatique, bon premier avec 11,37 m$, et le patinage de vitesse courte piste (4,8 m$) et longue piste (4,6 m$).

«Dans notre sport, il faut prendre en considération combien il y a de pays impliqués. Il faut aussi considérer les coûts techniques et de logistique considérables. On ne peut pas se comparer avec d’autres sports comme la natation ou même le patinage de vitesse, dans lequel il s’agit presque seulement d’affuter les patins. C’est énorme ce que ca représente comme coût pour nous. On se situe probablement au sommet de la liste», affirme Holland, qui chiffre à 1,4 m$ le budget du comité haute performance.