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En paix avec ses planches

Une ère de renouveau marque la carrière d’Alex Harvey depuis son entente avec Salomon

Avec des résultats comme son titre mondial au 50 km de dimanche, les problèmes de fartage qui ont souvent marqué la carrière d’Alex Harvey ne font plus les manchettes cette saison.
Photo AFP Avec des résultats comme son titre mondial au 50 km de dimanche, les problèmes de fartage qui ont souvent marqué la carrière d’Alex Harvey ne font plus les manchettes cette saison.

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LAHTI | Pour faire son entrée dans le club sélect des champions du monde, dimanche, Alex Harvey a exploité habilement une séquence décisive d’une quinzaine de secondes qui a permis d’illustrer le lien de confiance essentiel entre l’athlète et ses skis. Son coup fumant sur la neige de la Finlande laisse croire que la paix semble définitivement rétablie avec ses planches.

Après avoir jeté un oeil sur sa droite pour se prémunir contre le Russe Sergey Ustiugov qui reluquait sa deuxième position du moment, Harvey a amorcé la longue descente, à 150 mètres de l’arrivée, terré derrière Martin Johnsrud Sundby. Dans sa glisse, immobile et à demi accroupi, il a passé à la gauche du Norvégien comme s’il s’agissait d’un junior. Entré premier dans le virage de 180 degrés, il a ensuite sprinté sans jamais s’inquiéter de la concurrence.

«Quand j’ai embarqué sur ses skis ce matin, j’avais des sensations incroyables. Pour obtenir mieux que ça, il aurait fallu fixer un moteur à ses skis!», nous a imagé le chef farteur de l’équipe canadienne, Yves Bilodeau, durant les célébrations de la victoire.

On avait rarement entendu de tels commentaires jusqu’avant cette saison. Surtout pas durant les Jeux olympiques de Sotchi, qualifiés de catastrophiques pour les ratés du fartage.

«Les moments les plus durs de ma carrière», nous a rappelé le skieur québécois, quelques heures après son sacre mondial de dimanche.

«Depuis 2014, nous avons amélioré des choses», affirme Thomas Holland, directeur de la haute performance à Ski de fond Canada, présent à Lahti.

Des changements parmi l’équipe de techniciens, une expertise internationale plus diversifiée dans cette science qu’est le fartage et l’achat d’équipements de précision comme en possèdent les grandes nations ont modifié l’approche dans la préparation des skis.

Nouveaux skis

Cette ère de renouveau a coïncidé à une décision d’affaires prise par le clan Harvey, au terme de la saison dernière. En mettant fin à l’entente qui le liait aux skis Fischer pour se tourner vers Salomon, le meneur de l’équipe canadienne a du coup attiré vers son groupe un soutien technique additionnel de la part de l’équipementier français que ne dispensait pas le partenaire précédent.

Devant les médias suivant la conquête de sa médaille d’or de dimanche, il a été invité à expliquer sa décision d’avoir opté pour ses nouveaux outils de travail sous ses pieds. Il a dit à nouveau avoir été inspiré par les résultats de certains de ses concurrents, dont le Français Maurice Manificat lors des finales de la Coupe du monde au Canada, l’an dernier.

D’autres podiums ratés?

Avec trois podiums cette saison et surtout celui prestigieux de Lahti, on en vient à lui demander si les aléas de ses skis auparavant ne lui ont pas fait échapper d’autres prix durant sa carrière.

«On ne refera pas le passé, mais on peut penser que oui», a prudemment avancé Harvey qui, en citant quelques exemples, a préféré résumer que «ça s’équilibre au total d’une carrière».

«Je sais que, parfois, les skis me coûtent peut-être une médaille, alors qu’il m’est aussi arrivé d’avoir les meilleurs skis du groupe. Mais c’est sûr qu’à Sotchi, ça a été les moments les plus durs de ma carrière. Pourtant, ce fut ma meilleure saison cette année-là, alors que j’avais gagné trois Coupes du monde et terminé troisième au cumulatif de la saison, mais c’est juste à Sotchi qu’on avait passé à côté.»

Sage décision

Au lendemain de la réussite de son protégé, Louis Bouchard se réjouissait encore d’avoir respecté leur stratégie de renoncer au départ individuel de 15 km en style classique du mercredi 1er mars, au milieu des championnats, afin d’éviter de gaspiller des munitions dans une épreuve qui convenait moins à Alex Harvey. Encore bredouille dans sa quête d’une médaille à ce moment, aucun des deux n’a succombé à la tentation, même si l’équipe de farteurs a tenaillé Bouchard à la blague durant la semaine pour que leur skieur numéro un tente le coup.

«C’est normal, ils aiment ça quand Alex est en course. Mais je leur disais, attendez à dimanche soir (après le 50 km). On s’en reparlera», leur répondait l’entraîneur, qui avait vu juste.

Des effets sur la jeunesse

Ce titre mondial a créé ses premiers effets sur la jeunesse du Québec à Lahti. Cendrine Browne, membre elle aussi du Centre national d’entraînement Pierre Harvey, et Katerine Stewart-Jones, originaire de Chelsea, mais qui s’entraîne à Thunder Bay, ont participé aux célébrations dans l’aire d’arrivée.

«C’est super inspirant de voir un athlète du Québec comme nous qui décroche une médaille d’or. Je pense que ça va aider notre sport au Québec», a exprimé Stewart-Jones.

«On est contente d’avoir fait partie de ce moment», a souligné Browne, qui dit avoir découvert Harvey en le côtoyant en Coupe du monde cette saison.

«Au début, j’étais un peu intimidée; c’est quand même Alex Harvey! Quand je suis arrivée au centre (il y a cinq ans) avec ma photo que j’avais prise avec Alex à une Coupe Québec au mont Sainte-Anne, les autres m’avaient dit: voyons Cendrine, tu n’as pas besoin de ça, on le voit à chaque jour ici!»