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Ski de fond: finir la saison à la maison

Alex Harvey et la crème des skieurs seront à Québec pour les finales de la Coupe du monde dès le 17 mars

Alex Harvey
Photo AFP Alex Harvey

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Une récompense non prévue s’est ajoutée cet hiver au titre de champion du monde d’Alex Harvey. Pour la première fois de sa carrière, il sera déjà à la maison au terme des finales de la Coupe du monde à Québec, le 19 mars prochain, pendant que toute la concurrence internationale devra se taper un long voyage de retour.

Ce sera le monde à l’envers pour l’homme de l’heure dans l’industrie du ski de fond depuis son sacre au 50 km des mondiaux, dimanche dernier en Finlande. Une semaine à l’avance, Québec s’est permis d’interférer avec le prestigieux marathon d’Holmenkollen de demain pour rappeler que c’est de ce côté-ci de l’Atlantique que les champions masculins et féminins de la saison recevront leur globe de cristal.

«Je vais me souvenir des émotions vécues lors du sprint individuel du vendredi de l’an passé. J’avais ressenti l’appui de toute la foule pour moi. En finale, les gars qui étaient sur la ligne de départ à mes côtés, ce jour-là, avaient sûrement les jambes molles», a rappelé l’athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges qui, depuis Oslo, a participé à la rencontre de presse de jeudi par visioconférence.

« Un miracle »

Si Harvey fait allusion à l’an dernier, c’est pour nous rappeler que les finales s’étaient aussi jouées chez nous, mais dans une formule plus étendue et, surtout, planifiée depuis plus longtemps. Ce Ski Tour au Canada avait étalé une série d’épreuves à Gatineau, Montréal et Québec avant de se conclure à Canmore.

Le nom de Québec est apparu soudainement cette année. En décembre dernier, le désistement de Tyumen à accueillir cet événement, dans la foulée du scandale de dopage qui éclabousse la Russie, a incité la Fédération internationale de ski (FIS) à faire un appel de dépannage à Québec, qui a finalement annoncé à la mi-janvier qu’elle prenait la relève.

«Ils sont très intelligents de nous avoir appelés», a salué hier le maire Régis Labeaume, durant son sprint individuel au micro, dans lequel il a rappelé la réputation de Gestev, vers qui la FIS s’est tournée.

«Organiser cet événement en huit semaines, ça relève du miracle», a exprimé la vice-présidente de Gestev, Chantal Lachance, comme un clin d’œil à la mobilisation des secteurs public et privé.

Harvey : « Une motivation »

Le 15 janvier, quelques heures après que Gestev eut dit oui à la FIS, Alex Harvey et Len Valjas remportaient le sprint par équipe à Toblach, en Italie.

«Le matin que Len et moi l’avons appris, on a gagné ensemble. Ce n’était pas un coup de chance. Ça nous a servi de motivation», évoque le skieur de 28 ans.

«Avec Alex, qui a le sens de la dramatique absolue, la promotion s’est faite toute seule», a voulu résumer le maire Labeaume.

Harvey à l’assaut d’Oslo

Cette magie évoquée par Alex Harvey après sa victoire au 50 km des championnats du monde de dimanche, on verra si elle peut voyager de la Finlande à la Norvège, où il s’attaquera au mythique marathon d’Oslo samedi.

La Holmenkollen, du nom de la montagne aux abords de la capitale de la Norvège, titille l’imaginaire de tout fondeur pour cette épreuve de 50 km au cœur d’un festival de ski lancé en 1892. Gagner la Holmenkollen marque une carrière. Personne ne le mesure mieux qu’un athlète qui a laissé la signature la plus convaincante aux championnats mondiaux, il y a à peine six jours.

«Après les mondiaux et les Jeux olympiques, c’est la course que tu veux gagner, affirme Harvey. Quand tu lis des articles sur la Holmenkollen, certains nous rappellent que Bjorn Daehlie, qui est perçu pourtant comme le plus grand skieur de l’histoire, ne l’a jamais gagnée.»

Parmi les favoris

Le visage du Québécois ne passe pas inaperçu cette semaine en Norvège. Au sprint individuel de mercredi à Drammen, à une quarantaine de kilomètres de la capitale, le champion du monde s’est prêté à de multiples photos et selfies réclamés par des adultes et des enfants.

Croisés dans un café, Emil Iversen et Finn Haagen Krogh, deux des vedettes de l’équipe norvégienne, ont taquiné Harvey en le décrivant comme le favori pour remporter la légendaire course de leur pays. Le Québécois se doute qu’il sera marqué au fer rouge cette journée-là, mais il ne faut pas négliger l’influence du Norvégien Martin Johnsrud Sundby sur le peloton, selon lui.

«Sundby a révolutionné la course depuis trois ou quatre ans. Après 10 ou 15 km, il va à l’avant pour augmenter le rythme, et la stratégie consiste à le suivre. Si tu le suis jusqu’à la ligne, tu as des chances de le battre au sprint. Je suis motivé, mais je sais que ce ne sera pas moi qui vais faire la course, même si je suis le nouveau champion du monde. On s’attend encore à ce que Sundby aille à l’avant», entrevoit Harvey, pour qui le 14e rang en 2014 constitue le meilleur résultat en six présences à cette course.

L’édition de cette année se jouera en style classique. Il y aurait là la tribune toute dessinée pour que le fiston répète ce que son père Pierre avait réussi en 1987 lorsqu’il s’était adjugé la victoire dans le style traditionnel du ski de fond. De mémoire d’ours, une double victoire père-fils sur la même piste ne s’est jamais vue, à Oslo ou ailleurs en Coupe du monde.

«Mes principaux objectifs demeurent les grands championnats, mais ce serait cool si je réussissais à le faire», imagine-t-il.

Vacances du maire interrompues

L’appel d’urgence logé à Gestev par la Fédération internationale de ski pour tenir les finales de la Coupe du monde à Québec a modifié le souhait qu’avait exprimé Régis Labeaume, durant le temps des Fêtes, de «décrocher complètement». «Il faut que je te parle de quelque chose d’extrêmement gros», disait le texto expédié par Patrice Drouin.

«Il est reparti avec une aide de 200 000 $, c’est dire toute la réputation qu’on reconnaît dans la population de Québec à l’organisation de compétitions internationales», a expliqué le maire.

Rayonnement mondial

Au lendemain de la confirmation des finales de la Coupe du monde à Québec, des appels de télédiffuseurs étrangers sont entrés chez Gestev.

«Les télés de Norvège, Suède et Russie nous ont dit: on va prendre en direct les trois jours de course», rapporte le président de Gestev, Patrice Drouin, qui prévoit le positionnement de 26 caméras le long des parcours pour mettre en valeur les images de Québec.

Nouvelle époque sur les Plaines

Pierre Harvey vivra une autre époque lorsqu’il assistera aux épreuves masculine (15 km) et féminine (10 km) en départ groupé, le samedi 18, et aux poursuites (15 km et 10 km), le dimanche 19. Présenter de telles courses de distance en milieu urbain s’inscrit dans une volonté de la Fédération internationale de ski de populariser le ski de fond, une approche qui n’existait pas durant la carrière du père d’Alex, où seules les courses individuelles prévalaient.

«Dans notre temps, même mes parents n’avaient aucune idée de ce que pouvait être notre sport. On partait dans les bois et on revenait pour la fin. Il y avait un petit tableau qui pouvait donner les chronos, mais c’était tout. C’était un sport pour l’athlète lui-même», rappelle l’ex-champion de la mythique Holmenkollen.

3 courses, 2 parcours

Un parcours de 1650 m pour le sprint individuel du vendredi 17, puis un tracé de 3750 m (hommes) et 3300 m (femmes) pour les départs groupés du samedi et les poursuites du dimanche ont été conçus sur les Plaines.

«On n’attaquera pas l’intégrité du sport. On aura des parcours très sélectifs», a promis le président de Gestev, Patrice Drouin.

Kasper « de bonne humeur »

Régis Labeaume n’a pu s’empêcher d’évoquer son «ami» Gian-Franco Kasper, président de la Fédération internationale de ski, avec qui il a eu des démêlés l’an dernier après lui avoir reproché son conflit d’intérêts en ayant collaboré à une éventuelle candidature olympique de la Suisse.

«La première nouvelle que j’ai retenue, c’est que Gian-Franco est de bonne humeur», a ironisé le maire en racontant la rencontre qu’il avait eue avec le président de Gestev, Patrice Drouin, venu solliciter la participation de la Ville dans les finales de la Coupe du monde.